Forme latinisée

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On appelle forme latinisée d'un mot sa traduction en latin médiéval, dans les documents de cette époque.

Datation

En effet, jusqu'au 14e siècle, et parfois plus tardivement encore, tout document à caractère officiel était rédigé en latin. L'usage du français (ou du moins, d'un parler roman) dans les textes officiels commence à faire son apparition au 13e siècle, et ne supplante officiellement le latin qu'au 16e siècle grâce à l'édit de Villers-Cotterêts (1539) qui ne fait que valider un fait accompli.

Caractéristiques

C'est la raison pour laquelle la plupart des noms propres (toponymes ou noms de lieux; anthroponymes ou noms de personne) apparaissent dans les premiers documents médiévaux sous leur forme latinisée, qui n'est pas leur forme authentique, mais un simple rhabillage latin.

Ces latinisations peuvent être une simple traduction (un anthroponyme Lefèvre est rendu par Faber "ouvrier, forgeron"; un microtoponyme le Bisson ou le Buisson par Dumus "buisson, hallier"; un autre, tel que la Salle ou la Cour, par Aula "cour de maison", etc.). Elles peuvent également représenter une adaptation partielle (ainsi Barfleur est noté Barbatus fluctus ou Barefluvium d'après le latin fluctus "flot, vague" et fluvium "fleuve, rivière", qui ont plus ou moins la même consonance. Enfin, on peut avoir affaire à des adaptations totalement fantaisistes, frisant le calembour : ainsi, le fréquent toponyme français Bonneuil fut parfois noté Bonus oculus "bon œil", et Fervaques (dans le Calvados) arbitrairement décomposé en Ferv- et -aques, d'où le latin Fervidæ Aquæ, "les eaux bouillonnantes" (ce toponyme est en réalité issu du latin fabrica "forge").

Il est donc important de garder à l'esprit que, lorsque l'on rencontre la forme médiévale latine d'un nom propre, il ne s'agit pas d'une forme ancienne à proprement parler, mais du codage en latin médiéval de sa forme ancienne romane. On parlera donc plus volontiers d'attestation ancienne (ce qui n'est pas tout à fait la même chose). Par contre, lorsque les premières attestations d'un toponyme remontent à l'Antiquité (ce qui est relativement rare; voir par exemple Avranches, Coutances), on peut avoir affaire à d'authentiques formes latines, d'autant plus instructives. Ceci dit, même aux premiers siècles de notre ère, les noms de lieux furent parfois normalisés : ils avaient une forme en latin vulgaire (ou latin populaire) qui fut occasionnellement "corrigée" en latin classique dans les textes officiels, alors que c'est précisément de cette forme vulgaire que procèdent les toponymes actuels.

En ce qui concerne les termes dialectaux romans (qui, évidemment, n'existaient pas tels quels en latin), ils sont généralement adaptés en recevant une simple terminaison latine : ainsi, le mot chemin et sa forme dialectale normano-picarde quemin apparaissent d'abord dans les textes sous leur déguisement latin cheminum et queminum (les mots latins classiques sont via "voie, chemin" ou semita "sente, sentier"; le mot chemin / quemin est d'origine gauloise). De même, l'ancien français piquois "dard, aiguillon; pic, outil pointu" apparaît dans les Grands Rôles de l'Échiquier de Normandie (12e-13e siècles) sous la forme piquoisus ! Ce qui veut dire, entre autres choses, que la toute première attestation d'un mot dialectal est souvent indirecte, et dissimulée sous son rhabillage latin.

Articles connexes