Télégraphe Chappe dans la Manche

De Wikimanche

Un télégraphe Chappe.
Télégraphe sur les ruines
du donjon d'Avranches.
Télégraphe sur l'abbaye du Mont-Saint-Michel.

Le télégraphe Chappe est un ancien moyen de télécommunication visuelle utilisé dans la Manche entre 1799 et 1852 où il est remplacé par le télégraphe électrique.

Il est mis au point par Claude Chappe (1763-1805) en 1791. Il permet de transmettre des messages codés grâce à des tours ou des clochers éloignés de dix à quinze kilomètres. Chaque poste est surmonté d'un mât avec deux bras articulés manœuvrés par des employés appelés « stationnaires », au nombre de deux par poste. Les messages sont lus à l'aide de lunettes.

Les lignes Paris-Brest, Avranches-Nantes et Cherbourg-Avranches traversent la Manche d'est en ouest et du nord au sud [1] et font alors d'Avranches un centre de télégraphie. « Le directeur du télégraphe a seul le secret des dépêches ; il est l'intermédiaire entre les ministres et les autorités supérieures de la ville. Il faut, lorsque le temps est favorable, 3 min 56 s pour qu'un signal parti de Cherbourg arrive à Paris. »[2].

Avranches carrefour de la télégraphie

Depuis l'effondrement de sa voûte en 1796, il ne subsiste plus de la cathédrale Saint-André que ses tours. Le premier télégraphe à Avranches est implanté en 1799 sur la tour nord où sonnent encore les cloches et tourne l'horloge [3]. Il est sur la ligne de Paris à Brest. Les tours étant démolies en 1812, le télégraphe doit être déplacé. Il est décidé de l'installer sur la terrasse des ruines de l'ancien donjon où l'on construit une tour pyramidale, surnommée, par Le Héricher, le « pyramidion du télégraphe » [4].

En 1833 pour la ligne d'Avranches à Nantes, un télégraphe est installé sur le clocher de l'ancienne petite église Notre-Dame des-Champs [3].

La même année, la direction de la télégraphie, Auguste Conseil à sa tête, s'installe au 8 rue d'Office [3].

En 1834, Jacques Lair, prospecteur de sites télégraphiques, achète, boulevard du Sud, un terrain où l'on construit une maison comportant deux tours élevées aux extrémités du corps de logis. Cette maison est détruite en 1996 [3].

En 1835, l'ancien clocher de l'église Saint-Saturnin accueille la première station de la ligne d'Avranches à Cherbourg[3].

Ligne télégraphique Paris-Brest

Cette ligne est construite à la demande du ministère de la Marine pour être rapidement averti de la situation sur les côtes bretonnes. Dans la Manche, la première station est construite en 1798, la dernière en 1834 [1]. Selon l'atlas Kermabon, les stations sont implantées d'est en ouest :
- Les Herbreux à Ger. Au cœur de la forêt de la Lande Pourrie, la tour est posée sur la maison des guetteurs, sur une colline de 343 m d'altitude, à 500 m de la propriété nommée « Le Télégraphe ». Les stationnaires avaient à y redouter les loups et les chouans [5]
- La Tournerie à Saint-Clément, sur la colline du Pointon. Le mécanisme est détruit par les gendarmes le 20 mars 1815.
- La roche de la Rivière à Reffuveille
- Bruyères aux bois, aujourd'hui Le Chatel à Saint-Ovin
- Avranches sur les tours de la cathédrale
- Le Mont-Saint-Michel, sur le clocher de l'abbaye

Ligne Avranches-Nantes

Elle est mise en service en 1832[6] et passe par les stations suivantes :
- Avranches (l'évêché)
- Avranches (Notre-Dame-des-Champs)
- Courtils sur le clocher
- Curey, près du château de Macey

Ligne Cherbourg-Avranches

Elle est établie en 1834 [6] en utilisant les stations de :

- Avranches (Clocher de Saint-Saturnin) - Montviron - La Lucerne-d'Outremer - La Meurdraquière - Lengronne (clocher) - Montpinchon - Le Lorey - Saint-Martin-d'Aubigny - Millières (près de l'église) - Lastelle - Prétot (clocher) - Rauville - Néhou - Bricquebec - Tollevast - Octeville - Cherbourg

À Cherbourg, vers 1840, la station est installée dans un premier temps au 21 rue des Bassins en face du nouveau théâtre, l'appareil correspondait par la fenêtre d'une mansarde avec la Fauconnière (Octeville). Elle est transférée définitivement au 7 rue des Bastions, sur le toit, où le poste aérien était monté sur une plate-forme en bois. A quelques pas de la Préfecture maritime et de la Sous-préfecture. Cherbourg est un siège de direction où le directeur s'ennuie, faute de dépêche à transmettre [7].

Cartographie

Chargement de la carte...

La carte est établie en utilisant les données de la page Manche de l'atlas Kermabon et le site internet Remonter le temps de l'IGN qui permet de comparer la carte actuelle et la carte de l'état-major (1820-1866) où les télégraphes sont visibles, sauf à Avranches et Cherbourg.

Le télégraphe vu par Victor Hugo

Victor Hugo, lors de son voyage dans la Manche en 1836, écrit :

« J'étais hier au Mont-Saint-Michel. (...) Pour couronner le tout, au faîte de la pyramide, à la place où resplendissait la statue colossale dorée de l'archange, on voit se tourmenter quatre bâtons noirs. C'est le télégraphe. Là où s'était posée une pensée du ciel, le misérable tortillement des affaires de ce monde ! C'est triste.

Je suis monté au télégraphe qui s'agitait fort en ce moment. Le bruit courait dans l'île qu'il annonçait au loin des choses sinistres. On ne savait quoi. (J'ai su à Avranches. C'était le nouveau meurtre essayé sur le roi.) Arrivé sur la plate-forme, l'homme d'en bas qui tirait les ficelles m'a crié de ne pas me laisser toucher par les antennes de la machine, que le moindre contact me jetterait infailliblement dans la mer. La chute serait rude, plus de cinq cents pieds. C'est un fâcheux voisin qu'un télégraphe sur cette plateforme qui est fort étroite, et n'a pour garde-fou qu'une barre de fer à hauteur d'appui, de deux côtés seulement pour ne pas gêner le mouvement de la machine. Il faisait grand vent. J'ai jeté mon chapeau dans la cabine de l'homme, je me suis cramponné à l'échelle, et j'ai oublié les contorsions du télégraphe au-dessus de ma tête en regardant l'admirable horizon qui entoure le Mont-Saint-Michel de sa circonférence où la mer se soude à la verdure et la verdure aux grèves. (...) Tout ceci était coupé par le cri aigre des poulies du télégraphe transmettant la dépêche de M. le ministre de l'intérieur à MM. les préfets et sous-préfets. »[8]

« À Avranches, que j’ai visitée en quittant le Mont-Saint-Michel, il y a une magnifique vue, mais il n’y a que cela. Autrefois il y avait trois clochers, maintenant il y a trois télégraphes qui se content réciproquement leurs commérages. Or, les bavardages d’un télégraphe font un médiocre effet dans le paysage. » [9]

Toponymes

  • Bois du Télégraphe à Ger

Odonymes

Bibliographie

  • J.A Leclerc, « Les télégraphes Chappe dans la Manche », Notices, mémoires et documents publiés par la Société d'Archéologie de la Manche, t.58, fasc1, 1950, p. 36 (article repris dans La Manche Libre du 25 juillet 1971)
  • Yves Lecouturier, « Avranches, centre de télégraphie aérienne », Revue de l'Avranchin, n° 345, septembre 1990
  • André Muset, « Le dragon terrassé (télégraphe du Mont-Saint-Michel 1798-1852) », La Dépêche, bulletin de l'association des amis du musée de la poste, n° 17, 1995, p. 24-26
  • Guy de Saint-Denis, La télégraphie Chappe dans le département de la Manche, Société d'archéologie et d'histoire de la Manche, 1996
  • Guy de Saint-Denis, « Le télégraphe Chappe renaît à Montpinchon (Manche) », La Dépêche, n° 23, 1998, p. 30
  • André Muset, « Chappe et la Normandie ou l'histoire de la difficile construction d'une ligne télégraphique il y a 200 ans », n° 26, 2000, p. 42-48

Notes et références

  1. 1,0 et 1,1 Adhémar Kermabon et Ernest Jacquez, Atlas des lignes télégraphiques aériennes construites en France de 1793 à 1852, S.n., Paris, 1892 (lire en ligne).
  2. Jean Fleury et Hippolyte Vallée, Cherbourg et ses environs. Nouveau guide du voyageur à Cherbourg, Cherbourg, 1839. 2e partie p. 3-4.
  3. 3,0, 3,1, 3,2, 3,3 et 3,4 Claudechappe.fr [1], consulté le 26 août 2017.
  4. Édouard Le Héricher, Avranchin monumental et historique, vol.1, éd. Tostain, 1845, p.11.
  5. Claude Chappe.fr-Les Herbreux [2], consulté le 26 août 2017.
  6. 6,0 et 6,1 Essai historique et statistique sur l'Avranchin, vol.1, éd. Tostain, 1844, p. 243-245
  7. Claude Chappe.fr-Tour 160 [3], consulté le 17 août 2017.
  8. Victor Hugo, «  1836. Coutances, 28 juin », France et Belgique. Alpes et Pyrénées. Voyages et excursions, éd. Ollendorf, Paris,1910, p. 54-56 (lire en ligne)
  9. Victor Hugo, « Saint-Jean-de-Day, 30 juin. », op. cité, p.suivantes