Nasseredine Shah à Cherbourg (1873)

De Wikimanche

Nasseredine Shah.

Le shah de Perse à Cherbourg

Nasseredin Shah, aussi Nasser al-Din, roi de Perse, séjourne à Cherbourg les 5 et 6 juillet 1873.

Le shah vient d'Angleterre et entame dans le port normand un voyage officiel en France, qui durera jusqu'au 17 juillet. Il a reculé son arrivée de deux jours [1].

Il a 41 ans. Il règne déjà depuis vingt-cinq ans. Il mourra en 1896, à 64 ans, assassiné par un opposant politique.

Deux jours à Cherbourg

Samedi 5 juillet

L'arrivée du Rapide à Cherbourg.

Nasseredin Shah quitte Portsmouth (Angleterre) le samedi 5 juillet 1873 vers 13 h 30 à bord de la corvette française le Rapide, ancien yacht impérial Aigle [2]. Il y a été accueilli par le capitaine Bénie et le vice-consul de France Vandenberg [2]. Le départ du Rapide, qui a hissé le drapeau persan, est salué par une salve de tous les vaisseaux en rade [2]. Quatre cuirassés britanniques accompagnent le Rapide, escorté de l'Hirondelle qui a la suite du shah à son bord.

« Au milieu de la Manche », une escadre française, sous les ordres du vice-amiral Reynaud, prend la relève des navires britanniques [3]. Le Rapide arrive à Cherbourg à 21 h 10, suivi des cuirassés Océan, Reine Blanche et Thétis [2].

Le canot amiral amène les autorités françaises à bord du Rapide, ainsi que M. Nazar-Agha, ambassadeur de Perse à Paris, arrivé le matin par le train [2]. Il y a là le préfet de la Manche Auguste Vaultier, le préfet maritime, le vice-amiral Penhoat, le maire Alfred Liais... Le shah dit qu'il connaît « l'importance de ce grand port militaire », qu'il avait depuis longtemps le désir de visiter. Il se dit « très heureux« que Cherbourg soit la première étape de son voyage en France. Le général Pajol complimente le shah au nom du président de la République le maréchal Mac Mahon [2].

Un peu plus tard, le vapeur à roues Coligny accoste dans l'arsenal, avec les bagages du shah et de sa suite et ses deux chevaux personnels

La municipalité a fait les choses en grand pour accueillir le roi de Perse. La ville s'illumine, « principalement dans la partie qui fait face à la rade » [3]. En tout, 20 000 feux ont été installés, indépendamment des embrasements, des artifices de fusée et des bombettes qui meublent les intervalles [3]. « Mais une rafale malencontreuse en a soufflé la plus grande partie » [4]. À elle seule, la place Napoléon regroupe une ligne de 15 000 feux, composée d'ifs à 15 m de distance, reliés par une double guirlande « de feux de verre de couleurs avec supports, lustres, ballons et étoiles »[3] . À ses deux extrémités, une pyramide garnie de lanternes vénitiennes [3]. Un feu d'artifice éclate à l'extrémité de la jetée de l'Onglet [3]. À l'extrémité de la jetée ouest est établi un rond-point de jeux de feux de bengale. La tour de la basilique Sainte-Trinité est illuminée également [3]. La brume contrarie le spectacle [5].

La municipalité a prévu un repas de 4 000 F [6]. Le menu du shah se compose de melon, truite et turbot, filet de bœuf, poulet cailles, fruits glacés et dessert varié. La suite a droit à une sole normande, un filet sauté à la provençale, des chevalières de volaille, des fonds d'artichaut au madère, une crème et des desserts variés [6].

Dimanche 6 juillet

La réception dans l'arsenal.

À 6 h, 101 coups de canon sont tirés [7]. Vers 8 h [4], le soleil revenu, l'arrivée du roi est saluée par des salves d'artillerie, avant qu'une musique militaire ne joue l'hymne persan. Attendu par les autorités civiles et militaires françaises, le shah apparaît en grand uniforme, « vêtu d'un pantalon noir, large, à bande d'or, d'une tunique droite serrant la taille et s'évasant à la jupe. La poitrine de ce sévère uniforme est garnie de brandebourgs enrichis de diamants d'émeraudes et de rubis, d'une grosseur exceptionnelle. Le gros diamant qui forme le centre de l'aigrette de sa coiffure, son ceinturon également couvert de pierres précieuses, produisaient sous les effets du soleil un effet éblouissant. » » [5]. Ayant mis le pied à terre, Nasseride Shah est salué par le général Pajol et le préfet maritime, ainsi que par le maire Alfred Liais qui lui dit : « La ville de Cherbourg est très heureuse d'être la première à recevoir Sa Majesté dans ses murs, et elle en conservera, ainsi que des enfants, un heureux souvenir. » [5]. Le souverain entre dans la somptueuse tente dressée spécialement à son intention sur le quai et salue le conseil municipal. Il monte dans le train.

Le convoi est composé de huit voitures. Le shah voyage seul dans un wagon-salon [5], dont l'intérieur est tapissé de satin bleu et rouge [2]. Un autre wagon-salon accueille les cinq princes de sang et le grand vizir Mirza-Hussein-Khan [2] et Malkholm-Khan, ministre des Affaires étrangères. La suite prend place dans « des voitures ordinaires de première classe », cinq au total [2]. Il y a encore un wagon pour les chevaux et les bagages.

Le train arrive à 12 h 40 à Caen, où un déjeuner a été préparé. Il est à Passy à 18 h 11, attendu par le maréchal de Mac Mahon, président de la République [8].

Notes et références

  1. Le Petit Parisien, 5 juillet 1873.
  2. 2,0 2,1 2,2 2,3 2,4 2,5 2,6 2,7 et 2,8 La Presse, juillet 1873.
  3. 3,0 3,1 3,2 3,3 3,4 3,5 et 3,6 Charles d'Arnau, « Le shah à Cherbourg », La Presse, 6 juillet 1873.
  4. 4,0 et 4,1 « De Cherbourg à Paris », Le Gaulois, 8 juillet 1873.
  5. 5,0 5,1 5,2 et 5,3 Charles d'Arnau, « Le shah à Cherbourg », La Presse, 8 juillet 1873.
  6. 6,0 et 6,1 « Le shah de Perse à Cherbourg », Le Gaulois, 7 juillet 1873.
  7. Journal officiel, 8 juillet 1873.
  8. « L'arrivée du shah de Perse », Le Petit Parisien, 8 juillet 1873.

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