Prosper Payerne

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Prosper Payerne, né à Theys (Isère) le 27 février 1806, mort à Cherbourg le 11 avril 1886, est une personnalité scientifique de la Manche. Acteur important de l'aventure sous-marine, il est considéré par certains comme le père du sous-marin.

Biographie

Un médecin de ville dans le Dauphiné

Antoine, Prosper Payerne est le quatrième enfant, et quatrième fils, de Marie-Anne et François Payerne, ancien aubergiste devenu propriétaire en 1805 de la ferme des Gentons, dit Château Payerne, issus du domaine du seigneur d'Herculais, émigré à la Révolution [1].

D'abord éduqué au sein du giron familial, il suit l'instruction du curé du village après sa première communion pour acquérir les connaissances en latin, sciences naturelles et botanique, musique et chant... Montrant de bonnes capacités, il intègre le lycée de Grenoble où il obtient son baccalauréat en 1822. Il entre ensuite à l'école de médecine et de pharmacie de Lyon puis auprès du professeur Bérard à la faculté de médecine de Montpellier, où il s'intéresse à la chimie. Il est reçu pharmacien en 1830, et docteur, maître en art chirurgical, en 1833 [1].

Il s'installe comme praticien de ville à Grenoble, au 18 rue Très-Cloîtres, mais poursuit ses échanges avec les professeurs montpellierains. Son mariage avec Marie-Louise Magnin est un échec, l'entraînant à abandonner la médecine à Grenoble au profit de la recherche scientifique à Paris [1].

Un scientifique à Paris et Londres

À partir de 1840, il fréquente les milieux scientifiques de la capitale, et rencontre M. de Kergues, qui l'invite en Angleterre pour examiner le prototype de navire submersible conçu par le marquis d'Aubusson. Entre octobre 1841 et mai 1842 [2], Payerne et l'ingénieur et général Paisley mettent au point pour la East & West Indian Compagny un appareil actionné par une manivelle permettant d'absorber le gaz carbonique grâce à de la chaux et de régénérer l'air en oxygène par l'utilisation du superoxyde de potasse ou de manganèse. Les essais réalisés à l'institution polytechnique de Londres concluent à une autonomie de respiration de trois heures, puis de sept heures. Dans la rade de Spithead, ils atteignent la profondeur de 26 mètres sans incident [1].

Refusant les offres britanniques, il revient en France avec son invention qu'il présente à l'amiral Victor Duperré, ministre de la Marine, qui lui promet les moyens financiers nécessaires au perfectionnement de ses expériences. Rencontrant l'hostilité du corps des ingénieurs de Marine, il ne peut cependant pas bénéficier de cet appui de l'État. Seul, il poursuit ses travaux et conçoit une cloche dont il remplit la double paroi d'air comprimé et d'eau, afin de contrer la pression de l'eau lors de la plongée par un jeu de robinet, et d'actionner le ventilateur qui régéne l'air grâce aux procédés chimiques étrainés à Londres.

Ses essais dans la Seine, face au palais d'Orsay, les 20 et 21 avril 1844, au cours desquels il plonge trois heures avec l'ingénieur des Ponts et Chaussées Poirée, délégué par le ministre des Travaux publics, et trente minutes en compagnie des membres de l'Institut Dumas et Reynauld et du capitaine de vaisseau Deloffre, sont suivis avec curiosité par les Parisiens et relayés dans la presse nationale.

Le nouveau ministre de la Marine, le baron de Mackau, souhaite tirer profit de cette invention. En mars 1845, la cloche à plongeurs permet de remonter deux canons en bronze coulés un demi-siècle plus tôt dans le goulet de Brest. Mais une tempête provoque la mort de deux ouvriers.

En juillet 1846 à Paris, il présente son prototype de sous-marin, le Belledonne. Réalisé dans les ateliers Lemaistre-Carré, il a une forme elliptique, mesure 9 mètres de longueur et 3 mètres de hauteur et pèse dix tonnes. La tôle, en fer et fonte, a une épaisseur de 7 millimètres. À l'intérieur, il dispose d'un compartiment à l'avant de 25 m3 servant de réservoir à air comprimé, et d'une chambre de 12 m3. L'accès se fait par une ouverture dans la partie supérieure de la chambre.

Il s'associe à Lamiral, gérant de la Société de navigation sous-marine de Paris, et Auguste Lefébure, directeur, pour exploiter ses brevets et inventions. En septembre 1847, le Belledonne est employé pour élargir le chenal de Brest par l'extraction sous-marine de roches, afin de permettre le lancement du vaisseau à trois ponts le Valmy. Puis, les Ponts et Chaussées l'immerge dans la Seine pour retirer l'ancienne pile du Pont-au-Double à Paris. L'hydrostat est également envoyé à Bordeaux, au Havre et à Fécamp[1]...

Partisan de la Monarchie de Juillet, il assiste à Paris à sa chute, apportant son secours médical comme aide-major de la 3e légion aux nombreux blessés des barricades des portes Saint-Martin et Saint-Denis.

Le bateau sous-marin est présenté à l'exposition industrielle de 1849 à Paris, ville dans laquelle il lutte contre le choléra avec les Sœurs de la Charité.

En 1849, sa première femme meurt à Moulins.

Un ingénieur à Cherbourg

Il séjourne régulièrement à Cherbourg[1] pour le creusement de la passe de l'avant-port de Chantereyne et s'y installe en 1850 [3], au 31 rue des Bastions, alors qu'à partir de mai 1851 le Belledonne est employé à l'approfondissement de l'avant-port. Lors de la visite du président Louis-Napoléon Bonaparte à Cherbourg, en septembre, Payerne reçoit le président de la République qui plonge avec le Belledonne [1].

En août 1852, un nouveau bateau sous-marin, le Pyrhydrostat, est lancé pour la poursuite des travaux de l'avant-port : long de treize mètres, haut de trois mètres, il était en fer et en fonte avec quatre compartiments dont une chambre de travail pour huit à dix passagers. En mars 1856, plus de mille deux cents mètres cubes de roche ont été extraits [1].

En 1852, il imagine un tunnel ferroviaire sous la Manche dans une brochure publiée par Marcel Mouchel sous le titre Perfectionnement des modes de construction des travaux hydrauliques et projet de chemin de fer sous-marin entre Calais et Douvres [1].

Mais Payerne doit faire face aux espionages et aux contrats non honorés. En 1863, il doit renoncer au contrat qui le lie à la direction des travaux maritimes n'ayant en trois ans pu araser que cent mètres cubes de roches sur les six cents qu'il devait araser dans la rade, conduisant l'entreprise en liquidation judiciaire [1].

Ruiné, le médecin envisage de quitter la Normandie mais ses projets ne se concrétisent pas. Durant l'épidémie de choléra qui touche Cherbourg et le Cotentin à partir de novembre 1865, Payerne reprend ses fonctions de médecin pour venir en aide aux habitants [1].

Sa seconde épouse, Reine, meurt à Cherbourg le 5 avril 1868 [1].

Alors que l'empereur est défait à Sedan, le 2 septembre 1870, les Prussiens menacent d'occuper Cherbourg, où sévissent variole et fièvre typhoïde. Payerne, président du Comité d'initiative patriotique et de bienfaisance, et le docteur Ramon sont envoyés au château de Martinvast du baron Arthur de Schickler pour y installer un hôpital d'urgence [1].

Poussé par le directeur du journal La Digue, à la tête d'une liste démocratique, Payerne est candidat aux municipales d'avril 1871, et n'obtient que 1 098 voix [1].

Le 28 juin 1871, il épouse à l'hôtel de ville de Cherbourg, Henriette-Félicité Étasse, de quarante-sept ans sa cadette. Parmi ses témoins, Jacques Jobey, rédacteur en chef du journal La Digue et l'entrepreneur tourlavillais Augustin Demeaux [1].

Un accident de la circulation l'empêche de présenter à l'Exposition universelle de 1878 sa chaudière pyrotechnique[1].

Les demandes de pensions adressés par ses amis et le conseil municipal de Cherbourg pour secourir le scientifique ruiné sont vaines. Le 16 mars 1886, une proposition de loi est discutée pour accorder une pension de 2 080 francs par an. Le même jour, une soirée de gala de la Société philarmonique permet de récolter à Cherbourg 1 850 francs. Mais, blessé au crâne par un accident domestique en janvier 1886, le doteur Payerne meurt le 11 avril. Ses obsèques se déroulent en la basilique de la Trinité, avec un éloge funèbre par M. Hottot, conseiller municipal [1].

Hommages et descendance

Une plaque à sa mémoire a été apposée sur la façade de la maison située au n° 4 bis de la rue de la Bucaille, à Cherbourg, sa dernière demeure. Auparavant, il a logé à son arrivée au 31 rue des Bastions, puis une dizaine d'années au 41 rue de la Duché à partir de 1855, suivi du 10 rue de la Poudrière, du 44 rue de la Paix, où il passe également une décennie et du 46 bis rue du Chantier [1].

Il est le père de Joseph Payerne, directeur du théâtre de Cherbourg [3].

Sa femme, devenue veuve, épouse en secondes noces en 1888 le médecin cherbourgeois Rouffet, et lui donne quatre enfants. Elle meurt en 1935, et est enterrée au cimetière de Cherbourg, aux côtés de son second époux, décédé en 1911.

Bibliographie

Ouvrages
  • Jean-Paul Bonami, Docteur Payerne, pionnier de l'aventure sous-marine, éd. Romillat, 2004.
Articles
  • Albert Micquelot, « Le Dr Payerne, précurseur de la construction du tunnel sous la Manche », Mémoires de la Société nationale académique de Cherbourg, vol. 27, 1969
  • André Picquenot, La Manche libre, 1982
  • André Louis, Le Viquet décembre 1997

Notes et références

  1. 1,00 1,01 1,02 1,03 1,04 1,05 1,06 1,07 1,08 1,09 1,10 1,11 1,12 1,13 1,14 1,15 1,16 et 1,17 Jean-Paul Bonami, Docteur Payerne, pionnier de l'aventure sous-marine, éd. Romillat, 2004.
  2. Jean-Paul Bonami reproduit dans son ouvrage consacré au docteur Payerne, son mémoire sur le « Perfectionnement de la cloche à plongeur », extrait du Mecanic's Magazine du 21 mai 1842.
  3. 3,0 et 3,1 Albert Micquelot, « Le Dr Payerne, précurseur de la construction du tunnel sous la Manche », Mémoires de la Société nationale académique de Cherbourg, vol. 27, 1969.

Lien externe