Tangue

De Wikimanche

Micro falaise de tangue
au Val-Saint-Père

La tangue est un sédiment marin de la Manche.

Elle est formée d'une fraction sablonneuse à base de débris coquillers calcaires très fins et d'une fraction vaseuse de limons et d'argiles déposés dans la zone de balancement des marées.

Chaque marée de vive-eau dépose une couche de tangue de quelques millimètres. En coupe verticale, on peut observer une alternance de lits clairs et foncés. Les couches claires sont de sables fins, les sombres de limons plus ou moins argileux. Le flux dépose un lit de sable. À l'étale, les sédiments plus fins décantent sur les sables. Le reflux, de moindre vitesse ne peut remporter les précédents dépôts qui ont eu le temps de se compacter.[1]

Dans certaines conditions, la tangue peut se liquéfier, pour donner des sables mouvants ou lises.[1]On la dit thixotropique.

Répartition des gisements

On trouve la tangue dans les zones de vasières littorales recouvertes par les hautes marées, notamment dans la baie du Mont-Saint-Michel, dans la baie des Veys et les havres du Cotentin. À Heugueville-sur-Sienne, l'épaisseur de la couche atteint deux mètres [2].

Extraction

L'exploitation de la tangue est à son apogée du 18e siècle au début du 20e où elle est supplantée par les engrais industriels amenés par chemin de fer. La tangue est extraite en bordure des rivières, dans les tanguières. Cette pratique ancestrale est, à cette époque, libre de toute redevance, pourvu que la tangue soit destinée à l'agriculture.[3] La tangue est alors prélevée à marée basse avec une drague à manche ou bien par bêchage ou encore par havelage avec un havet tiré par un homme ou un cheval.[1] Aujourd'hui les pelleteuses ont pris le relais.

En 1853, la tangue est extraite :

À cette époque, la tangue est acheminée par des centaines de charrettes auxquelles on reproche d'endommager les routes, mais aussi par gabares sur les canaux. Le canal du port de Coutances au Pont de la Roque est construit essentiellement pour le transport des tangues, le canal de Carentan en exporte 30 000 m3. La tangue du petit Vey est transportée par le canal de Vire et Taute jusqu'à Saint-Lô et plus loin par la route.[4].

Depuis 1988, un cahier des charges encadre les extractions de tangues : un seuil de prélèvement est fixé à 10 000 m3. Au-delà de ce volume, tout projet de prélèvement est soumis à une autorisation d'occupation temporaire délivrée par l'État.[6]

Utilisation

Depuis le Moyen Âge, la tangue est utilisée comme amendement agricole. « Qui va à la tangue va au blé », assure un proverbe local [5]. Son utilisation aurait été introduite dans notre département par les envahisseurs scandinaves [2]. Les tangues ne sont presque jamais employées sortant des tanguières, mais après une exposition de trois à cinq mois à l'air dans des dépôts afin de les désaliniser. Au 19e siècle on emploie très souvent la tangue avec du varech et du fumier.[1]

Entre 2011 et 2013, dans le cadre de l'opération de rétablissement du caractère maritime du Mont-Saint-Michel, il est évacué 1,2 million de mètres cube de tangue du Couesnon et de l'anse de Moidrey. Les sédiments d'abord séchés sont offerts aux agriculteurs dans un rayon de 5 km.[7]

Une étude de la chambre d'agriculture de la Manche confirme que ce matériau est intéressant pour sa forte teneur en calcaire, l'amélioration de la perméabilité et de l'aération des sols limoneux ainsi que la réduction de l'instabilité structurale de ces sols.[7]

Au 21e siècle, elle sert aussi à recharger les pistes de centres équestres.

Bibliographie

  • Léopold Delisle, «  Endiguements du Cotentin au Moyen Âge. Ancien usage de la tangue », Annuaire du département de la Manche, 1851
  • Abbé Alphonse Jarry, La tangue, les tanguiers et les tanguières de la baie du Mont-Saint-Michel : vieux souvenirs (1880-1895), Impr. P. Saffray, Fougères, 1943
  • J. Bourcart, J. Jacquet, C. Francis-Boeuf, « La tangue de la baie du Mont-Saint-Michel », CR de la société de biogéographie, n°178-179, 1944, p.43-46
  • Jean Jacquet, «  À propos de la tangue  », Notices, mémoires et documents publiés par la Société d'archéologie et d'histoire naturelle de la Manche, n° 55, 1945, p. 51-69.
  • Robert Mathieu, «  Histoire des idées sur la nature de la tangue – Observations nouvelles – Essai de définition de ce sédiment », Bulletin de la Société géologique de Normandie, t. 55, 1965
  • Eric Barré, « Salines et tanguières de Normandie au Moyen-Age - Notes sur leur aspect juridique », Chronique d'histoire maritime, 1996-I, p. 43-47.

Odonymes

Notes et références

  1. 1,0, 1,1, 1,2 et 1,3 Jean-Pierre Camusard, « L'exploitation des tangues ou le souvenir des savoirs oubliés  », Bulletin de la société géologique minéralogique de Bretagne, 2011 (lire en ligne)
  2. 2,0 et 2,1 Michel Lepesant, « À propos de la tangue », Annales de Normandie, 5e année, n° 1, janvier 1955, p. 99.
  3. BRGM, Notice explicative de la feuille Avranches, carte géologique de la France au 1/50000 , 1984, p.38
  4. 4,0, 4,1, 4,2, 4,3, 4,4 et 4,5 Isidore Pierre, « Études sur les tangues des côtes de la basse Normandie », Annales de chimie et de physique, 3e série , tome 37, éd. Masson, Paris, 1853, p. 81-154
  5. 5,0 et 5,1 Jean-Ange Quellien, Le Cotentin : histoire des populations, éd. Gérard Montfort, 1983, p. 63.
  6. État des lieux- Document d'objectifs Natura 2000- Baie du Mont-Saint-Michel(lire en ligne)
  7. 7,0 et 7,1 « La tangue de l'anse de Moidrey prisée par les producteurs  », Ouest-France.fr, 5 mai 2014 (lire en ligne)