Roger II de Sicile

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Portrait de Roger II, comte de Sicile, gravure XVIe siècle.
Statue de Roger II au Palazzo Reale de Naples.
Roger II de Sicile, couronné par le Christ, en l'église de la Martorana à Palerme (Sicile, Italie).

Roger II de Sicile, né le 22 décembre 1095, mort le 26 février 1154, est un roi de Sicile, lié à la Manche.

Fils de Roger Ier de Sicile, il est comte de Sicile, de 1105 à 1130 puis roi de l'île jusqu'à sa mort, ainsi que duc d'Apulie, de 1124 à 1154.

Biographie

Petit-fils de Tancrède de Hauteville, fils de Roger de Hauteville (1031-1101), il hérite du comté de Sicile, à la mort de son frère, Simon (1093-1105). Sa mère, Adélaïde de Montferrat (1070-1118), troisième femme de Roger, issue de la noblesse piémontaise, assure la régence jusqu'en 1113, laissant à son fils une île prospère et pacifiée [1], dirigée par les Normands mais habitée par des Grecs, des Lombards, des musulmans, des juifs et bien d'autres [2].

Il reçoit une éducation mêlant culture grecque, latine et arabe, ainsi qu'une formation de chevalier. Il est adoubé en juin 1112 à Palerme [3]. Pierre Aubé dit de lui : « Son visage, d'une inquiétante dureté, terrorisait son entourage. Sa parole puissante, mais brève et impérieuse, invitait à une obéissance immédiate et sans défaillance. Son ambition était sans limite, insatiable. Son règne qui semblait devoir être celui de l'outrance deviendrait grâce à son habileté, à sa lucidité, à sa mesure et à son attention aux moindres pulsations du monde qui l'entourait et dont il saisissait d'emblée les failles et les virtualités, un modèle rarement égalé de politique réfléchie et nuancée. » [1]

Il s'entoure de fidèles conseillers, grecs calabrais comme son père, mais aussi Latins et Musulmans, et d'une cour formée par la noblesse sicilienne et calabraise, mais aussi du reste de l'Italie normande [4]. Il appuie son pouvoir par un réseau d'alliance familiale et matrimoniale. En 1113, il accepte le remariage de sa mère avec le roi Baudouin 1er de Jérusalem [2], recevant la promesse d'hériter de la couronne de Jérusalem. Mais le souverain parvient à répudier sa nouvelle épouse après avoir épuisé sa très riche dot. Humiliée par ce mariage annulé, elle meurt le 16 avril de l'année suivante [1], alimentant l’appétit du Sicilien pour la Terre sainte. Entre temps, Roger épouse en 1117 Elvire de Castille, fille du roi Alphonse VI, âgée de 18 ans [1].

« Homme d’État averti, aux vues hardies sous des dehors d’extrême réserve et d’impénétrable froideur »[2], Roger ambitionne de conquérir l'Afrique, divisée par des princes arabes rivaux, et charge son proche conseiller politique, l'émir des émirs, Georges d'Antioche, de mener les combats. L'amiral échoue en 1123 à prendre Mahdia (Tunisie) ce qui ravive les raids arabes contre la Sicile. Pour consolider ses forces, Roger s'allie à Raymond Berenger III, comte de Catalogne, petit-fils de Robert Guiscard par sa mère Mathilde [1].

Lorsque Guillaume de Pouille, petit-fils de Robert Guiscard meurt le 25 juillet 1127 sans descendance, Roger II obtient le titre de duc des Pouilles, réalisant ainsi l'union des états normands fondés par les fils de Tancrède, « de Malte et de la Sicile aux confins d'Ancône » [1], malgré l'opposition du pape Honorius II qui attise la révolte des barons normands et prononce l'excommunication du nouveau comte. À partir de la fin mai 1128, Roger reconquiert les Pouilles, Tarente, Otrante et Brindisi, contraignant le pape à reconnaître à Roger, le 22 août, la possession des Pouilles, pacifiée l'année suivante en matant les velléités indépendantistes des barons apuliens. L'assemblée de Melfi réaffirme le pouvoir de Roger, appuyé l'année suivante par la promotio ad regnum, lui octroyant le titre de Roi de Sicile et de Calabre, du duché de Pouilles et de la principauté de Capoue. Un titre reçu de l'antipape Anaclet II, reconnu par les Normands contre Innocent II, soutenu par les rois du nord de l'Europe et par la rhétorique de Bernard de Clairvaux [1].

Au faste du couronnement royal, le 25 décembre 1130 à Palerme, succède une nouvelle rébellion des barons normands, jaloux de la conservation du droit féodal normand, menés par Serge de Naples, Robert de Capoue et Rainolf d'Alife, beau-frère de Roger mais éternel opposant. Roger II réprime avec férocité la rébellion, après sa défaite humiliante devant Nocera, le 24 juillet 1132 : Venosa, Matera et Montepeloso sont incendiées, Troia, Melfi et Ascoli rasées, les chefs exécutés et emprisonnés, les populations chassées et réduites à l'esclavage [1]. Mais Roger n'en a pas fini avec les conjurés Serge de Naples, Robert de Capoue et Rainolf d'Alife, qui s'allient à la coalition initiée contre lui par Bernard de Clairvaux, autour des rois de France, d'Angleterre, des empereurs germanique et byzantin, et des républiques de Gênes, Pise et Venise. L'hostilité des républiques ne survivent pas à leurs intérêts commerciaux passant par la bienveillance sicilienne et les cités de Campagnie sont regagnées [1].

Elvire meurt le 6 février 1135. Le Roi reste enfermé plusieurs jours dans son palais pour pleurer la mère de ses cinq fils. La rumeur de la mort du roi attise le retour de ses opposants : Bernard de Clairvaux convainc Pise d'apporter assistance à Robert de Capoue, accueilli par Serge de Naples et rejoint par Rainolf et autres dissidents. Roger débarque à Salerne le 5 juin, détruit Aversa et les forteresses de son beau-frère, assiège Naples pendant plus d'un an, défait les Pisans à Amalfi, investit son fils Alphonse prince de Capoue [1].

L'empereur Lothaire III envoie son gendre Henri le Superbe, avec l'aide de Robert de Capoue et Rainolf d'Alife, reprendre Capoue, Benevent, Troia. Lui attaque les Pouilles et prend Bari sans peine. L'empereur refuse de négocier et cherche à conquérir l'ensemble de l'héritage des Hauteville. Mais après la chute de Salerne et l'investissement de Rainolf comme duc de Pouille, Lothaire retire ses troupes permettant à Roger de relancer des attaques sanglantes contre la Campagnie. Apeuré, Serge de Naples implore la clémence du roi qui lui pardonne. Rainolf lui inflige une nouvelle défaite à Foggia le 30 octobre 1137, où meurt le Napolitain. Mais la mort de Rainolf d'Alife à Troina affaiblit les troupes pontificales [1].

Fait prisonnier sur les bords du Garigliano en 1139 [2], Innocent II doit reconnaitre Roger et ses descendants roi de Sicile, duc des Pouilles et prince de Capoue par le traité de Mignano qui marque le retour des villes rebelles sous le giron du roi de Sicile : Naples, puis Troia où il fait exhumer le corps de son beau-frère félon, avant d'autoriser son inhumation à Bénévent [1].

La révolte définitivement matée, il instaure, par les Assises d'Ariano à l'été 1140, une administration provinciale très forte, et unifie son royaume en le divisant en circonscriptions administratives, judiciaires et militaires, dirigées respectivement par les chambriers, justiciers et connétables [4]. Il recherche l'équilibre entre pouvoir royal fort et droits importants des vassaux, en s'inspirant des droits normand, grec et musulman.

Son aura est désormais européenne. Il épouse en 1140 Sibylle de Champagne, fille du duc de Bourgogne[1]. Il propose sa flotte pour la deuxième croisade, ce que Constantinople refuse. Il relance sa conquête de l'Ifriqiyya et de la Libye [2].

Alors que chrétienté et musulmans sont en guerre, Roger a des relations diplomatiques avec les deux rives de la Méditerranée et impose une tolérance religieuse en Sicile vis-à-vis de l'Islam ou du monachisme grec. Asseyant sa richesse et celle de son peuple sur le commerce, il renforce par la maitrise de la Méditerranée, un puissant réseau de ports (Palerme, Naples, Messine, Bari, Amalfi, Brindisi, Syracuse...) où Europe, Orient, Maghreb et Afrique subsaharienne font affaire. Bâtisseur comme ces prédécesseurs italo-normands, il développe l'architecture romane par les influences arabes et orientales. Il fait construire la cathédrale de Cefalù, et lance la construction de la Chapelle palatine à Palerme en 1140. Fresques, mosaïques, boiseries, marbres, sculptures, muqarnas forment une symbiose à la gloire de Dieu et du Roi. Protecteur des arts et des lettres, il s'entoure de brodeuses et de dentelières, de poètes et de musiciens, de géographes et d'ingénieurs, fournissant certaines des plus belles œuvres d'art de son siècle : son manteau de couronnement, l'horloge hydraulique de la chapelle palatine, le planisphère en argent de al-Idrîsi, accompagné du Livre de Roger ou al-Kîtab al-Rudjâri [2]. En 1149, il reçoit Louis VII de France et Aliénor d'Aquitaine, de retour de croisade.

Sibylle meurt en 1151 et Roger fait couronner son fils Guillaume, qui épouse Marguerite de Navarre [1].

Il épouse Béatrice de Rethel, membre d'une puissante famille ardennaise, liée à la couronne de Jérusalem, qui lui donne une fille posthume, Constance, mère de Frédéric II [2]. Roger meurt en 1154 [1]. Son corps est déposé dans la cathédrale de Palerme par son petits-fils Guillaume II, dans une cuve de porphyre dont l’épitaphe dit : "Rogerius in Christo pius, Potens rex et christianorum adjutor" [2].

Descendance

  • Mariage de Roger II et Elvire de Castille, fille du roi Alphonse VI
    • Roger, duc de Pouille.
      x Marié à Elisabeth de Blois, fille du comte Thibaud de Champagne [5], sans postérité.
      x Union non officielle avec Emma de Lecce, fille du comte Achard
      • Guillaume
      • Tancrède, comte de Lecce.
        x Marié à Sibylle d'Acerra
        • Elvire,
          X mariée à Gautier de Brienne, comte de Jaffa
        • Roger,
          X marié à Irène, fille d'Isaac, empereur de Constantinople
        • Guillaume III, roi de Sicile (1194)
        • Sibylle
        • Constance,
          X mariée à Pierre Ziani, doge de Venise
    • Tancrède, duc de Bari
    • Alphonse, prince de Capoue
    • Guillaume Ier, roi de Sicile (1154-1166),
      marié à Marguerite de Navarre, fille du roi Garcia VI
    • Henri
    • 1 fille
  • Mariage de Roger II et Sibylle de Bourgogne, fille du duc Hugues II, resté sans postérité
  • Mariage de Roger II et Béatrice de Rethel
    • Constance (née après la mort de Roger II), mariée à Henri VI, empereur d'Allemagne
      • Frédéric II, roi de Sicile (1198-1250), empereur d'Allemagne (1215-1250), roi de Jérusalem (1225-1244).
        1. X Marié à Constance, fille d'Alphonse d'Aragon.
        2. X Marié à Yolande de Brienne, fille du roi de Jérusalem.
        3. X Liaison clandestine avec Bianca Lancia, fille de Bonifacio Ier d'Agliano
        4. X Marié = Isabelle d'Angleterre, fille de Jean sans Terre
        • (1) Henri VII, roi des Romains.
        • (2) Conrad IV, roi des Romains (1250-1254).
          X Marié à Élisabeth de Bavière
          • Conradin (1252-1268)
        • (3) Manfred, roi de Sicile
          Bétrice de Savoie
          • Constance,
            mariée à Pierre III d'Aragon
            • Maison d'Aragon

Notes et références

  1. 1,00, 1,01, 1,02, 1,03, 1,04, 1,05, 1,06, 1,07, 1,08, 1,09, 1,10, 1,11, 1,12, 1,13 et 1,14 Pierre Aubé, Les Empires normands d'Orient, Tempus Perrin, 2006.
  2. 2,0, 2,1, 2,2, 2,3, 2,4, 2,5, 2,6 et 2,7 Pierre Aubé, « Roger II de Sicile. Un normand en Méditerranée », La pensée de midi, 2002/2 (N° 8), p. 115-119.
  3. Les Normands en Méditerranée, Revue de la Manche, tome 59, juillet-septembre 2017.
  4. 4,0 et 4,1 Catherine Hervé-Commereuc, « La Calabre dans l'État normand d'Italie du Sud (XIe-XIIe siècles) », Annales de Normandie, 45ᵉ année, n°1, 1995. p. 3-25 (lire en ligne).
  5. Petit-fils de Guillaume le Conquérant.

Lien interne