Patrick Modiano et Saint-Lô

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Patrick Modiano, né à Boulogne-Billancourt le 30 juillet 1945, est un écrivain français, lié à la Manche.

Biographie

Soutenu par Raymond Queneau, Patrick Modiano publie son premier roman, La Place de l'Étoile, en 1967 chez Gallimard, maison à laquelle il reste fidèle pour la trentaine d'autres ouvrages qu'il publie ensuite.

Il collabore à quelques journaux et revues (Le Crapouillot, Vogue), collabore à des scénarios de films, dont Lacombe Lucien de Louis Malle, qui fait scandale en 1974, ou Bon dimanche de Jean-Paul Rappeneau. Ses romans sont également adaptés à l'écran par Moshé Mizrahi (Une jeunesse, 1983), Patrice Leconte (Le Parfum d'Yvonne, 1995) et Manuel Poirier (Te Quiero, 2001). Il écrit également des chansons, pour Françoise Hardy et pour Régine. Avec Catherine Deneuve, il signe un essai sur la sœur de celle-ci, François Dorléac.

Primé de multiples fois (le Grand prix du roman de l'Académie française 1972 pour Les Boulevards de ceinture, Prix Goncourt en 1978 pour Rue des Boutiques-Obscures, Grand prix national des lettres 1996 pour l'ensemble de son oeuvre), il est cité à plusieurs reprises pour le prix Nobel de littérature, qui lui est décerné le 9 octobre 2014, pour « l'art de la mémoire avec lequel il a évoqué les destinées humaines les plus insaisissables et dévoilé le monde de l'Occupation ».

Son oeuvre est en effet centré sur Paris sous la Seconde Guerre mondiale, dans une description géographique extrêmement précise.

Ses liens avec Saint-Lô

La jeune femme qui le garde enfant, entre ses 11 et 14 ans, se marie ensuite à un vétérinaire du haras de Saint-Lô. L'écrivain rend visite au couple dans la préfecture manchoise à plusieurs reprises à partir de 1962 [1]. Il dira plus tard à ce propos « J'ai même vécu quelque temps dans un endroit qui doit vous plaire, le haras de Saint-Lô, où je me promenais la nuit au milieu des chevaux. » [2]

Il écrit sur ses séjours à Saint-Lô dans Une jeunesse (Gallimard, 1981) [1] :

« II pleuvait des jours entiers à Saint-Lô, cet automne d'il y a quinze ans, et cela faisait de grandes flaques dans la cour de la caserne. Il avait marché au milieu de l'une d'elles par mégarde et un bracelet glacé lui avait enserré les chevilles. Sa valise de fer-blanc à la main, il salua le planton. Quand il arriva au coin de la rue, il ne put s'empêcher de se retourner sur ce bâtiment brunâtre qui ne jouerait plus aucun rôle dans sa vie. Son costume civil - une flanelle grise - lui coupait les aisselles et le serrait aux cuisses. Il aurait besoin d'un manteau pour l'hiver et surtout de chaussures. Oui, de chaussures avec de grosses semelles de crêpe. Brossier lui avait fixé rendez-vous au Café du Balcon, vers sept heures. Il pensa soudain qu'il le connaissait depuis deux mois et que Brossier lui avait menti en lui disant qu'il n'était que de passage à Saint-Lô. Pourquoi avait-il prolongé son séjour ici, lui que ses « affaires » auraient dû rappeler à Paris ? II avait rencontré Brossier pour la première fois, au Café du Balcon justement, alors qu'il attendait minuit pour rentrer à la caserne. Cet après-midi-là, il s'était promené le long des remparts, puis il avait suivi la route nationale jusqu'aux haras et s'était égaré vers la droite dans une zone de baraquements. De retour en ville, il s'était assis à une table du Café du Balcon, et la glace, près du bar, lui renvoyait son image en uniforme, les cheveux courts et les bras croisés. Brossier, qui lisait un journal à une table voisine, avait posé les yeux sur lui. »
« Quelques centaines de mètres jusqu'au Neuvotel. Ils passeraient devant le cinéma Le Drakkar, au bas de la rue, avant de traverser le pont sur la Vire. Mais cela n'aurait pas gêné Louis de marcher longtemps encore et il éprouvait un certain plaisir à mettre les pieds bien à plat dans toutes les flaques d'eau. »

Dans Un Pedigree (Gallimard, 2005), consacré à sa vie de ses origines à ses 22 ans, il cite le premier voyage [1] :

« Noël 1962. Je ne sais plus s'il y avait vraiment de la neige ce Noël-là. En tout cas, dans mon souvenir, je la vois tomber la nuit, à gros flocons, sur la route et les écuries. J'avais été recueilli au haras de Saint-Lô par Josée et Henri B., Josée, la jeune fille qui veillait sur moi de onze à quatorze ans, en l'absence de ma mère. Henri, son mari, était vétérinaire du Haras. Ils étaient mon seul recours. Les années suivantes, je reviendrai souvent chez eux à Saint-Lô. La ville que l'on nommait la "capitale des ruines" ».

Dans Livret de famille, il évoque plus brièvement l'image de Saint-Lô :

« Un lampadaire, sur le quai, éclairait faiblement la gare, sa façade blanche, son vieil auvent aux dentelles métalliques. Elle aurait pu être, cette gare, à Montargis ou à Saint-Lô si le bleu de son auvent et le blanc de sa façade ne lui avaient pas donné un caractère suspect »

Quelques pages auparavant, le narrateur, à la recherche de l'existence d'un dénommé Harry Dressel, il identifie un labrador « né dans un élevage de Saint-Lô, en 1938 ».

À la bibliothèque municipale de Saint-Lô, il découvre « Mort de la morale bourgeoise » et « Mort de la pensée bourgeoise » d'Henri Franck, poète mort jeune, parmi les premiers auteurs de Gallimard. Il cite l'auteur dans La Place de l'Étoile (1967) [3].

Notes et références

  1. 1,0, 1,1 et 1,2 « Prix Nobel de littérature, Patrick Modiano est passé par Saint-Lô », Ouest-France, 9 octobre 2014 (lire en ligne).
  2. Entretien avec Jérôme Garcin, Le Nouvel observateur, 2 octobre 2003. (lire en ligne).
  3. Philippe Lançon, « Présence d'un mort », Libération, 12 juillet 2007 (lire en ligne).