Odoard Péricard

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Odoard Péricard, né au début des années 1560, probablement à Rouen (Seine-Maritime) et mort à Avranches le 29 mars 1609 [1] , sieur de la Lande, major de Rouen et gouverneur d’Avranches, est une personnalité de la Manche.

C’est le huitième enfant de Jean Péricard, procureur au Parlement de Rouen et d’Anne Martin. L’aîné, Jean, sera secrétaire de la chambre du roi et de Mgr le duc de Guise ; un de ses frères, Guillaume, sera évêque d’Évreux, et deux autres, Georges et François, évêques d'Avranches. Curieusement, certaines sources ignorent le frère aîné, Jean ; quant à Odoard, certains le prénomment… David [2],[3].

Odoard Péricard, alias David, a épousé Anne de Chanteloup. Un de leurs enfants, François, sera évêque d’Évreux comme son oncle Guillaume, et sa fille Michelle, épouse d’Hugues de Laval, sera la mère de François de Laval, le premier évêque de Québec.

Odoard est gouverneur d’Avranches, aux côtés de l’évêque François Péricard, lors du fameux siège que la ville, ligueuse, soutient contre les troupes du duc de Montpensier, lors de l’hiver 1590-1591, et ce dans des conditions très difficiles : froid vif, bombardement incessant sur la vieille ville. Au terme d’une longue résistance, un énorme canon, le Grand Robin, amené sur la butte d’Olbiche, va finalement venir à bout des remparts de la cité, en ouvrant une brèche par laquelle les assiégeants entrent dans la ville et obtiennent la capitulation des ligueurs, le 2 février 1591. Tous les historiens, reprenant la version de l’Italien Enrico Davila [4] ,[5], s’accordent pour dire qu’Odoard, qui commandait alors les assiégés, fut tué sur la brèche au moment de l’assaut final.

Mais il n’en est rien. Lors du dépouillement des registres de la paroisse Notre-Dame-des-Champs à Avranches, un érudit local, André Bardou, a retrouvé l’acte de décès d’Odoard Péricard, à la date du 29 mars 1609, soit dix-huit ans après le siège. Suite à cette découverte, Yves Murie a émis dans la Revue de l'Avranchin [6] l’hypothèse qu’Odoard aurait accepté l’offre de reddition que lui a proposé le duc de Montpensier et, passant outre à l’intransigeance de son frère, hostile à toute idée de capitulation, il serait passé « avec sa femme et enfans, chevaulx, armes et bagage, et tous ses meubles et équipages » du côté de son adversaire du jour. L’annonce de sa mort « sur la brèche » serait alors une fausse nouvelle destinée à cacher aux assiégés sa défection… Secret si bien gardé que même les historiens s’y sont laissés abuser.

À la mort d’Odoard en 1609, l’évêque François Péricard le fait inhumer dans la cathédrale Saint-André à Avranches. Et trente ans plus tard, quand lui-même décède à Condé-sur-Iton (Eure), près d’Évreux, le 25 novembre 1639, on dépose son cœur dans sa cathédrale aux côtés de ses frères, Georges, l’évêque, et Odoard, le gouverneur.

Notes et références

  1. AD50, BMS Avranches (Notre-Dame-des-Champs), An 1599-1612 (5 Mi 1797), page 203/219, acte de décès (lire en ligne).
  2. Henri de Frondeville, Les conseillers du Parlement de Normandie au seizième siècle, recueil généalogique, Rouen, 1960.
  3. Voir aussi les Mémoires de Messire de Castelnau, 1731.
  4. Enrico Davila, Histoire des guerres civiles en France, Amsterdam, 1757. Voir notamment Édouard Le Héricher, Avranchin monumental et historique, Avranches, 1846.
  5. Madeleine Foisil, « Une famille normande au temps de la Ligue : les Péricard », Revue de l’Avranchin, t. 82, fasc. 405, 2005.
  6. Yves Murie, « Énigme autour du siège d’Avranches, la seconde mort d’Odoard Péricard », Revue de l’Avranchin, t. 89, fasc. 431, juin 2012.