Simon Frères

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Les Établissements Simon Frères sont une entreprise de la Manche, basée à Cherbourg-en-Cotentin.

Ils sont fondés en 1856 et spécialisés dans la fabrication d'appareils pour l'agroalimentaire.

Histoire

Broyeur de pommes.
Malaxeur de beurres.

En 1856, Jean-Laurent Simon, fils de journalier agricole, quitte l'arsenal pour ouvrir à Cherbourg, à l'enseigne de Simon Jeune, un petit atelier spécialisé dans la réparation de bateaux et de moulins hydrauliques [1]. Récompensé à partir de 1860 pour ses machines agricoles, il fabrique durant la guerre de 1870 des canons de 80 mm, avec, nouveauté, chargement par la culasse, puis reprend la conception de machines à vapeur, à destination de l'agriculture, des scieries et des minoteries, et complète son atelier de fonderies.

L'entreprise reprise en 1890 par ses deux fils, Albert et Auguste, abandonne peu à peu les machines agricoles à vapeur pour se consacrer, dans une période où les laiteries du Cotentin et du grand-ouest se regroupent en coopérative pour s'industrialiser, à des machines permettant la fabrication industrielle du beurre : barattes, malaxeurs, écrémeuses, moules continus. En 1896, l'entreprise prend la dénomination de Simon Frères et s'installe en 1904 dans le quartier du Maupas [1].

Spécialisée également dans la conception de matériels pour la fabrication de cidre et poiré (broyeurs et pressoirs à pommes puis à olives ou raisin), l'entreprise collectionne les récompenses entre 1888 et 1900  : 6 grands prix, 5 prix d'honneur, 3 diplômes d'honneur, et 33 médailles d'or, notamment au concours du Palais de l'Industrie de Paris, et aux expositions universelles de Paris 1889, de Bruxelles 1898, et Paris 1900. Idem pour celles d'Hanoi, Saint Louis, Liège, Milan et Saragosse. Albert et Auguste sont faits officiers du Mérite agricole en 1898 et 1900.

Ils se diversifient aussi dans les aplatisseurs, concasseurs de grains, manèges, batteurs, mais aussi les motopompes, moteurs et groupes électrogènes. En 1906, ils construisent une nouvelle usine sur l'emplacement de l'atelier. Les Établissements Simon Frères acquièrent une réputation mondiale, deviennent leader avec 50 à 70 % du marché mondial, et fondent des usines en Hollande, Italie et Irlande. Après une nouvelle période de construction d'armes durant la Première Guerre mondiale, l'entreprise reprend son développement, en acquérant les usines de fabrication d'appareils pour l'industrie beurrière Hubert de Saumur en 1921, et Vennin de Lille en 1929.

En 1939, la troisième génération prend les rênes à l'instar de Pierre Simon, à nouveau contraint à la fabrication d'armes pour l'armée, obus et roues. En sous-production durant l'Occupation, détruite en 1944, l'usine reprend rapidement son activité en 1945, en proposant des machines innovantes pour l'industrie laitière, couvrant de la fabrication au conditionnement final. Prospérant grâce à la modernisation de ce secteur durant les « Trente glorieuses », la société est alors présente sur tous les continents, employant à Cherbourg 450 personnes dans les années 1970, et écoulant 700 machines à beurre de grande capacité entre 1957 à 2001. Avec Roger Simon à sa tête entre 1969 et 1985, puis Christian Simon, elle se diversifie dans des lignes industrielles pour divers produits alimentaires, des mélangeurs pour fromages, boulangerie et confiserie, mais aussi pour la cosmétique, puis comme sous-traitant en chaudronnerie pour la DCN et la Cogéma.

En 1973, l'entreprise est récompensée par l'Oscar de l'exportation, cette dernière représentant 60 % de son activité [2].

En 1976, l'usine est paralysée par un important mouvement de grève. Les portes sont bloquées le 31 mars. Malgré un jugement en référé du 3 avril ordonnant l'ouverture des portes, l'occupation de l'usine se poursuit encore jusqu'à la fin du mois [3].

Après un redressement judiciaire en 1989, l'entreprise fait face au début des années 2000 à la saturation du marché des machines à beurre, qui représente alors la moitié de son chiffre d'affaires (la sous-traitance en composant 30 %). La forte baisse des commandes et à une dette de 2,2 millions d'euros, obligent la plus vieille entreprise cherbourgeoise à déposer le bilan à l'été 2004.

Au printemps 2005, l'entreprise est rachetée par le groupe Brétèche Industrie, avec un peu plus d'un tiers de son personnel [1]. Elle abandonne la sous-traitance avec la DCNS et Areva NC pour se recentrer sur son activité agroalimentaire. Elle prend alors le nom de Simon SAS (société anonyme simplifiée).

En mars 2013, elle abandonne ses locaux historiques du Maupas pour s'installer dans l'arsenal de Cherbourg, à l'intérieur de l'ancien atelier « Composites » [4]. L'entreprise y dispose de 1 200 mètres carrés pour créer des machines destinées à la fabrication du beurre [5].

En 2016, l'entreprise fête ses 160 ans le 9 septembre à bord du voilier Marité [6].

Le site historique qui couvre deux hectares au Maupas, rue Laurent-Simon, est racheté par la ville de Cherbourg [7]. Le 6 juin 2018, la décision est prise de raser l'usine et de dépolluer le site contaminé par les hydrocarbures [8].

Sources
  • Jacques Dufresne, « Simon Frères, de la fabrication des canons à celle des machines à beurre », Les Échos n° 18717, 13 août 2002, p. 17.
  • Patrick Bottois, « Simon Frères en dépôt de bilan », L'Usine nouvelle, site internet, 31 août 2004 (lire en ligne).
  • « Cherbourg : la plus vieille usine de la ville dépose son bilan », Les Échos n° 19235, 2 septembre 2004, p. 18.

Production

L'entreprise fabrique des barattes capables de produire de 400 kg à 12 tonnes de beurre à l'heure [4] : une quinzaine chaque année dont le prix varie entre 300 000 € et 1 million d'euros [6]. Son activité est consacrée à 70 % à l'exportation [4], soit une cinquantaine de pays [6], avec l'Inde comme premier pays importateur [9].

Effectifs

Dans les années 1970, l'entreprise compte « jusqu'à 550 salariés » [5].

En 2017, l'entreprise emploie 38 personnes [9] (36 en 2016 [6], 47 en 2013 [4]).

Administration

Adresse : base navale
50100 Cherbourg-en-Cotentin
Tél. 02 33 43 09 18
Président-directeur général : Dominique Liuzzu

Notes et références

  1. 1,0, 1,1 et 1,2 « Retour aux sources pour Simon SAS », Cherbourg-Octeville Magazine, n° 149, juin 2013.
  2. « Nos années 70 », La Presse de la Manche, hors-série, novembre 2012, p. 155.
  3. La Presse de la Manche, 21 avril 1976.
  4. 4,0, 4,1, 4,2 et 4,3 Gilles Collas, « L'ex-Simon Frères migre sur le port et embauche », Ouest-France, 26 mars 2013.
  5. 5,0 et 5,1 « Simon SAS : la crème du savoir-faire traditionnel et de l'expertise », site internet de la Communauté urbaine de Cherbourg, 1er juillet 2013.
  6. 6,0, 6,1, 6,2 et 6,3 Kevin Verger, « Simon Frères, pionnier du beurre, a 160 ans », Ouest-France, 14 septembre 2016.
  7. G. L., « L'usine Simon va disparaître du Maupas », La Presse de la Manche, 20 octobre 2018.
  8. Thomas Grimaldi, « La mythique usine Simon Frères va être démolie », Ouest-France, site internet, 28 octobre 2018 (lire en ligne).
  9. 9,0 et 9,1 « Un savoir-faire mondialement réputé », Manche Mag', n° 56, mai-juin 2017.

Lien interne

Lien externe