Vikings dans la Manche

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Les Vikings ou Normands (« hommes du Nord ») désignent des navigateurs scandinaves, qui ont pillé, commercé et colonisé une grande partie de l'Europe, entre le VIIIe et le XIe siècle. Ils se sont installés notamment en Neustrie, devenue Normandie.

Si les traces archéologiques sont quasi-inexistantes dans la Manche, leur présence a marqué l'histoire, l'image et la culture du département.

Les invasions vikings

Mus « tout à la fois, sans doute, [par] une poussée démographique devenue intolérable, de graves perturbations politiques, des modifications climatiques, la soif de métal précieux, le désir d'accéder au grand commerce en créant des comptoirs et, sans contestation possible, un goût inné de l'aventure  »[1], les Vikings attaquent les côtes européennes à partir de la fin du VIIIe siècle, pour des pillages ponctuels, très localisés et rapides[2].

Peuple de paysans, bucherons et guerriers scandinaves, les Vikings maitrisent la mer grâce à un bateau parfaitement adapté à la grande course, dont le faible tirant d'eau permet de s'approcher des côtes et de remonter des fleuves, propulsé par la voile ou la rame, atteignant une vingtaine de mètres et pouvant compter une cinquantaine d'hommes d'équipage. Sa proue, portant une tête de dragon, le « drakkar », participe à la peur qu'ils provoquent[1].

En Irlande d'abord, puis en Aquitaine et en Frise, ils visent les monastères où se concentrent les richesses, jouant de l'effet de surprise et de leur réputation de sauvagerie[1]. Le futur territoire de la Manche est alors peuplé depuis le néolithique de « méditerranéens graciles », disparaissant progressivement à la fin du VIIe siècle et au début du suivant, au profit d'individus robustes et de haute stature et de nombreux « brachycéphales »[3],[2], ainsi que quelques Saxons, installés au Ve siècle. Peu peuplé à l'époque mérovingienne (on a trouvé quelques zones d'habitations du VIIe siècle dans la Hague et le Val de Saire), christianisé à partir d Ve siècle, ce territoire s'organise sous les Mérovingiens en pagii (pagus constantinus, pagus coriovallensis, pagus Abrincatinus et éventuellement un autour de Mortain) et de paroisses aux toponymes en -ville[2].

Charlemagne inspecte les côtes de la mer de la Manche et ordonne leur fortification. Les remparts de Saint-Lô dateraient de cette époque. Mais rien ne freine les invasions : expéditions contre la Flandre en 820, la Seine, Rouen en 841, Boulogne, Nantes, l'Aquitaine, Paris en 845 ; installations de bases à l'embouchure de la Loire, puis près de Mantes. Les Scandinaves franchissent ensuite Gibraltar et affrontent les musulmans, attaquent Arles, Nîmes, Valence, Romans, sont repoussés par Girart de Roussillon, rançonnent Paris en 861[1]. En 867, le roi carolingien Charles le Chauve signe le traité de Compiègne concédant au roi Salomon de Bretagne le Cotentin et l'Avranchin, à charge pour lui de les défendre contre les Scandinaves qui détruisent les abbayes du Ham et de Nanteuil[2].

Durant l'hiver 889-890, ils assiègent le castrum de Saint-Lô qui tombe par la privation d'eau, et massacrent la population et l'évêque. Peu après la cité est rasée. En 911, le roi Charles le Chauve négocie la fin des hostilités avec le chef scandinave Rollon, qui devient jarl des Normands[1].

Face aux nombreux raids scandinaves sur l'Angleterre, le roi Æthelred décide vers 1001 d'attaquer les Normands qui aident les Vikings, mais il est défait par Néel de Saint-Sauveur.

Le peuplement scandinave dans la Manche

Progressivement, les Vikings troquent leur expéditions saisonnières contre des hivernages sur place puis l'installation définitive, à partir de 850 dans le Cotentin. Il s'agit localement de Danois et quelques Norvégiens, souvent colons du deuxième degré venus d'Irlande et d’Écosse, indépendamment de l'établissement des hommes de Rollon, à la même période dans la basse vallée de la Seine[2]. Ils s'installent essentiellement dans le nord Cotentin, particulièrement le long des côtes.

Lorsque Rollon signe le traité de Saint-Clair-sur-Epte, fondateur du duché de Normandie, en 911, Cotentin et Avranchin restent sous l'autorité des Bretons. En 933, son fils, Guillaume Longue-Épée en chasse les Bretons[2].

Persistance de la langue scandinave

Les termes issus de norrois, langue des Vikings, sont fortement présents dans le parler normand, notamment pour les mots du domaine maritime : sund, nez, mielle, banque, varech.

Surtout, on retrouve l'influence de la langue scandinave dans la toponymie locale avec les éléments bec, beuf, dal, dick, ey, hogue, homme, hou, lon / londe, tot, tourp(s) / torp(s), vík... Beaucoup de noms de communes sont formés d'un nom scandinave et du suffixe élément -ville (Teurthéville, Barneville, Azeville, Éculleville, Émondeville, Turqueville, Urville, Acqueville, Équeurdreville…).


Bibliographie

  • Michel de Bouard, « La Hague, camp retranché des Vikings ? », Annales de Normandie, volume 43, n°1, 1953 p. 3-14 (lire en ligne)
  • René Lepelley, « La côte des Vikings : toponymie des rivages du Val de Saire (Manche) », Annales de Normandie, volume 43, n°1, 1993 p. 17-39 (lire en ligne)
  • Daniel Levalet, « Les traces toponymiques de la présence anglo-scandinave autour de la baie du Mont-Saint-Michel (IX e-Xe siècles) », Revue de l'Avranchin, tome 94, mars 2017

Lien interne

Notes et références

  1. 1,0, 1,1, 1,2, 1,3 et 1,4 Pierre Aubé, Les Empires normands d'Orient, Tempus / Perrin, 2006, p. 15-20.
  2. 2,0, 2,1, 2,2, 2,3, 2,4 et 2,5 « 911, les Vikings étaient déjà installés dans le Cotentin », La Presse de la Manche, 11 août 2011
  3. A. Alduc-Le Bagousse, « État actuel des recherches anthropologiques en Normandie : l'époque gallo-romaine et médiévale », Bulletins et Mémoires de la Société d'Anthropologie de Paris, 183 10-2, p. 169-175.