Robert Guiscard

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Robert Guiscard par Merry Joseph Blondel pour le Musée de l'Histoire de France (1843).
Robert Guiscard et Roger le grand comte.

Robert Guiscard, né dans le Cotentin vers 1015Hauteville-la-Guichard ?[1]), mort sur l'île de Céphalonie (aujourd'hui en Grèce) le 17 juillet 1805, est un célèbre aventurier de la Manche.

Il conquiert l'Italie méridionale, à partir de 1057, et la Sicile à partir de 1061.

Il est inhumé à Venosa (Italie).

Le fondateur de la dynastie

Pièce de monnaie à l'effigie de Robert Guiscard.

Aîné de Tancrède de Hauteville et de sa seconde épouse Frésende, Robert rejoint les terres conquis par ses frères aînés [2].

Robert, ayant voyagé comme simple pèlerin, considéré alors comme l'idiot de la famille, est accueilli froidement par son frère, Drogon, qui ne lui apporte ni aide ni conseil [3]. Robert cherche à imiter ses frères, mariés à des princesses de Salerne et Sorrente, en servant en 1047 Pandolf IV de Capoue, qui lui promet la main d'une de ses filles [4]. Son projet d'une alliance d'enracinement au sein des principautés lombardes avorte, poussant Robert à un mariage de conquête, en épousant vers 1049-1050, la tante de Gérard de Buonalbergo, Aubrée, petite-fille de Richard II de Normandie et fille du comte de Bourgogne. Dreux, hostile à cette union qui renforce la force militaire de Robert en lui apportant un allié et 200 chevaliers, accepte sur la pression de ses barons [5].

Robert prend la tête en 1048 d'une bande qui, à partir du château de Scribla puis de son nid d'aigle de San Marco Argentano, pille et ravage la Calabre sur laquelle il développe son emprise, par la force et par la ruse, sans cesser de servir occasionnellement les princes lombards et ses frères. Ainsi, il capture le gouverneur byzantin de Bisignano, duquel il obtient 20 000 onces d'or pour sa liberté, ou feint-il d'être mort pour entrer dans un cercueil au sein d'un monastère dont il s'empare. Renforcé par les deux cents chevaliers apportés en dot par Aubrée en 1050, Robert devient maître de Conversano, Bisignano et Consenza, en 1053, puis Otrante et Galipoli l'année suivante [3].

Nos « brutes magnifiques » n’ont aucune peine à écraser l’armée du pape Léon IX à lors de la bataille de Civitate, le 18 juin 1053 [6]. Robert y joue un rôle important.

En 1057, il est élu par ses pairs pour succéder à son demi-frère Onfroi à la tête du comté d'Apulie, en écartant les fils du défunt [7].

Désormais implanté fortement en Pouille et en Calabre, Guiscard vise la principauté de Salerne, fragilisée depuis la mort de Guaimar IV par les dissensions entre son fils, Gisulf II, tentant l'équilibre entre la famille d'Aversa et les Hauteville, et son frère pronormand Guy de Sorrente, et par les attaques du frère de Guiscard, Guillaume du Principat. Guiscard répudie sa première femme Aubrée, au prétexte de leurs liens de parenté [8], sans que cela ne semble entamer ses bonnes relations avec Gérard de Buonalbergo, et se marie en 1058 à une sœur de Gisulf II, Sichelgaita ou Sykelgaite, tandis que son frère Guillaume du Principat s'unit à une fille de Guy de Sorrente [5]. Cette double union illustre la rivalité entre les deux princes salernitains mais aussi entre deux frères de Hauteville, qui gagnent un droit théoriquement égal sur Salerne. Mais les Hauteville s'entendent en 1078 au détriment des Lombards, en accordant Salerne à Guiscard et les terres du nord à Guillaume [5].

Ces unions princières et le titre de duc de Pouille, de Calabre et de Sicile (restant à conquérir) accordé par le pape Nicolas II le soir du 23 août 1059 en échange de la fidélité de Guiscard, provoquent l'opposition récurrente des barons normands jaloux de leurs indépendances [9]. Dès 1057, il mate la fronde menée par Pierre II de Trani et met fin à l'égalité du partage de Melfi en se faisant reconnaître comme leur seigneur [3].

Partageant la Calabre avec son turbulent et ambitieux frère cadet Roger, qui le seconde dans ses conquêtes depuis son arrivée en Italie vers 1057, Guiscard prend Reggio (1060) après deux vaines tentatives (1057 et 1058), grâce à l'usage pour la première fois d'engins de siège, mais cède aux Byzantins Brindisi, Tarente et Otrante [3]. Roger l'aide à reprendre Troia et Brindisi en 1062 mais réclame son dû à son frère. Robert tente de l'assiéger à Mileto et se fait capturer à Gerace. Réconcilié avec Roger, Robert doit mater en 1064 une fronde normande animée par Abélard, fils d'Onfroi, Geoffroi de Conversano et Robert de Montescaglio, également ses neveux, et alimentée par le parti byzantin [3]. Mais ces barons continuent par la suite à se rebeller (en 1071, 1078 et 1082, lorsqu'il est en Sicile ou en Grèce). Il chasse définitivement les Byzantins de Brindisi et de Bari (après un siège terrestre et maritime qui dure du 5 août 1068 au 16 avril 1071), conquiert avec Roger, la Sicile face aux Sarrasins. À la tête d'une flotte patie d'Otrante, il s'empare de Catane, rejoint son frère devant Troïna, et bloque le port de la capitale, Palerme. Le 7 janvier 1072, il investit la Kalsa tandis que Roger attaque les remparts. Le 10 janvier, les musulmans se rendent le 10 janvier [3]. Le duc conserve aux musulmans leurs droits, leurs biens, leur liberté religieuse et même leur administration. Il s'attribue Palerme, se partage avec Roger Messine et le Val Demone, et laisse le reste de l'île, conquis ou à conquérir, à son frère [3].

Affaibli par les multiples batailles, le duc tombe malade au point que sa femme annonce sa mort au pape Alexandre II et fait reconnaitre son fils, Roger Borsa, comme duc, au détriment de Bohémond, fils de Aubérée. Mais alors que le pape meurt, remplacé par le toscan Hildebrand sous le nom de Grégoire VII, le duc reprend vie. L'hostilité du pape est alimentée par les conquêtes de Robert de Loritello, neveu de Robert Guiscard, dans les Abruzzes, au détriment des propriétés pontificales, et la chute du duché d'Amalfi dans les mains du duc en 1073 [3].

Réconcilié avec Richard d'Aversa, prince de Capoue depuis 1058, face à la menace d'une recnciliation entre l'empereur germanique et Grégoire VIII, Robert étend son pouvoir sur Salerne (1076-1077), Bénévent et Naples (1077) [9]. A la tête de toute l'Italie du sud et d'une grande partie de la Sicile, fort d'une flotte composée d'anciens navires et marins grecs et arabes, Robert et Roger deviennent les égaux en puissance des vieux empires byzantins et germaniques [9]. Le pape Grégoire VII, qui l'a un temps excommunié avant d'officialiser ses possessions en 1080, l'appelle à l'aide pour rétablir son autorité à Rome, ce qu'il fait par le sac de Rome, le 21 mai 1084 [7].

Aspirant étendre ses domaines chez les Grecs [6] avec le soutien de la papauté, et sous le prétexte du renversement de Michel VII dont le fils est promis à l'une des filles du Normand, Olympias ou Hélène[9], Guiscard se lance en 1081, avec son fils Bohémond à la conquête de l'Épire (Durazzo, 1082) et de la Thessalie. Mais il doit rentrer en Italie pour mater une rébellion de ses vassaux attisée par l'empereur byzantin Alexis Comnène, et secourir Grégoire VII, assiégé par l'empereur germanique Henri IV qui souhaite placer sur le fauteuil pontifical l'antipape Clément III. Pour libérer Grégoire VII, les Normands saccagent Rome fin mai 1084 : « Tout ce qui est favorable à l'empereur est détruit. On brûle, pille, viole et tue. Des quartiers entiers sont rasés » [2]. Après plusieurs jours de ravage, Guiscard retirent ses troupes [2] et emmène à Salerne Grégoire VII [7]. Ayant repris sa guerre contre les Byzantins, c’est en Céphalonie que, dans des circonstances assez troubles, Robert trouve la mort [6]. Son corps est ramené à Venosa, auprès de ses frères, avec pour épitaphe : « Ci-gît Guiscard, terreur du monde. Il chassa de Rome celui que le Ligure et l'Allemand avaient pour roi. Ni les phalanges parthes, ni les Arabes, ni les Macédoniens ne sauvèrent Alexis, mais la fuite. Mais ni la fuite ni la mer ne sauvèrent le Vénitien. » [10].

Fondateur en 1059 du duché de Pouille qui couvre toute l'Italie du Sud, y compris le comté de Sicile, à l'exception de Naples et la principauté de Capoue [7], Robert Guiscard installe la dynastie normande qui va régner durant un siècle et demi sur ces territoires [6]. Mais son fils Roger Borsa (ca. 1060-1111), duc de Pouille et de Sicile, né de la Lombarde Sykelgaite, ne conserve sa couronne que grâce à l'aide régulière de son oncle, devenu puissant maître de la Sicile [9]. Son autre fils, Bohémond, né d'Aubrée, tente à plusieurs reprises de renverser son demi-frère dans les Pouilles et s’empare d’Antioche où les Normands restent jusqu’en 1268. Robert a également cinq filles, qu'il a mariées aux maisons de Barcelone, Conversano, Este...

Descendance

De son union avec Aubrée de Buonalbergo, naissent deux enfants [2] :

  • Emma, marié à Eudes le Bon Marquis, mère de Tancrède d'Antioche (~ 1072-1112)
  • Bohémond Ier, prince d'Antioche de 1095 à 1111, marié à Constance de France (1078-1126), qui donne naissance vers 1108 à Bohémond II, prince d'Antioche de 1126 à 1130.

De son union avec Sykelgaite de Salerne, naissent une « dizaine d'enfants » [2] :

  • Roger Borsa, duc de Pouille et de Calabre de 1085 à 1111, époux d'Adèle de Flandres, père de Guillaume, duc de Pouille et de Calabre de 1111 à 1127.
  • Guy
  • Robert
  • Olympias ou Hélène, fiancée à Constantin, fils de l'empereur byzantin Michel VII
  • Mabille, mariée à Guillaume de Grandmesnil
  • Mathilde, mariée à Raimond Bérenger II, comte de Barcelone
  • Sybille
  • Gaitelgrime, mariée à Dreux
  • Cécile
  • Héria, mariée à Hugues d'Este

Bibliographie

  • Marie-Agnès Avenel, « Les “gestas Roberti Guiscardi” de Guillaume de Pouille : études de quelques éléments épiques », Cahiers des Annales de Normandie, n° 35, 2009
  • Huguette Taviani-Carozzi, La Terreur du monde - Robert Guiscard, et la conquête normande en Italie, Fayard, 1997.

Notes et références

  1. Yves Lecouturier, Célèbres de Normandie, Orep, Cully, 2007.
  2. 2,0, 2,1, 2,2, 2,3 et 2,4 Pierre Aubé, Roger II, Tempus Perrin, 2016.
  3. 3,0, 3,1, 3,2, 3,3, 3,4, 3,5, 3,6 et 3,7 Éric Barré, « Les Normands en Méditerranée », Revue de la Manche, tome 59, fascicule 237, Société d'archéologie et d'histoire de la Manche, juillet-septembre 2017.
  4. Jules Gay, L'Italie méridionale et l'empire byzantin depuis l'avènement de Basile Ier jusqu'à la prise de Bari par les Normands (867-1071), A. Fontemoing, Paris, 1904.
  5. 5,0, 5,1 et 5,2 Aurélie Thomas, « La carrière matrimoniale des fils de Tancrède de Hauteville en Italie méridionale: rivalités fraternelles et stratégies concurrentes - Les stratégies matrimoniales (IXe-XIIIe siècle) », 14, BREPOLS, pp.89-99, 2013, Histoires de famille - La parenté au Moyen Âge (lire en ligne).
  6. 6,0, 6,1, 6,2 et 6,3 Jean-François Hamel, sous la direction de René Gautier, Dictionnaire des personnages remarquables de la Manche, tome 1, éd. Eurocibles, Marigny, 2001, ISBN 2914541090.
  7. 7,0, 7,1, 7,2 et 7,3 Jean-Marie Marin, « Robert Guiscard (1015 env.-1085) », Encyclopædia Universalis, (lire en ligne).
  8. Éric Barré lui donne un fils de Drogon comme deuxième époux.
  9. 9,0, 9,1, 9,2, 9,3 et 9,4 Pierre Bouet, « 1000-1100 : la Conquête », Les Normands en Méditerranée aux XIe-XIIe siècles (2e édition), Presses universitaires de Caen, 2017.
  10. Hic terror mundi Guiscardus ; hic expulit urbe, Quem Ligures regem, Roma, Lemannus habent. Parthus, Arabs, Macedumque phalanx non texit Alexin ; At fuga, sed Venetum, nec fuga, nec pelagus..

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