Napoléon III à Cherbourg (1858)

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Napoléon III vient à Cherbourg en août 1858.

L'arrivée du train impérial.

Venu une première fois à Cherbourg en 1850 en tant que président de la République, c’est cette fois en tant qu'empereur, et donc dans un tout autre contexte qu’en août 1858, Napoléon III et l’Impératrice Eugénie entreprennent un voyage officiel en Normandie et en Bretagne.

Il s’agit de saluer la réussite d’une politique de grands travaux parmi lesquels la ligne de chemin de fer Paris-Cherbourg est la plus spectaculaire. Initiée depuis 1842, arrivée à Caen en 1856, elle est exploitée jusqu’à Cherbourg à partir du 17 juillet 1858. On signalera, au passage, que les revendications, trop tardives, de Saint-Lô, n’ont pas permis de donner une cohérence départementale à cette ligne[1].

Chronologie du voyage

Le 4 août 1858,

après s’être arrêté à Évreux, Lisieux, Caen et Bayeux, le train impérial entre dans la Manche en gare de Carentan où il est reçu par le préfet de la Manche, Roland Paulze d’Ivoy et les représentants officiels des communes de la Manche. À Valognes, le train ralentit, mais ne s’arrête pas. Il parvient à Cherbourg à 17 h [2]. L'empereur est accueilli par le maire de Cherbourg, Joseph Ludé, qui lui remet les clés de la ville [2].« Sire, dit le maire, daignez recevoir les clés de la ville, présentées pour la première fois à l'immortel fondateur de votre dynastie. Elles appartiennent à plus d'un titre au digne héritier de la couronne, au glorieux continuateur de son œuvre, au souverain à qui la France doit le rétablissement de l'ordre et de la prospérité au dedans, de sa dignité et de son influence au dehors. Votre Majesté comprend qu'en reliant Cherbourg à Paris, vous voulez à la fois donner un nouvel essor au commerce, vivifier nos contrées fertiles, un moment déshéritées, et rendre à jamais inexpugnable l'un des plus merveilleux remparts du territoire de l'Empire. » [2]. Devant une foule immense, l’évêque de Coutances bénit la nouvelle voie ferrée et deux locomotives récemment mises en service [2].

Napoléon III et l'impératrice Eugénie gagnent l'appartement qui leur a été préparé à la préfecture maritime [2]. Dans le même temps, la reine Victoria d'Angleterre arrive en rade de Cherbourg sur son yacht Victoria and Albert, escortée d'une importante escadre [2]. Après avoir dîné, Napoléon III et sa femme rendent une visite de courtoisie à la reine d'Angleterre et l'invitent à participer aux cérémonies du lendemain [2].

Napoléon III accueille la reine Victoria.
Le 5 août,

Napoléon III et le préfet maritime accueillent au port militaire la reine Victoria et le prince consort Albert, et, ensemble, parcourent la ville en calèche[1]. Un déjeuner, offert par l'Empereur, est servi dans les salons de la préfecture maritime, à l'issue duquel les souverains se rendent au sommet de la Montagne du Roule, se promène sur les hauteurs, admirent le panorama et visitent le fort [2].

Le soir, un banquet est servi à bord du vaisseau-amiral La Bretagne [2]. Napoléon III y déclare : « Je bois à la santé de S.M. la reine de Grande-Bretagne, à celle du Prince qui partage son trône et à la famille royale. Je suis heureux de montrer les sentiments qui nous animent envers eux. J'ai le ferme espoir que, si l'on voulait réveiller les rancunes et les passions d'une autre époque, elles viendraient échouer devant le bon sens public, comme les vagues se brisent devant la digue qui protège en ce moment contre les violences de la mer les escadres des deux empires. » [2].

Le 6 août,

Napoléon III et l'impératrice Eugénie se rendent, le matin, à bord du Victoria and Albert pour une visite d'adieu à la reine d'Angleterre [2]. Ils rejoignent ensuite La Bretagne pour y recevoir les officiers de l'escadre et remettre quelques décorations, avant de visiter chaque vaisseau [2]. L'Empereur se rend ensuite sur la digue [2].

Napoléon III procède à a pose de la première pierre de l'hospice civil sous les acclamations de la foule [2].

Le 7 août,

le couple impérial assiste à une messe célébrée dans la nouvelle église Notre-Dame-du-Vœu [2]. Une nouvelle parade avec l’inauguration l'après-midi du second bassin à flot du port maritime [1].

La mise en eau du bassin Napoléon-III.

L'Empereur scelle au fond du bassin une boite de plomb contenant une plaque de platine et des monnaies d'or, d'argent et de cuivre [2]. La plaque porte la mention suivante : « L'arrière bassin du port militaire de Cherbourg, décrété le 15 avril 1803 par Napoléon Ier, commencé le 28 juin 1836, a été ouvert à la mer le 7 août 1858 en présence de l'Empereur Napoléon III et de l'Impératrice Eugénie. Ce bassin a reçu le nom de Napoléon III. L'amiral Hamelin, ministre de la Défense. » [2]. L'autre face précise : « Ce bassin, creusé dans le roc, a 420 mètres de longueur, 200 mètres de largeur et 16 mètres 40 de profondeur au-dessous des plus hautes marées de l'océan. Il est entouré de sept cales de construction et de sept formes de radoub, pour les plus grands vaisseaux de guerre. » [2]. Une dalle de granit de 2,57 m sur 0,51 m qui recouvre la cavité où a été placée la boite porte à peu près les mêmes indications que la plaque de platine [2].

Une fois cette cérémonie accomplie, le batardeau retenant la mer est brisé et la mer envahit le bassin [2]. Le couple impérial parcourt à pied le port militaire, visitant les salles d'armurerie, ainsi que la parc d'artillerie [2].

Le soir, après avoir dîné à la préfecture maritime, Napoléon III et sa femme reviennent au bassin pour assister au lancement du vaisseau à vapeur Ville de Nantes, fort de 90 canons et de 900 chevaux [2].

Le 8 août,

les souverains assistent le matin à une messe célébrée en la basilique Sainte-Trinité, avant de présider à l'inauguration de la statue de Napoléon Ier, œuvre du Bricquebectais Armand Le Véel [2]. Le maire de Cherbourg déclare : « Sire, Cherbourg est, de toutes les villes de France, celle qui doit le plus à l'Empire. L'histoire de sa rénovation est toute entière écrite dans le décret spécial du 6 juin 1811, dont votre Majesté a daigné autoriser le dépôt dans le piédestal de ce monument. C'est aussi de l'ère impériale que date la vigoureuse impulsion donnée à ces prodigieux travaux... Il appartenait à la ville de Cherbourg, et c'est un honneur que votre Majesté lui a permis de revendiquer, d'élever comme témoignage impérissable de sa gratitude, une statue à la mémoire de son immortel bienfaiteur. » [2].

L’après-midi, au terme de trois jours de liesse et de ferveur populaire, le couple impérial embarque sur « La Bretagne » et vogue vers Brest [1].

La suite de Napoléon III

Napoléon III est notamment accompagné du maréchal-comte Jean-Baptiste Vaillant, ministre de la Guerre, de l'amiral Ferdinand Hamelin, ministre de la Marine, du comte Alexandre Colonna Walewski, ministre des Affaires étrangères, et d'Eugène Rouhier, ministre des Travaux publics.

Bibliographie

  • Fulgence Girard, « Chroniques de la province et de l'étranger », Ch d'Argé, « Cherbourg et ses fêtes » Le Monde illustré n° 70, 14 août 1858, p. 100-110 (lire en ligne).

Notes et références

  1. 1,0, 1,1, 1,2 et 1,3 René Gautier (dir.), Dictionnaire des personnages remarquables de la Manche, tome 4, éditions Eurocibles.
  2. 2,00, 2,01, 2,02, 2,03, 2,04, 2,05, 2,06, 2,07, 2,08, 2,09, 2,10, 2,11, 2,12, 2,13, 2,14, 2,15, 2,16, 2,17, 2,18, 2,19, 2,20, 2,21, 2,22 et 2,23 Jean Le Jeune, Documents historiques sur le vieux Cherbourg et ses environs, éd. La Dépêche, 1981, p. 56-74.

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