Église Sainte-Trinité (Villedieu-les-Poêles) : Différence entre versions

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* Fonds de l’abbaye des religieuses de Saint-Désir-de-Lisieux aux archives départementales du Calvados.
 
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L'église Sainte-Trinité de Saultchevreuil

L’église Sainte-Trinité de Saultchevreuil-du-Tronchet à Villedieu-les-Poêles est une édifice catholique de la Manche.

Histoire

La paroisse de Saultchevreuil relevait sous l’ancien régime du doyenné de Gavray[1]. Elle a connu une première transformation en 1836 avec l’intégration de la paroisse voisine dénommée Saint-Pierre-du-Tronchet. Elle prit ainsi le nom de Saultchevreuil-du-Tronchet.

L’administration décida en 1964 sa fusion avec Villedieu-les-Poêles.

L’église est élevée dans un écrin de verdure à proximité de la fontaine saint Clair dont l’eau était connue pour ses propriétés thaumaturges. Elle fait l’objet de travaux de restauration, depuis 1995, entrepris sous l’égide de l’association pour la sauvegarde des églises de saint Pierre du tronchet et de Saultchevreuil et de la municipalité.

L’édifice est placé sous la protection de la sainte Trinité et de saint François de Salles [2] comme patron secondaire. Il fut donné au moyen âge, vers 1060 à l’Abbesse et aux religieuses bénédictines de l’abbaye Notre Dame du Pré [3] de Saint Désir de Lisieux [4] dont le monastère était primitivement fixé à Saint Pierre-sur-Dives. Un document imprimé [5] raconte « que tout ce qui est contenu dans cet article convient à cette paroisse. Les dites dames en ont le patronage, elles y prennent dîme, il y a un bourg appelé le bourg l’abbesse : ce bourg est séparé de Villedieu par une rivière, sur laquelle il y a un pont de communication. La seigneurie de Saultchevreuil depuis la division de cette rivière et de ce pont jusqu’à une paroisse appelée Montaigu, distante d’une lieue du bourg. Il y a même quelques terres dans cette paroisse qui relèvent de cette sieurie. On dit par tradition qu’il y avait dans le païs une vigne dans cette paroisse de Saultchevreuil et il y a un bois maintenant appelé bois de l’hôpital ».

Cette fondation d’Hugues, évêque de Lisieux et de sa mère Lesceline [6] comprenait : la terre, le bourg, le marché, le moulin, la leuga, dîme des fruits, vigne et ancienne vigne [7].

L’Abbesse et les religieuses étaient ainsi les principales décimatrices et patronnes de la paroisse. Elles présentaient à la cure. Leur dernier receveur des dîmes était le sieur Guillaume Goupil qui prit en fieffe le moulin banal dit de Fleury [8] en 1779.

Le pouillé dit de Louis XVI apporte quelques informations sur les revenus de la paroisse d’une valeur de 439 livres [9]. Le curé avait 30 vergées de terre en aumône (4 vergées plantées de pommiers, 1 en bois taillis et le reste en labour et bois, le tout estimé à 65 livres).

Maître Guillaume Chevron est connu au XVe siècle comme curé du lieu qui devint par la suite coadjuteur de l’évêque puis évêque de Porphyre. Maître François De La Noë est curé en 1674 (depuis combien de temps ?).

La visite de l’archidiacre se fait en présence de Maîtres Guillaume Desmonts et Guillaume Prérot, prêtres. Le visiteur constate que des bestiaux pâturent le cimetière, ce qui est contraire au caractère sacré du lieu. Nicolas Poret est trésorier. C’est Robert De La Noë qui est curé en 1682, Julien Lebeurrier est son vicaire, Richard Vibert, prêtre est présent. On répare les vitres au septentrion de la nef et le cimetière est en bonne réparation. La croix du cimetière fut rapprochée en 1683 de 5 ou 6 pieds. Des pierres seront transportées pour le rendre plus droit (aplanir) le cimetière assez bien clos et fermé. Jean Besnier est custos. [10]

C’est Jacques Gallon qui assure la fonction de custo en 1684 ; Richard Hébert en est le syndic. Il est nécessaire de réparer le lambris du chœur. Charles de La Noë est trésorier en 1685 et le lambris du lieu est beaucoup endommagé en plusieurs endroits. Il est demandé au général et aux paroissiens d’établir un custo. Jean Joseph De La Noë est reconnu comme sous diacre en 1686. Jean Desmonts est trésorier. Il est demandé à ce que la tour fasse l’objet d’une visite des bois et des cloches, par un charpentier qui verra s’il n’y a pas besoin de faire des réparations. Les lambris du chœur et du portail étaient extrêmement endommagés ; il est demandé à ce que l’on fasse débiter du bois propre. Le visiteur en profite pour demander quelques décorations aux deux chapelles de la nef. Jean Le Boucher est élu trésorier ; Jean et Guillaume Le Herpeur seront vigilants à faire rendre les reliquats.

François Berre est custos en 1689 et François Lebouteillier est trésorier. Un bout de mur du cimetière est tombé. Il n’y a toujours pas de coffre à trois clefs pour les papiers du trésor de l’église. L’archidiacre demande une chaire « qui doit être faite et qu’elle soit grande et lourde, bien faite et bien propre ; s’aboutissant en en forme de cul de lampe et qu’elle soit placée au lieu le plus commode de l’église ». Richard Hébert, sieur de la Butte, est syndic. La chaire à donner les instructions est faite et placée en 1690 ; elle est très propre. Un plancher doit être fait sous les cloches « qui doit être réparé tant pour empêcher le grand bruit des cloches qui trouble le service divin et empêcher tout autre inconvénient provenant des battants ». L’on ouvrit une porte dans la nef un an plus tard [11] « nous avons ordonné (1690) que la porte qui se trouve devant les bancs du clergé soit bouchée, incommode et qu’une autre soit ouverte en vis-à-vis de la chaire dans la nef ».

Michel Lair est acolyte en 1691 et François Berthe custo. Les autels de la nef et du chœur sont assez bien décorés et un grand crucifix a été placé, en 1693, au dessus de l’entrée du chœur « lequel nous a paru très beau, précise l’archidiacre, et la menuiserie de dessous très bien faite ». Jean Le Cerf était trésorier cette année-là. Nous souhaiterions, précise l’archidiacre, qu’on ait les moyens de construire une sacristie au bout du chœur pour réserver et conserver les ornements. Le presbytère marque des signes de faiblesse car « la côtière est prête à tomber ». Il est demandé à ce « que l’on mette des tuiles ou des ardoises au dessus de la chapelle Notre-Dame pour empêcher que les pluies ne tombent sur l’autel » en 1695. La nécessité de la sacristie est de nouveau rappelée et temporisée par cette expression« mais comme la misère du temps est très grande et que les paroissiens sont obligés de réparer totalement le presbytère qui est totalement ruiné ». Pierre Vibert est trésorier en 1697. Il aura à faire face aux travaux de la tour « où il reste à faire tirer les joints des murailles de la tour au dehors pour empêcher que les pluies ne s’imbibent dedans ». A part cela tout va bien « car toute choses sont dans la dernière propreté ». Les mortiers ont été tirés sur la tour en 1698.

Julien Lebeurrier est excusé pour la visite de 1700. Louis Le Moine, trésorier en charge, et Nicolas Lebeurrier assurent le suivi comptable. Toutes choses sont au-dedans très bien décorées et très bien entretenues. Nicolas Le Beurrier sera poursuivi en 1701 et condamné à une amende en faveur de la décoration de l’église en raison des négligences dans les comptes. Les ornements sont en bon ordre. Pierre Lemonnier est trésorier en 1703. Il y a toujours dans la paroisse plusieurs personnes si endurcies et si opiniâtres qu’elles ne se présentent pas aux services divins et ne font pas leur devoir Pascal. François Hinet est trésorier en 1704. L’archidiacre précise que « les autels y sont parfaitement bien décorés et que nous avons trouvé : calice, ciboire, soleil et custode d’argent et des ornements en bon nombre et très propres ».

Étienne Lefebure est sous-diacre en 1707. Jean et Martin Dupart sont trésoriers. Il est nécessaire de faire un grand eschalier neuf au lieu du vieux qui est derrière le chœur. Une vitre est ouverte auprès de la chaire sur les propres deniers du curé qui les a avancés. L’archidiacre apprend qu’un enfant a été exposé dans le portail de cette église et les paroissiens ne veulent pas se mettre en peine de chercher ceux qui en seraient les auteurs ni pourvoir à la nourriture dudit enfant. Le custo se plaint en 1708 de n’avoir pas été payé. Le visiteur demande à ce qu’il lui soit donné selon la convenance et l’usage de la paroisse.

Jean Joseph De La Noë est enfin prêtre en 1716 ; François Gilles Boschet est sous diacre et Sébastien Le Macon est acolyte. Il serait utile de paver la grande allée de la nef. Le catéchisme se fait régulièrement. Richard Leboucher sera averti d’employer ce qu’il doit au trésor aux choses les plus nécessaires de l’église. L’allée de la nef n’est toujours pas pavée en 1717. Guillaume Le Herpeur est trésorier. Maître Jean Joseph De La Noë succède en tant que curé à François De La Noë en 1720. La cure s’est transmise de la fin du XVIIe et pendant le 1er tiers du XVIIIe dans la famille Delanoë puisque : François était curé en 1683 [12], Jean Joseph en 1721 [13] et Jean-Baptiste lui succédera à partir de 1724.

Joseph Briens est présent à la visite à laquelle participe aussi Charles François Huard qui est clerc [14]. François Berthe est toujours custo. L’archidiacre invite à porter les plaintes au Procureur du roi vu les négligences des trésoriers. L’école se tient par charité en 1721. La paroisse change de custo en 1723 puisque Jean Godard succède à François Berthe. Le visiteur remarque que le cimetière lui a semblé avoir été dépouillé par des bestiaux. Il revient à la charge en rappelant la nécessité de bâtir une sacristie au pignon du chœur.

Maître Jean Baptiste Delanoë est curé en 1724. La sacristie est de nouveau à l’ordre du jour. François Viglast prendra le relais à partir de 1725 en tant que curé. Il lui est enjoint de mettre un eschalier ou une barrière à la porte qui ouvre sur la cour du presbytère. L’intérieur de l’église est toujours bien propre et bien entretenu. Gabriel Foubert, prêtre [15], est présent à la visite de 1726, Guillaume Lelièvre est trésorier et Gilles Clouet est acolyte. Les décimateurs sont priés de faire les réparations nécessaires aux couvertures du chœur avant Noël. L’archidiacre s’est fait présenter les rôles du sel en 1730 et nomme d’office deux trésoriers : Guillaume Célier pour 1729 et Pierre Guillaume pour 1730. Le curé est prié d’avertir les gardes des clefs du tronc pour être ouvert en la présence du sieur curé et des paroissiens, mais nous ne savons pas pour quel objet ? La sacristie réclamée depuis si longtemps prend corps en 1734 car « on travaille actuellement à édifier une sacristie par les soins et charités du sieur curé conjointement avec quelques autres des paroissiens ». Jean Godard cumulait les fonctions de custo et de trésorier. Le curé fait travailler en 1736 à un inventaire des titres et papiers de l’église. Les eaux baptismales sont bien fécondées et les saintes huiles renouvelées. C’était encore le chantier quatre ans plus tard, en 1738, car l’archidiacre ne pu faire sa visite « vu que le sieur curé a fait mettre le chœur de son église à bas pour le conformer à la nef. Nous l’exhortons à continuer de faire toujours le bien de son église ».

Maître Raoul Brière est reconnu curé à la visite de 1753 il le sera encore en 1760 [16]. Jean Le Verger est prêtre présent et Louis Le Maitre est custo. Il est recommandé au cours de cette visite de 1753 d’acheter un missel, des processionnaires ainsi que des nappes d’autels auxquels seront employés les 1ers deniers du trésor.

François Vatteville, curé, fut inhumé dans le cimetière de Saultchevreuil le dimanche 5 février 1786 [17]. Pierre Hébert sera desservant de la paroisse dans l’attente de la prise de possession du curé.

Maître François Jacques Pastey [18], curé sous l’ancien régime à Saultchevreuil à partir de 1786 fut reconduit dans ses fonctions comme prêtre succursaire à partir de 1803. Il fut inhumé le dimanche 4 janvier 1808 par Monsieur Lemaitre, curé du canton de Percy [19]. François Patey bénéficia du soutien de sa sœur Catherine Angélique mariée à Guillaume Le Goupil [20], agriculteur, meunier, propriétaire (entres autres) du moulin de Fleury régisseur des biens de Madame l’Abbesse et des religieuses de Saint-Désir-de-Lisieux. Le vicaire, en 1789, se nommait Étienne Bunel [21]. Il resta en fonction jusqu’au 30 janvier 1794. Il se cacha ensuite jusqu’au 9 juin 1795.

Une délibération de la fabrique, en date du 9 février 1812, nous permet d’apprendre que l’église souffrit d’un ouragan survenu le 2 de ce mois. Une partie de la couverture fut enlevée et le chœur lézardé en plusieurs endroits menaçait une ruine prochaine [22]. C’est sûrement ce qui entraîna la mise en place des tirants et du contrefort au nord du chœur.

Guillaume Lenoir, prêtre succursaire fut inhumé par M. l’abbé Pellerin le jeudi 26 février 1824. Ce succursaire négocia avec son conseil de fabrique, le 10 février 1811, des avantages d’une seconde cloche pour annoncer les différents offices et la solennité des fêtes. Un marché fut conclu avec les frères Béatrix (Jean-Étienne et Étienne-Gilles) pour une cloche d’un poids de 300 livres le 22 mars 1811. Nous apprenons, grâce aux quelques feuillets comptables de la fabrique, que cette cloche fut pendue dans la tour le 04 avril 1811 moyennant la somme de 705 Francs. Elle fut nommée « Perrine Charlotte » par Maître Antoine Le Monnyer, La Hague, avocat et demoiselle Charlotte Élisabeth Enguerran. Cette dernière fit don le 30 août 1823 « voulant contribuer de tous les moyens à l’entretien de l’intérieur de l’église » d’une croix argentée, précédemment prêtée par elle et « pouvant servir pour tous les besoins de l’église excepter les inhumations ». Elle fit également cadeau de la toile et peinture des devants d’autels de la sainte Vierge et de saint Clair.

Louis Lemoyne lui succéda à partir de 1824 où il fut installé le 16 mars et Céneric Loyer sera desservant à partir du 3 juin 1838. La nef sera lambrissée sous le ministère de l’abbé Lemoine en 1827 et la chaire sera peinte pour la 1e fois. Les autels avaient été précédemment repeints entre 1825 et 1826. Des bancs latéraux à dossier sont placés des deux côtés du chœur et une table de communion posée à l’entrée du chœur en 1831. Tous les bancs seront raccommodés. L’autel de la Vierge est indulgencé en 1832. Le conseil municipal de Saint Pierre du Tronchet s’exprima ainsi le 20 avril 1836 , dans une lettre conservée, alors qu’on est en plein débat de fusion des communes et d’amputations territoriales, je cite : « considérant que la réunion des lambeaux de saint Pierre et de Saultchevreuil en une seule commune deviendrait fatale et aggraverait plutôt que d’alléger leur fâcheuse position surtout à saint Pierre, cette commune qui depuis peu d’années a supporté de pénibles charges de réédifier presqu’en entier son église ainsi que d’acquérir un emplacement et construire un presbytère, charges qui se sont élevées au moins à la somme de 8000 F », « on ferait peser deux fois les mêmes charges sur les habitants de saint Pierre puisque l’église de Saultchevreuil très ancienne, posée dans un endroit marécageux, ne subsiste qu’au moyen et parce que toute la partie du chœur de cette église est enchaîné d’une costière à l’autre avec des traverses en fer qui empêchent son évasion, sa fondation très mal solide obligera dans peu à une nouvelle construction ».

Monsieur l’abbé Loyer fait recouvrir en 1840 à neuf un pan de la bâtière de la tour au midi et placer un an plus tard 15 toises d’ardoises sur le chœur. Des arbres seront également plantés tout autour du cimetière. La « Via Crucis » [23] est érigée le 30 janvier 1841 et bénie le 10 octobre 1842 par Aimable Benjamin Travers, missionnaire du diocèse. Deux anges adorateurs furent achetés au cours de 1841. Une confrérie du saint cœur de Marie fut érigée le 20 janvier 1842.

Le pavage de la nef de l’église est réalisé en 1854 et des bancs neufs y sont placés en 1862. L’un d’entre eux a conservé son millésime. L’abbé Théodore Année fut nommé curé en 1866 ; il succéda à monsieur Gournay.

Des fonts-baptismaux sont placés en 1867.

Des dalles de granit sont posées dans le chœur en 1876.

Une réfection eut lieu au cours des années 1953-1954. Les vitraux de l’atelier Ripeau de Versailles remplacent les verres blancs. Une réfection de voûte est entreprise par monsieur Patard menuisier de Villedieu, les arcs de granit du transept sont bouchardés pour faire reparaître les pierres dissimulées sous les peintures. Tous ces travaux ont été dirigés sous la conduite de l’architecte Merlet de Villedieu.

Un autel fut placé en 1999 dans la chapelle de la tour ; il provient de la chapelle saint Vincent de Cherbourg. Les statues de saint Célerin, sainte Barbe et saint Thibault qui s’y trouvaient ont été déplacées à l’église Notre-Dame de Villedieu ainsi que le lutrin.

Description 

Extérieur

L’édifice présente cinq volumes distincts : au centre, un espace plus étroit correspondant à l’ancien transept. La tour clocher s’est greffée dessus sur le flanc nord. Ce transept relie deux autres volumes : le chœur prolongé par une sacristie sous même toit à l’est, une nef, plus large, à l’ouest au bout de laquelle a été bâti un porche à l’occident.

C’est un vaisseau d’origine romane dont il est aisé de remarquer l’opus spicatum de la maçonnerie [24] et les petites fenêtres en plein cintre, aujourd’hui murées, qui subsistent sur le haut du mur de la nef au flanc sud. La paroi nord était fort probablement aveuglée ou ne disposant que de très peu d’ouvertures [25]. Elle fit l’objet d’importants travaux au XVIe ou au XVIIe avec la création de fenêtres plus hautes qui lui donnèrent en partie, notamment en 1854, lorsqu’on fit disparaître les petites fenêtres romanes et construire les brisures des baies néogothiques, l’aspect actuel. L’extrémité occidentale de la nef est prolongée par un porche édifié en avant corps.

Le chœur

Le chœur disposé au levant présente toutes les caractéristiques d’une reconstruction du XVIIIe siècle. Nous ne disposons d’aucune source d’information concernant l’ancien chœur. L’abside orientale se présente sous la forme de trois pans coupés. Il fut élevé entre 1734 et 1738. Le linteau d’une des deux fenêtres latérales du midi du chœur porte le millésime « 1738 ».

Il est éclairé par sept fenêtres en forme d’anse de panier : trois pour la sacristie et quatre sur les parois latérales du chœur. Un cadran solaire est fixé au chevet du chœur ; il décline les heures classiques et le temps sidéral (solstice d’hiver, d’été) et arc diurne [26]. Ce chœur semble avoir très vite travaillé car il est bloqué par des tirants et un contrefort moderne fut bâti à l’extrémité nord-est.

Le transept

C’est la partie la plus étroite de l’édifice. Il a du porter la tour ancienne avant que celle-ci ne soit réédifiée au nord ; mais on ne sait rien. La porte à accolade, au midi, décentrée, avec ses deux corbeaux et son larmier porte la caractéristique de la fin XVe ou du XVIe. [27] Une signature gothique «P.D.» figure gravée dans la pierre [28] au niveau du transept. C’est probablement cette porte du transept qui fut murée en 1690.

La tour-clocher

La tour-clocher disposée au septentrion du transept est une construction plus récente qui pourrait être du XVIIe car on fit tirer les joints qui restaient à faire en 1697. Cette tour surprend par sa sveltesse. Une puissante assise à pans inclinés la stabilise. On dit que la base porte du fruit.

Elle est coiffée d’une bâtière traditionnelle. Une fenêtre sur chaque face laisse passer les sons des cloches du beffroi. La chapelle est éclairée par une fenêtre gothique tardive au septentrion. Elle est voûtée sur croisées d’ogives avec trou de cloche au centre. Ce sont d’épaisses nervures cylindriques qui bloquent la couronne des cloches.

La nef

Elle forme un large vaisseau, voûté de bois à cinq pans coupés. Elle est éclairée par sept fenêtres dont quatre présentent des caractéristiques trilobées gothiques du XVIe restaurées en 1854. Les vitraux ont été créés en 1998 par le maître verrier R. Budet de Quintin. Il est possible d’y remarquer des interventions modernes. Deux autres fenêtres au septentrion se présentent sous la forme de fenêtres civiles. Vous remarquerez les trois anciennes fenêtres romanes, aujourd’hui murées. La dernière fenêtre au couchant a été modifiée. Remarquez la croix du vitrail très coloré. Le portail cintré en arc presque surbaissé présente une double archivolte.

Le porche

Le portail est protégé par un porche [29] constitué des deux murs parallèles intégrant chacun un banc de pierre et sur lesquels repose une charpente de bois dissimulée sous un revêtement moderne. Il pourrait avoir été élevé au XVIe ou au début du XVIIe. Il n’y a pas de traces d’un vieux portail au bas du midi de cette nef.

Le flanc nord de la nef présente des traces de ce qui aurait pu être un ancien contrefort plat.

Intérieur

Nef

La nef est pavée d’un dallage de pierre (grès), probablement celui posé en 1854. Deux piscines aux ablutions sont disposées sur le côté des deux petits autels latéraux du haut de la nef. Deux importants bénitiers de granit sont disposés aux entrées. Deux confessionnaux sont conservés ainsi que les fonts baptismaux de marbre du XIXe. La bancellerie est uniforme et 3 bancs ont conservé le millésime « 1862 ». Il faut remarquer les 6 platetombes anciennes en particulier : celle avec le ciseau en contremarche de l’autel nord ; et les deux en mémorial des De La Noë avec les chandeliers ou cierges en flamme et les images de la mort (crânes et tibias croisés). Le Christ ancien, malheureusement décapé.

Croisée du transept

Les arcs brisés à deux rouleaux aux angles abattus sont portés par des piles de maçonnerie en granit. Chacune d’elle est pourvue d’une colonne engagée sur base et chapiteau. L’arc triomphal marque l’entrée du chœur. Une partie de dallage de pierre est conservée.

Chapelle sous la tour

Une arcade en arc brisé à deux rouleaux aux angles abattus et des chapiteaux et bases non fouillés marque l’entrée de cette chapelle. Un bel autel coffre à griffes, orné d’une devant d’autel illustré de l’Agneau de Dieu et d’une guirlande est surmonté d’une contretable à deux pilastres. [30]

L’autel vient de Cherbourg. Une piscine aux ablutions de forme trilobée y est conservée.

Chœur

L’entrée du sanctuaire est marquée par la clôture de communion en fonte [31]. Deux platetombes plus anciennes : une avec bordure gravée en écriture gothique (non déchiffrée) ; la seconde avec un calice en creux. Un ancien linteau est réemployé pour la marche. Gravé d’arcs à courbes et contre-courbes il est illustré d’une croix de Malte, d’un losange de deux lys et de trois cœurs. Le linteau de porte en arc à accolade est illustré de croix et lys. Le pavage du sanctuaire se compose de tomettes de terre cuite. L’autel et sa contretable écran plate ont été restaurés entre 1998 et 2000. Vous remarquerez le monumental tabernacle [32]. Cubique dont l’illustration de la porte (un ostensoir) a probablement disparu. L’ensemble est du XVIIIe (adapté au chœur reconstruit).

Deux piédestaux sont ornés des symboles des vertus : foi, espérance et charité.

Les vitraux

Les quatre vitraux qui illustrent les parois latérales du chœur proviennent de l’ancienne chapelle de l’hôpital. Ils sont pour les deux premiers, au sud, des œuvres de Küchelbecker et Jacquier du Mans (1881-1891).

Le signé :
  • la bonne mort (un religieux montre Notre-Dame), signé Le Mans 1884  ; donation du Rosaire à saint Dominique ;
Les deux autres, au nord, ont été créés par Kügelbecker et Jean-Baptiste Anglade de Paris (1892) :
  • saint Vincent de Paul (Paris 1892) ;
  • Jésus guérissant les malades (Paris 1892) ; un cartouche dit que ces vitraux viennent de la chapelle de l’hôpital et qu’ils ont été restaurés par AVDO R. Budet en 1998.
Les trois vitraux modernes de l’abside du chœur ont été créés par André Ripeau de Versailles en 1953 :
  • saint Pierre ;
  • Sacré Cœur de Jésus (malgré que le Christ soit couronné d’épines, donc proche du Christ roi) ;
  • Saint Clair (protecteur des doreurs et des brodeurs).

Les plates tombes

conservées dans l’église

- MRDU avec un calice pour illustration ;
- Robert Gilbert, avocat, décédé le 29 9bre 1747 ;
- François Delanoë, prêtre curé, décédé le 9 novembre 1717, avec en illustration D. O. M. (Deo Optimo Maximo (à Dieu très grand et très bon), (deux chandeliers, calice, hostie, crânes, tibias croisés, larmes, Agneau de Dieu) ;
- Jean-J oseph Delanoé, prêtre curé, décédé le 12 9bre 1724 (crânes, tibias croisés, ciboire, torches allumées tenues par deux mains, Pater Ave);
- Raoult Brière, prêtre curé, décédé le 24 février 1763;
- Une pierre tombale anonyme illustrée d’une cisaille en creux témoignant de l’activité passée du défunt qui fut soit un tondeur de moutons ou de draps [33] (utilisée comme marche d’accès à l’autel du septentrion) ;
- Celle de l’autel du midi évoque un défunt décédé en novembre 16__.
- Une autre platetombe, disposée à la marche d’accès du chœur est d’origine gothique (calice et 1432 ?).

La statuaire

Les statues contenues dans l'église sont en plâtre moderne :

  • saint Expédit [34] (Hodie = aujourd’hui, Cras =demain) ;
  • Joseph ;
  • Notre-Dame;
  • Thérèse de Lisieux et de l’enfant Jésus ;
  • Jeanne d’Arc ;
  • Sacré-Cœur de Jésus (toutes les 6 dans la nef) ;
  • Saint Antoine de Padoue (transept) ;
  • Saint Hubert, évêque, protecteur des dinandiers et des chaudronniers et Jehanne la sainte dans la chapelle nord.
  • Immaculée Conception au transept (achetée en 1854) .
  • Sacré Cœur de Jésus ;
  • Saint Benoît, abbé bénédictin, Père de l’Europe;
  • Thérèse de Lisieux (signée A VERMARE)
  • Sainte Jeanne d’Arc (toutes dans le chœur) ;

Autres éléments de patrimoine religieux

L’église a conservé deux photographies en mémorial : un cliché des membres de l’association pour la sauvegarde des églises et un cliché des sonneurs (Roger François et André Jouan).

Il y avait une chapelle dans la paroisse placée sous le vocable de saint Thibault [35]. Elle existait encore en 1730 car un acte évoque le chemin tendant de l’église à la chapelle saint Thibault.

La fontaine saint Clair était très fréquentée comme lieu où les pèlerins qui viennent invoquer saint Clair pour la vue vont puiser l’eau réputée salutaire contre l’Ophtalmie (la fabrique : 1868).

La croix hosannière, dont le croisillon avec son cordon semble être du XVIe siècle dans le cimetière fut entre autres réparée en 1811 par le sieur Barbot (quittance du 4 avril). L’ensemble prend appui sur un triple emmarchement. Le dé cubique adopte la forme octogonale par l’adoucissement des angles en creux. Le fût cylindrique se présente en deux segments reliés par des agrafes.

Patrimoine funéraire

Tombeau de Jean-François, Marie, Louis, Théodore ANNEE prêtre curé décédé le 17 avril 1873 [36] « Hic / jacet Theodorus Année / husus loci / rector egregious / obiit anno 1873».

Plusieurs monuments sont dignes d’intérêt tant sur le plan de l’histoire que de l’art :

  • Eugénie Brégeault 1859/1955
  • Alfred Bosque(t) 1876/1951
  • Marie Guesnel épouse Alphonse Pichon 1950
  • Aimable Lebeurier 1943
  • Léonie Lemaitre 1971
  • Céleste Benoist veuve Peslin 1906
  • Hippolyte Danin 1889/1963
  • Ysaline Hébert 1888/1979
  • Gondouin 1915
  • Lebeurier- Gilot
  • Aline Leprince épouse Hubert Sauvage 1918
  • Frédéric Bergamo 1994 (fils des fondeurs de cloches)

Ne pas manquer de visiter la petite église de Saint-Pierre-du-Tronchet et bien entendu Notre-Dame de Villedieu qui contient les statues anciennes de ces deux églises.

Les abbés de la paroisse de Saultchevreuil au XIXe siècle

  • François Jacques Pastey
  • Guillaume Le Noir
  • Louis Le Moine
  • Jacques Pierre Leforestier
  • Cénéric Loyer
  • Jean Gournay
  • Jean François Année
  • Gilles Auguste Marie Couenne
  • François Victor Roger
  • Paul Pascal Houssin

À ceux-ci succèderont les ecclésiastiques résidant au presbytère de Saint-Pierre-du-Tronchet (notamment l’abbé Lebaron) puis de Notre-Dame de Villedieu

Patrimoine industriel

Un moulin à papier fut bâti sur la Sienne. Il fut exploité par Jean François Hélier.

Un très beau descriptif de moulins à drap, à cuivre, à tan, exploités par François Leherpeur, peut être consulté dans le notariat en date du 21 mai 1778 (5 E 17222). Blaise Gastebled de Saint-Martin-le-Bouillant, porteur de la procuration d’Illustre Noble Dame Marie Anne Henriette Le Roy de Vallenglart, abbesse de l’abbaye royale de Saint-Désir-de-Lisieux, baille à Pierre Farcy, de La Colombe, un moulin banal faisant farine, situé à Saultchevreuil, faubourg de Villedieu, nommé le moulin du Bourg l’Abbaisse (5 E 17198).

Sources

Elles proviennent des différents fonds des archives diocésaines à Coutances ou au dépôt de Saint-Lô ainsi que des publications.

  • Dossier paroisse aux archives diocésaines à Coutances,
  • Conférences ecclésiastiques dites de Mrg Bravard,
  • Manuscrits des visites archidiaconales du Val de Vire XVIIe et XVIIIe,
  • Dossier en 300J509/1 aux archives à Saint-Lô (fabrique essentiellement),
  • Revue de l’Avranchin tome XIX,
  • Revue « Art de Basse Normandie » (n°121 du 1er trimestre 2000)
  • Histoire de Lisieux de Louis Dubois,
  • Statistique monumentale d’Arcisse de Caumont 1867,
  • Cahiers de doléances d’Emile Bridrey,
  • Histoire de Villedieu les poêles du chanoine Joseph Grente et Oscar Havard,
  • Ouest-France du 29 avril 1955
  • Revue de l’Avranchin et du Pays de Granville, tome 72,
  • BMS ou NMD aux archives départementales de la Manche,
  • Fonds de l’abbaye des religieuses de Saint-Désir-de-Lisieux aux archives départementales du Calvados.

Notes et références

  1. Celle de saint Pierre du Tronchet du doyenné de Montbray.
  2. Pouillé de Louis XVI confirmée par enquête ecclésiastique de 1860 sur les patrons des églises du diocèse (signée par Gournay, curé). François de Sales fut canonisé en 1665. Il est le patron des journalistes et de la presse catholique.
  3. Fondée vers 1050
  4. Le secteur leur était propice en bien des endroits à commencer par Saint Pierre du Tronchet.
  5. Conservé en 2 H 133 aux Archives départementales du Calvados à Caen
  6. Voir l’ouvrage de Mrs Grente et Havard sur Villedieu-les-Poêles.
  7. Voir la Gallia Christiana « S. Desiderius, Ecclesia Lexoviensis ». Histoire de Lisieux de Louis Du Bois et la statistique monumentale de l’arrondissement de Lisieux par M. Arcisse de Caumont, 1867.
  8. Le linteau de porte du moulin porte l’inscription suivante « 1791- F.F.P. G. GOUPIL ET ME GAUTIER SON EPOUSE »
  9. Les dîmes étaient de : 50 demeaux de seigle, 6 de froment, 18 de mouture, 100 d’avoine, 60 de sarazin, 8 tonneaux de cidre (de 2 ans en 2 ans) et du chanvre estimé à 4 livres 10 sols.
  10. Équivalent de sacristin
  11. C'est-à-dire en 1691.
  12. Est-ce le même entre 1683 et 1720 ?
  13. Il fait reconstruire le presbytère (beau document en 5 E 17156 sur la maison presbytérale aux archives départementales de la Manche).
  14. Il sera acolyte en 1721.
  15. Il sera qualifié en 1728 de prêtre à Paris.
  16. Il afferma une terre et ferme le 7 novembre 1761. Un appelé Nicolas Bertrand, sous diacre habitué de la cathédrale de Dol était natif de Saultchevreuil.
  17. BMS de Saulchevreuil. Il était originaire de Saint-Désir-de-Lisieux âgé de 60 ans et sept mois.
  18. Une autre source indique : Jacques François Pastey, inhumé le 4 Xbre 1808.
  19. Il y eu à la réouverture des églises ce qu’on appela le clergé concordataire. La réorganisation religieuse prévoyait un curé par canton et des prêtres succursaires dans les paroisses. Il fut archiprêtre de Villedieu. Un appelé Jean François Pastey était originaire du Mesnil-Villeman (sources : Répertoire du clergé de la Manche par Mr l’abbé Jean-Baptiste Lechat, 1993)
  20. Il achètera le prieuré de La Bloutière vendu comme bien national et participera à son démantèlement.
  21. Décédé le 1er mai 1810
  22. Archives diocésaines en dépôt à Saint-Lô sous la côte 300 J 509/1.
  23. Chemin de croix.
  24. Transept et flanc sud de la nef.
  25. Se référer aux nefs du Chefresne, Lorbehaye, par exemple.
  26. Il n’est probablement pas à sa place originelle.
  27. Gothique finissant
  28. C’est la même que celle de l’église voisine de Rouffigny.
  29. Un enfant y fut découvert en 1707.
  30. Disposée sur le mur du midi du transept et réemployé à cet usage.
  31. Déplacée, car elle se trouvait à l’origine plus proche de l’autel majeur.
  32. Fréquent au XVIIIe
  33. Le Val de Sienne n’en possède que deux exemplaires : ici et au Mesnil-Rogues (Jean Née).
  34. Le livre paroissial précise que le curé voulait avoir une statue d’un saint ignoré à plusieurs lieues à la ronde. Il est pourtant présent dans de nombreuses églises de la région, invoqué pour le règlement équitable d’une affaire urgente.
  35. Sa mention en est faite dans le Pouillé de 1665.
  36. Il était né à Trégastel (anciennes Côtes-du-Nord), fils de Jean Louis Théodore et d’Anne Françoise Désirée Jamault.


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