Élément -bec : Différence entre versions

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Employé en position finale, l’élément scandinave ''bekkr'' (ou son réflexe <ref>On appelle ''réflexe'' la forme à laquelle aboutit un étymon dans une langue quelconque : ainsi, ''vie'' est le réflexe du latin ''vita'' en français moderne.</ref> roman ''bec'') a servi à former initialement des noms de cours d’eau, qui ont pu ensuite passer aux agglomérations que le ruisseau ou la rivière traversaient.
 
Employé en position finale, l’élément scandinave ''bekkr'' (ou son réflexe <ref>On appelle ''réflexe'' la forme à laquelle aboutit un étymon dans une langue quelconque : ainsi, ''vie'' est le réflexe du latin ''vita'' en français moderne.</ref> roman ''bec'') a servi à former initialement des noms de cours d’eau, qui ont pu ensuite passer aux agglomérations que le ruisseau ou la rivière traversaient.
  
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* '''[[Beaudebec]]''', ruisseau naissant [[Contrières]]; affluent rive droite de la '''Sienne''' près du hameau de '''[[Beaudebec]]''' à Contrières.
 
* '''[[Clarbec]]''', ruisseau naissant à [[Teurthéville-Bocage]], passant par l'ancien moulin de Saint-Laurent à [[Videcosville]]; affluent rive gauche de la Sinope à [[Montaigu-la-Brisette]].
 
* '''[[Clarbec]]''', ruisseau naissant à [[Teurthéville-Bocage]], passant par l'ancien moulin de Saint-Laurent à [[Videcosville]]; affluent rive gauche de la Sinope à [[Montaigu-la-Brisette]].
 
* '''Clibec''' et '''le Bas Clibec''', hameaux à [[Surtainville]].
 
* '''Clibec''' et '''le Bas Clibec''', hameaux à [[Surtainville]].

Version du 3 décembre 2009 à 00:17

L'élément -bec est sans nul doute l’un des plus caractéristiques de la toponymie d’origine scandinave en Normandie, qui apparaît dans de très nombreux toponymes et hydronymes se terminant par -bec « ruisseau ». Il n’est pas indifférent que Marcel Proust s’en soit servi pour inventer le nom de Balbec, sous lequel se dissimule celui de la ville de Cabourg (Calvados) : cette consonance évoquait incontestablement chez lui une certaine « normanitude » toponymique.

Étymologie

Cet élément est issu de l’ancien norois bekkr « ruisseau », peut-être par l’intermédiaire de l’ancien danois bæk ou d’une forme apparentée. Il a lui-même pour origine le germanique commun °bakjaz ou °bakkiz, variante de °bakiz auquel se rattachent l’ancien anglais bece, bæce « ruisseau, fleuve, rivière », l’anglais archaïque ou dialectal beck « ruisseau », l’ancien saxon beci, le néerlandais beek, l'ancien haut-allemand bak et l’allemand Bach « ruisseau ». La forme de base °bakiz procède de l’indo-européen °bhog-i-s, dérivée d’une racine °bhog- également présente dans l’ancien irlandais búal « eau (courante) » < °bhog-lā-. Il est probable que cette dernière s’apparente elle-même à la racine °bhegw- « couler », initialement « s’en aller, s’enfuir » [1].

Emplois

Dans les toponymes normands les plus anciens (caractérisés par l’absence d’article), on ne le trouve utilisé qu’en composition : très souvent en finale, et exceptionnellement en première position. Devenu par la suite appellatif roman (le bec), il apparaît soit seul, soit en composition de type archaïque, soit, plus tardivement, avec un adjectif ou un nom de personne. On relève également un certain nombre de dérivés romans, diminutifs ou collectifs.

☞ Il convient néanmoins d'être prudent, car tous les becs toponymiques ne sont pas des ruisseaux. En effet, le mot français bec (d'oiseau) a également servi à désigner différents éléments de relief, en particulier des pointes rocheuses. C'est le cas du Bec, petit cap de la côte de Flamanville; du Bec au Vin, pointe rocheuse de la côte d’Auderville; du Bec d’Amont, lieu-dit de la côte de Gréville à Gréville-Hague; du Bec d’Andaine à Genêts; du Bec d’Oisel au Rozel; du Bec de la Roche, hauteur de la côte d’Auderville culminant à 132 m; du Bec du Cheval, rocher de la côte des Pieux; et de la Pointe du Bec de l’Âne [2], pointe de la côte de Jobourg.

En position finale

Employé en position finale, l’élément scandinave bekkr (ou son réflexe [3] roman bec) a servi à former initialement des noms de cours d’eau, qui ont pu ensuite passer aux agglomérations que le ruisseau ou la rivière traversaient.

En tant qu’appellatif roman tardif

Le mot scandinave bekkr, passé dans les parlers romans en usage en Normandie au Moyen Âge, a abouti à l’appellatif bec « ruisseau ». Son emploi dans les toponymes plus tardifs est caractérisé le plus souvent par la présence de l’article défini français. Ce mode de formation commence à se manifester en Normandie à partir du 11e siècle (où il est encore rare); il toujours en vigueur aujourd’hui, de telle sorte que dater de tels toponymes se révèle difficile en l’absence d’attestations anciennes.

Emploi non déterminé

L’appellatif roman bec employé seul se fait rare dans la Manche.

Emploi déterminé
  • Avec un adjectif.

  • Avec un nom de personne.

L’emploi de l’appellatif roman bec suivi d’un nom de personne (structure syntaxique tardive, postérieure à l’ordre inverse) est à l’origine de nombreuses formations en Normandie (la mieux connue est sans nul doute Le Bec-Hellouin dans l’Eure).

Dérivés

Comme la plupart des appellatifs toponymiques, le bec est à l’origine d’un certain nombre de dérivés à valeur diminutive, collective, ou simplement expressive.

  • En -et, -ette.

Le suffixe diminutif -et, féminin -ette, a servi à former les appellatifs be(c)quet et becquette. Notons cependant que be(c)quet peut aussi représenter un diminutif du français bec (bec d’oiseau, pointe, saillie, etc.), d’où parfois une relative incertitude quant à la valeur exacte du toponyme. En outre, ces mots sont également à l’origine du nom de famille Be(c)quet, qui a pu faire lui-même l’objet d’une fixation toponymique (en particulier, dans les noms de fermes ou de hameaux du type la Be(c)quetière, « le domaine de Be(c)quet », qui, lui, ne souffre pas d’ambiguïté).

  • En -is.

Ce suffixe à valeur probablement collective repose soit sur l’ancien français -eis < gallo-roman -ATICIU, soit sur -is < -ICIU, soit encore sur -il < -ILE, avec dans ce dernier cas la chute régulière de [-l] final. On le rencontre dans le dérivé béquis, qui à dû désigner initialement un lieu abondant en ruisseaux. L’incertitude du statut de la finale se relève également dans les dérivés parallèles de douet / douit, à savoir douétis, douétil, douéty, douity, etc. (les finales de toutes ces formes se confondent dans la prononciation).

  • En -ille (?).

Le statut de ce dernier suffixe est incertain. Il pourrait représenter, entre autres hypothèses, le gallo-roman -ILIA, forme plurielle de -ILE, traitée commun un féminin. Le problème qu’il pose est en fait complexe, et nous ne le développerons pas ici. Quoi qu’il en soit, il semble à l’origine du dérivé béquille, à valeur sans doute aussi collective, que l’on relève plusieurs fois en Normandie.

Annexes

Sources

Le texte de cette page se base sur l'article de Dominique Fournier, « Réflexions sur quelques toponymes augerons d’origine scandinave : l’exemple de l’appellatif bekkr "ruisseau" », in Le Pays d’Auge (septembre-octobre 2008), association « le Pays d’Auge », Lisieux, p. 19-36.

Notes et références

  1. Julius Pokorny, Indogermanisches etymologisches Wörterbuch, Francke Verlag, Berne, t. 1, 1959, § 116.
  2. Ce bec de l'âne est sans doute un bec d'ane, en ancien français « bec de canard », identique au nom de l'outil de menuisier bedane, d'après la forme du fer.
  3. On appelle réflexe la forme à laquelle aboutit un étymon dans une langue quelconque : ainsi, vie est le réflexe du latin vita en français moderne.