Napoléon Ier à Cherbourg (1811)

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Napoléon inspectant l'escadre de Cherbourg en mai 1811, Rougeron et Vignerot.

Napoléon Ier vient à Cherbourg du 26 au 30 mai 1811 pour visiter les travaux en cours du port militaire de Cherbourg.

Origines du voyage

Chronologie

La traversée de la Normandie

L'empereur Napoléon Ier et Marie-Louise quittent Rambouillet le 22 mai à 5 heures du matin[1]. Cinquante voitures attelées, six berlines et trois calèches composent le cortège des princes, ministres, généraux, ingénieurs et des dames de la suite de l'Impératrice, le tout encadré par les chasseurs à cheval[2]. À 7 heures, ils sont accueilli à Groussainville par le préfet de l'Eure. Traversant Dreux, Nonacourt et Verneuil, ils entrent dans l'Orne vers midi, dînent au château de Tubeuf, traversent l'Aigle et Sainte-Gauberge, font une halte au haras du Pin, passent par Argentan, Occaignes, puis Falaise et arrivent à Caen à 11 heures, sans s'arrêter devant la tente où se tiennent les officiels (maire et préfet)[1].

Le 23, l'Empereur assiste à la messe du jeudi de l'Ascension, célébré par l'évêque de Bayeux, et sacrifie aux cérémonies d'apparat. Le 24, après une visite d'Ouistreham et de l'embouchure de l'Orne, il décide le creusement du canal de Caen à la mer, prôné dix ans plus tôt par Joseph Cachin[1].

L'arrivée dans la Manche

Le couple impérial arrive au Vey le 25 mai, vers 10 heures du matin. Sa suite se compose notamment de Ferdinand de Toscane, grand-duc de Würzburg, Eugène de Beauharnais, vice-roi d'Italie, le comte Denis Decrès, ministre de la Marine et des copines, le comte Jean-Pierre de Montalivet, ministre de l'Intérieur, le comte Pierre Daru, ministre secrétaire d'État... Accueilli par le préfet, l'empereur se rend ensuite à Carentan, où il fait exécuter quelques charges et manœuvres par les compagnies du 113e. Il visite la ville et observe depuis les hauteurs, les travaux d'assèchement des marais[1]. Le maire de Carentan, Chanvalon, accueille le couple impérial en sa demeure, l'hôtel de Maillé, dans son grand salon, côté jardin.

Quatre jours à Cherbourg

Gravure de Martinet.

Le cortège impérial entre dans Cherbourg le 26 mai à 15 h. Le corps municipal s'est porté aux limites de la commune, accompagné de la garde d'honneur à cheval et des compagnies d'élite de la garde nationale avec sa musique, ainsi qu'une « foule immense » [3]. Un arc-de-triomphe a été dressé, portant deux inscriptions latines [3]. Le maire Pierre Joseph Delaville, remet à l'Empereur les clés de la ville et l'accueille avec ces mots : « Sire, nous avons l’honneur de présenter à Votre Majesté, les clefs de la Ville de Cherbourg. Nous vous recevons mal, mais nous vous aimons bien et nous venons vous le dire. »[3].

Après la traversée de la ville, entre les troupes rangées en ordre de bataille, jusqu'à la rue des Bastions, où il loge dans l'hôtel du chef maritime, Napoléon arrive à demeure vers 16 h [3]. Il passe en revue les troupes stationnées dans la ville, et fait une tournée d'inspection au fort impérial, au fort de Querqueville et enfin jusqu'à 22 h au port militaire, dont M. de Franqueville, commissaire principal, lui remet les clés[2]. Il revient en ville, qu'il traverse à pied [3]. « Les maisons étaient décorées de guirlandes de fleurs et de feuillages ; des drapeaux tricolores flottaient aux fenêtres ; une illumination générale éclairait toutes les rues » [3].

Le lendemain matin, à partir de 5 h, Napoléon examine à cheval les constructions navales. Il se rend ensuite sur les hauteurs et « y détermine l'emplacement de la plupart des redoutes qui les couronnent aujourd'hui » [3]. Il termine la matinée en inspectant le port de commerce et les jetées [3]. L'après-midi est dédié aux réceptions. Le maire Pierre Joseph Delaville prononce le discours suivant : « Sire, le voyage de Votre majesté à Cherbourg fera époque dans les annales du monde. De cette époque dateront la restauration de notre marine, la prospérité de notre commerce et l'affranchissement des mers : il va combler de joie la France tout entière, aussi bien que la ville de Cherbourg, et donner à penser au cabinet de Londres. Ses vaisseaux qui entendirent naguère nos chants d'allégresse, lorsque la providence nous accorda un héritier au trône, les entendront encore cette fois ; et la lueur des feux innocents destinés à signaler nos transports, va devenir pour eux, lorsqu'ils en connaîtront l'objet, la lueur de l'éclair précurseur de la foudre. » [3].

À 16 h, Napoléon et l'impératrice se rendent en voiture au port militaire, dénommé alors « Port-Napoléon », pout y embarquer sur le Courageux du capitaine de vaisseau Amable Troude, que l'Empereur fait contre-amiral [2]. La pluie les retient un moment à terre. L'Empereur en profite pour examiner les plans des ouvrages dans une tente aménagée sur l'un des musoirs de l'avant-port [2].

Napoléon et Marie Louise assistant au défilé de l'escadre de Cherbourg, en 1811, Crépin

Napoléon passe le 28 mai à étudier avec Joseph Cachin les projets de la Direction des travaux maritimes pour le port et descend au fond du bassin de l'avant-port militaire [2].

La matinée suivante, dès 5 h du matin [3], il inspecte les cales et le chantier, observe l'étendue des travaux depuis les collines[2]. L'après-midi se déroule avec la visite de la caserne de la Marine et le passage en revue du 5e régiment d'infanterie légère rue de la Corderie[2].

Un feu d'artifice est tiré à 21 h et un bal commence aussitôt après sur la place d'Armes, que Napoléon et l'impératrice boudent [3].

Le 30 mai, de nouveau à 5 h du matin, l'Empereur assiste sur la digue à l'essai de deux mortiers et mange la soupe avec les soldats, qui l'ovationnent quand il retourne dans la rade[2].

Le couple repart en fin d'après-midi, vers Saint-Lô, Caen et Alençon[2].

Souvenirs du voyage

L'objectif de l'Empereur est de voir sur place les décisions à prendre pour la bonne réalisation des travaux.

Dès le 19 juillet, il signe un décret qui fait de Cherbourg un chef-lieu d'arrondissement. Asselin devient sous-préfet.

Delaville et le curé de la Trinité sont faits chevaliers de la Légion d'honneur.

Cette visite de Napoléon, et plus largement l'impulsion qu'il met dans les travaux du port, marque les esprits cherbourgeois, au point de vouloir quelques jours avant la chute de l'Empereur, renommer la ville « Napoléonbourg », et de lui dédier une statue face à la rade, quarante ans plus tard.

Embourbé dans ses batailles en Europe de l'Est, Napoléon n'inaugurera pas l'avant-port. Il laissera ce soin à l'impératrice, le 27 août 1813.

Bibliographie

  • P. J. Delaville, « Procès-verbal du séjour de l'Empereur à Cherbourg », Le Moniteur

Notes et références

  1. 1,0 1,1 1,2 et 1,3 « Voyage officiel de Napoléon et de Marie-Louise dans la Manche, 26 mai-31 mai 1811 », Le Didac'doc n° 19, service éducatif des archives départementales de la Manche, mai 2011.
  2. 2,0 2,1 2,2 2,3 2,4 2,5 2,6 2,7 et 2,8 Jean Pivain, « Séjour à Cherbourg du 26 au 30 mai 1811 de leurs majestés l'Empereur Napoléon Ier et l'Impératrice Marie-Louise », Association des amis du Musée national de la Marine, 2011.
  3. 3,00 3,01 3,02 3,03 3,04 3,05 3,06 3,07 3,08 3,09 et 3,10 Voisin La Hougue, Histoire de la ville de Cherbourg continuée de 1728 à 1835 par Vérusmor, Impr. Boulanger, Cherbourg, 1835, p. 288-304.

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