Politique dans la Manche

De Wikimanche

Territoire à dominante rurale, organisé autour d'une dizaine de petits pôles urbains, le département de la Manche a politiquement une tradition conservatrice, à l'exception de Cherbourg-en-Cotentin, seule agglomération importante du département, plus ouvrière et plus à gauche, mais géographiquement excentrée. Cependant, avec le temps, le département semble de plus en plus voter conformément aux vagues électorales nationales.

Alexis de Tocqueville, tour à tour conseiller général, député, président du conseil général et ministre.

Le profil politique de la Manche sous la IIIe République

Au début de la Troisième république, 19 conseillers généraux en 1870, et 31 maires en 1881, appartiennent à la noblesse, avec un revenu de 10 000 F ou plus pour 25 d'entre eux, et seulement 7 avec un revenu inférieur à 5 000 F. Les nobles ont peu perdu de leur richesse durant le siècle qui suit le Premier Empire, puisque dans le Plain, l'aristocratie détient encore 20,7 % de la surface totale en 1911, contre 23,3 % en 1823[1].

La Manche sous l'occupation allemande

Lors du vote des pleins pouvoirs du parlement au maréchal Pétain, seul le député Joseph Lecacheux s'oppose. Maxime Fauchon, Octave Lucas, Émile Malon, Léon Vaur, Jean Villault-Duchesnois votent pour, tandis que Bernard Quénault de la Groudière s'est embarqué avec le gouvernement sur le Massilia, et que Émile Damecour, Maurice Cabart-Danneville et Gustave Guérin ne prennent pas par au vote.

Selon Michel Boivin, les Manchois, conservateurs mais pas réactionnaires, rejettent dès les premiers jours l'occupation de l'armée allemande et s'écartent rapidement de la « Révolution nationale » vichyste. Pour autant, la résistance organisée ne représente que 1 % de la population au profit d'une résistance civile plus importante. La population profite d'un territoire encore fortement rural pour contenir les privations, et subit peu le marché noir du fait d'une forte cohésion sociale[2].

Lors de la Libération, les habitants se montrent aussitôt favorables à De Gaulle, avant même la fin des combats dans le département, ce qui amène à un retour à la démocratie sans purge.

IVe et Ve Républiques

Après la Seconde Guerre mondiale, les élus indépendants dominent le Conseil général de la Manche, présidé par Henri Cornat et Léon Jozeau-Marigné, qui se tiennent en marge des appareils politiques nationaux, mais le département est fortement gaulliste.

Le département vote à 73,3 % pour de Gaulle (55,20 % au plan national) au second tour de la présidentielle de 1965, à 56,64 % pour Georges Pompidou et 26,25 % pour Alain Poher au premier tour de 1969 (contre 44,47 % et 23,31 % en France), et ses électeurs donnent 65,4 % de leurs voix à Valéry Giscard d'Estaing au second tour de 1974 (50,81% au plan national).

Le département conserve une tradition normande et rurale, celle de confier ses affaires à des notables. Aux descendants d'hobereaux locaux et aux émigrés de retour du XIXe siècle, succèdent les professionnels du droit et de la médecine au XXe siècle. Une fois élu, les carrières des élus durent plusieurs dizaines d'années, et se poursuivent à travers le fils, le gendre ou le neveu. Ainsi, alors que la population bas-normande devient majoritairement urbaine vers 1975, la Manche demeure rurale à 56 %, et entre 1973 et 1986, la Manche conserve ses quatre mêmes députés, dont trois de droite.

Dans les années 1980, la Manche compte 45 cantons ruraux, représentés au conseil général par huit agriculteurs, huit notaires, magistrats ou avoués, sept médecins, deux pharmaciens, sept vétérinaires ou inséminateurs, et cinq retraités. Il s'agit de professions libérales, aisées, respectées, sachant entrer dans l'intime de toute famille mais sachant garder les secrets.

En 1986, les listes de droite totalisent 56 % des voix, auxquelles s'ajoutent les 7,7 % du Front national émergent, alors que la gauche et les écologistes emportent 32,5 % des suffrages, dont 28,3 % pour le Parti socialiste. L'assemblée départementale abrite alors sept conseillers généraux PS, et ce parti ne dirige que cinq petites communes. Granville et Saint-Lô, perdues par la droite en 1977 sont reconquises en 1983.

L'agglomération cherbourgeoise fait figure d'exception, représentée par un député socialiste, quatre conseillers généraux en 1985, et quatre des six communes dirigées par la gauche. Elle semble « tourner le dos à la région », par son électorat composé de marins, d'ouvriers, de fonctionnaires et d'employés.

Le Sud Manche, incluant les pays de Coutances et Saint-Lô, semble alors, à l'exception de Pontorson, fortement ancré à droite. Au nord, la droite locale apparaît moins implantée et plus modérée. La côte accueille une population plus hétérogène de maraîchers, de marins pêcheurs et de retraités, moins attaché à l'influence religieuse. Enfin, les petits villes se tournent davantage vers la gauche que les bocages. Dans les villes en expansion, la gauche grignote peu à peu de l'influence, à l'image de Carentan et de son canton, ainsi que de ceux de Saint-Jean-de-Daye, Saint-Lô, Torigni-sur-Vire. Ainsi, Saint-Lô, qui voit sa population doubler entre la Libération et 1975, vote à 50,5 % pour François Mitterrand en 1981.

Dans ces années, le Parti communiste, historiquement moins fort que dans le reste du pays, s'affaiblit davantage. Favorables à l'implantation de l'industrie nucléaire, et présents dans le milieu culturel, les communistes recueillent environ 10 % des suffrages jusqu'en 1983, où leur poids chute.

Portrait actuel du département

Avec l'élection de Jean-François Le Grand puis la constitution de l'UMP, la plupart des conseillers se présente sans étiquette, souvent des proches du parti majoritaire qui refusent d'être encartés. Aussi, la droite dispose actuellement d'une majorité confortable avec 9 UMP, 1 Nouveau Centre, et 24 divers droite ou sans étiquette. L'opposition est composée de 11 socialistes, dont les conseillers des cantons de la Communauté urbaine de Cherbourg, et de 4 divers gauche. L'assemblée compte également un élu du MoDem, Olivier Beck, et deux non-inscrits.

L'assemblée reste dominée par les hommes âgés. La moyenne d'âge de l'assemblée est en 2008 de 58 ans et demi, contre 54 ans et 4 mois en 1994, et 57 ans et demi en 2001. L'augmentation est parallèle à celle de l'âge des candidats : 55 ans en 2008 contre de 53 ans en 2001. Avec 20 sexagénaires et 25 quinquagénaires, près de 90 % des élus départementaux ont plus de 50 ans. Parmi les maires, la moyenne d'âge est de 58 ans, avec 13 maires sur 601 communes de moins de 35 ans contre 222 de plus de 60 ans. Ce taux de 36,94 % pour les plus de 60 ans, est pourtant plus faible qu'au niveau national, où cette tranche d'âge représente en 2008 39,98 % des premiers magistrats, contre 28,5 % en 2001. L'âge moyen des maires est de 56 ans et 10 mois. Les benjamins, à 30 ans, sont Guillaume Rauline à Villiers-Fossard, et Éric Desmares à Azeville ; le doyen est Bernard Cacquerel, 79 ans, au Mesnil-Rogues.

Conséquence, les retraités représentent plus d'un tiers des conseillers généraux, contre 17,3 % en 1994 et 19,2 % en 2001, et 41% des maires contre 36,3 % en 2001 et 32,33 % au niveau national. Au conseil général, les professions médicales sont également surreprésentées, avec sept vétérinaires, deux médecins et un dentiste, en activité ou à la retraite. Parmi les actifs, on trouve donc en 2008 un quart de professions libérales, dont la part se réduit au profit des cadres (24,2 %), des chefs d'entreprise (18,2 %), des employés (15,2 %), des enseignants (12,1 %) et des agriculteurs (6,1 %), ces derniers qui n'étaient plus présents dans l'assemblée depuis la décennie 1990. À la tête des mairies, à l'inverse, la proportion des agriculteurs diminue, passant en sept ans de 25 % à 17 %, face au 15,61 % au niveau national.

L'assemblée départementale ne compte que quatre femmes, l'obligation de parité se traduisant par la relégation des femmes comme suppléante. La féminisation des édiles n'est pas plus forte parmi les autres élus. Depuis la défaite d'Anne Heinis aux sénatoriales de 2001, les Manchoises sont absentes des bancs parlementaires, et aucune ne dirige une commune de plus de 3 500 habitants, pour lesquelles la loi du 31 janvier 2007 contraint à la stricte alternance hommes-femmes dans la constitution des listes électorales. Elles sont 104 à diriger une mairie, soit avec une proportion de 17,3 %, une progression d'un tiers comparé aux 77 qui occupaient ce poste en 2001, et un doublement par rapport à 1995 (53 élues), un triplement vis à vis de 1989 (34). Un taux pourtant plus élevé qu'en France, passé de 10,9 % en 2001 à 13,9 % en 2008.

Les carrières politiques des élus de la Manche sont plus longues qu'ailleurs en France, par fidélité aux notables. Le cumul des mandats est la règle au niveau départemental : 51,9 % des conseillers généraux sont maires, 11,5 % occupent des postes d'adjoints, 23,1 % sont conseillers municipaux. Trois des huit parlementaires de la Manche ne détiennent que ce mandat. Les législatives de 2007 ont en revanche vu le renouvellement de trois députés sur cinq, faisant passer la moyenne d'âge de 60 à 53 ans et demi. Les municipales de 2008 ont vu le renouvellement de 37 % des maires, contre 41 % en 1995 et 39 % en 2001, alors que la moyenne nationale est de 40,3 %.

Le premier tour de la présidentielle de 2012 confirme la lente progression de la gauche, avec 82 774 voix et 27,04 % des suffrages au socialiste François Hollande, et 28,82 % et 88 234 voix à Nicolas Sarkozy, qui avait en récolté 100 989 en 2007, faisant espérer au Parti socialiste deux députés de gauche lors des législatives[3]

Sources

  • « Manche », Atlas Pol (lire en ligne) ».
  • Michel Boivin, « Les conseils généraux prennent des rides », La Manche Libre, site internet, 2 juin 2008 (lire en ligne).
  • Nadine Boursier et Michel Coupard, « Il a quelle tête le maire de la Manche », Ouest-France, 4 octobre 2008 (lire en ligne).
  • Christian Lerosier, « Les socialistes manchois ne suivent pas le national », Ouest-France, 8 novembre 2008.
  • Xavier Ternisien, « "Monsieur le maire" est désormais un jeune retraité de la fonction publique », Le Monde, 26 novembre 2008.

Élections

Bibliographie

voir l'article détaillé Bibliographie politique de la Manche

Notes et références

  1. Alain Guillemin, « Aristocrates, propriétaires et diplômés [La lutte pour le pouvoir local dans le département de la Manche, 1830-1875] », Actes de la recherche en sciences sociales, vol. 42, avril 1982. (lire en ligne).
  2. Christophe Leconte, « Un département très vite anti-Pétain », Ouest-France, 8 juin 2004.
  3. Christian Lerosier et Christophe Leconte, « Le rosissement de la Manche donne de l'espoir au PS », Ouest-France, 24 avril 2012 [1]

Liens internes