Roger Ier de Sicile

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Roger de Sicile.

Roger de Hauteville, connu également sous la dénomination du Grand-Comte ou Roger Ier de Sicile, né vers 1031, mort à Mileto (Italie) le 22 juin 1101, est un noble de la Manche.

Dernier des frères de Hauteville, il conquiert avec l'aide de son frère, Robert Guiscard, puis seul, la Sicile dont il devient duc, et l'un des plus puissants princes européens.

Lieutenant de Robert Guiscard

Dernier fils de Tancrède de Hauteville et de sa seconde femme, Roger quitte le duché de Normandie pour l'Italie du Sud sans doute en 1057, accompagné de trois de ses frères, Godefroi, Mauger et Guillaume, et d'une petite troupe de parents et d'amis.

Ayant rejoint son frère Robert Guiscard, il mène avec lui une attaque contre Reggio, en 1057, devant laquelle ils échouent. Depuis Capo Vaticano, Roger soumet la région de Gerace l'année suivante[1] puis se fâche avec Robert en se rapprochant de son autre frère, Guillaume du Principat, en lutte contre le prince de Salerne. Il s'installe à Scalea le temps que les trois Hauteville se réconcilient[1].

Obtenant la moitié des possessions de Robert présentes et à venir en Calabre, Roger est chargé d'y réduire une révolte et de contenir les velléités des Byzantins, achevant la conquête de la pointe italienne par la prise de Reggio, en 1060. Il épouse en décembre de la même année, Judith d'Evreux, issu de la famille des Giroie-Grandmesnil, petite-cousine de Guillaume le Conquérant, union qui lui apporte de nouveaux chevaliers potentiels pour conquérir la Sicile[2].

En 1061, il installe son quartier général à Mileto, dont il fait sa résidence favorite.

Conquête de la Sicile

Roger reçoit les clés de Palerme en 1072.

Nommé comte de Sicile par son frère en 1062, Roger entreprend, au nom de la Papauté, de conquérir l'île, alors sous la domination musulmane. Tirant profit des rivalités entre les émirs musulmans, il livre bataille sur bataille. Il conquiert les villes une à une : Messine en 1061, Troina, Cerami (1063), où 136 chevaliers, soit environ 500 hommes, parviennent à dominer plus de 3000 soldats musulmans, et Misilmeri (1068)[3].

Palerme, principale cité de l'île est solidement défendue. En 1064, Robert et Roger tentent de la faire tomber une première fois, mais une invasion de tarentules et l'impossibilité de bloquer le port faute de flotte suffisante, rend l'opération impossible. Ils attaquent à nouveau la ville par surprise durant l'été 1071, organisant un siège à terre et un blocus maritime. Au cours des mois suivant, la faim et les maladies affaiblissent la population assiégée, mais les Normands sont également affaiblis par la fatigue des combats. Après six mois de siège, Roger attaque la cité afin de faire diversion pendant que Robert lance l'assaut victorieux contre la ville neuve. La vieille ville devient le refuge des défenseurs palermitains mais le lendemain, une délégation négocie la reddition de la cité, négociant la protection de la population musulmane par les princes normands contre un serment de fidélité. Les Normands rendent l'ancienne église Sainte-Marie au culte chrétien, font de Palerme la glorieuse capitale du Royaume et organise une cour où intellectuels et artistes chrétiens et musulmans se mêlent[4]. Ils prennent alors rapidement possession de l'ouest et du centre de l'île[3].

A la mort de Robert, en 1085, Roger est de dernier frère de la première génération des Hauteville et le maître de la Sicile, et le grand protecteur de Roger Borsa, fragile successeur de Guiscard sur le continent face aux appétits des barons normands et des autres puissances italiennes[3]. La prise de Noto en 1091 marque l'achèvement de sa conquête sicilienne[3].

Il organise peu à peu l'île selon un système féodal, en s'appuyant sur les rites autochtones. Habile et généreux, Roger de Hauteville apporte unité, fierté et prospérité à la Sicile.

Il meurt le 22 juin 1101 dans son fief de Mileto en Calabre. Sa troisième femme, Adélaïde del Vasto, devient régente, en attendant la majorité de son fils Simon. Mais la mort prématuré de ce dernier, en 1105, porte Roger II sur le trône.

Notes et références

  1. 1,0 et 1,1 Éric Barré, « Les Normands en Méditerranée », Revue de la Manche, tome 59, fascicule 237, Société d'archéologie et d'histoire de la Manche, juillet-septembre 2017
  2. Aurélie Thomas, « La carrière matrimoniale des fils de Tancrède de Hauteville en Italie méridionale: rivalités fraternelles et stratégies concurrentes. Les stratégies matrimoniales (IXe-XIIIe siècle) », 14, BREPOLS, pp.89-99, 2013, Histoires de famille. La parenté au moyen âge, (lire en ligne).
  3. 3,0, 3,1, 3,2 et 3,3 Pierre Bouet, « 1000-1100 : la Conquête », Les Normands en Méditerranée aux XIe-XIIe siècles (2e édition), Presses universitaires de Caen, 2017.
  4. « La prise de Palerme, le “nid à tarentules” », Historia, spécial n° 23, mai 2015.

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