Tempête des 18-19 novembre 1893

De Wikimanche

La Presse, 20 novembre 1893.

Tempête des 18-19 novembre 1893

La tempête de nord-ouest qui frappe les côtes de la Manche les samedi 18 et dimanche 19 novembre 1893 provoque des dégâts particulièrement importants à Cherbourg.

Le quotidien Le Figaro indique que la tempête s'est transformée « en un véritable cyclone », qui a arraché tout sur son passage [1]. Le bulletin météorologique qualifie la mer à Cherbourg de « furieuse » [2].

De nombreux navires de passage au large de Cherbourg ou qui se sont réfugiés à l'abri de sa rade ou de son port connaissent des dommages importants, pour certains irrémédiables.

Le brick Marie, de Nantes, venant de Londres et allant aux Sables-d'Olonne, et le cotre Marie-Reine-du-Ciel, venant de Tréguier chargée d'avoine, sont jetés sur la plage du casino [3]. Si les équipages sont sauvés, les cargaisons, elles, sont perdues [1].

La goélette The Three James, de Swansea, qui allait de Londres à Liverpool chargée de ciment, est poussée par le vent jusqu'à Carteret et s'échouee sur la côte ; le canot de sauvetage récupère l'équipage mais le bateau est perdu [4].

À Cherbourg, les dégâts causés à la digue du large attestent de la violence de la tempête.

Le quatre-mâts Cap-Horn, de la compagnie Bordis, de Dunkerque, qui avait pourtant fait relâche dimanche sur rade, ne peut tenir sur ses ancres : le stationnaire Bufle et le remorqueur Marsouin, dépêchés pour lui venir en aide, ne peuvent l'empêcher de venir s'échouer sous le fort du Homet [2].

On est sans nouvelle du bateau-pilote n° 10, parti samedi de Cherbourg [5].

La corvette russe Kreisser est contrainte de se mettre à l'abri dans la rade après avoir subi des avaries dans son beaupré [6].

Tous les bâtiments de l'Escadre du Nord et le Bufle sont mis « sous pression », « craignant à chaque instant la rupture de leurs corps-morts » [7].

Tous les autres navires en escale dans le port doublent leurs amarres pour plus de sécurité [7].

Le service entre la terre et l'escadre est suspendu [6].

Le Surcouf, qui devait rentrer dans l'arsenal lundi 20, doit différer sa manœuvre [7].

La digue du large est gravement détériorée [4]. Elle présente deux brèches importantes. Non loin, au fort de Chavagnac, le mât de signaux est brisé par le vent [4].

En ville, les dégâts sont également très importants. De gros arbres sont déracinés et rue de l'Abbaye le vent emporte des cheminées [7]. La toiture du grand salon de l'hôtel de ville est enlevée par le vent [3].

Le lendemain, « la rade est consignée et la route du port militaire est encombrée par les débris des toitures et des maisons » [1].

Près de Barfleur, le trois-mâts anglais Alpha, venant de Newcastle chargé de houille, s'échoue sur la pointe de Neuville ; son équipage est sauvé [8].

Un brick français démâte et le trois-mâts L'Orientes, de Hambourg, fait naufrage avec 14 hommes à bord : deux d'entre eux réussissent à gagner la côte à la nage, l'un avec une jambe cassée ; six marins réfugiés sur une épave sont récupérés par le canot de sauvetage ; il manque cinq marins dont deux sont retrouvés noyés [9].

Le vapeur anglais Cartagena, venant de Glasgow, allant en Espagne avec un chargement de bois, s'échoue à Réthoville sur un banc de sable ; ses 53 hommes d'équipage sont saufs [3].

À Granville, la journée de dimanche est la plus agitée. La mer est démontée et des débris d'ardoises et de cheminées jonchent les rues et quelques personnes ont été blessées [6]. On ne déplore aucun incident maritime [6].

Dimanche, vers 20 h, le vapeur grec Paraskevi-Vlassopulo, venant de Cardiff et allant à Rotterdam, se jette sur la pointe du Houffet devant Saint-Germain-des-Vaux : deux de ses 26 hommes d'équipage ont disparu et le bateau est considéré comme perdu [9].

Cette tempête est suivie quelques jours plus tard, les 25 et 26 novembre, d'un coup de vent qui aggrave les dégâts subis par la digue de l'ouest et en occasionne d'autres au port du Becquet.

Notes et références

  1. 1,0 1,1 et 1,2 « La tempête d'hier », Le Figaro, 20 novembre 1893.
  2. 2,0 et 2,1 « La Tempête », Le Temps, 21 novembre 1893.
  3. 3,0 3,1 et 3,2 « La tempête », Le Petit Journal, 21 novembre 1893.
  4. 4,0 4,1 et 4,2 « La tempête », Le Temps, 20 novembre 1893.
  5. « Les tempêtes », Le Figaro, 21 novembre 1893.
  6. 6,0 6,1 6,2 et 6,3 « Le mauvais temps », Le Petit Journal, 20 novembre 1893.
  7. 7,0 7,1 7,2 et 7,3 « La température », Le Gaulois, 20 novembre 1893.
  8. « Tempête et neige : navires et équipages perdus », L'Intransigeant, 21 novembre 1893.
  9. 9,0 et 9,1 « La tempête : nombreuses victimes », Le Petit Parisien, 21 novembre 1893.

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