Maurice Dumont

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Portrait par Georges Jeanniot (1897).

Maurice Pierre Manuel Marie Dumont, né à Coutances le 30 décembre 1869 [1] et mort à Avranches le 18 juin 1899, est une personnalité artistique de la Manche, peintre et graveur de son état.

Un peintre morbide

Cet artiste a complètement sombré dans l’oubli quand, en 1991, Avranches a l’idée de consacrer, au musée municipal, une exposition dédiée à son œuvre. Dans Les Inconnus célèbres de Normandie, Bernard Gourbin [2] a la bonne idée de rappeler brièvement l’existence de ce peintre mis au ban de la bonne société en raison de son non-conformisme un tantinet morbide et de ses penchants érotiques [3].

Fils de Marie Victoire Louise Marquez [4] et de Pierre François Marie Dumont[5], Maurice Dumont naît à Coutances, au domicile de son grand-père maternel, Manuel Antoine Marquez, pharmacien.

Les voix qui passent (1891).
Brand, lithographie inspirée d'une tragédie d'Ibsen (1895).

Son père devient professeur au collège d'Avranches [6], où la famille s'installe, au 91, rue de la Constitution.

Maurice Dumont publie en 1890 un petit journal satirique illustré dénommé l'Art Libre, constitué d'articles « alertes et vifs, sans pitié pour les idées bourgeoises » [7]. Il y fait paraître des poésies qu'il signe sous le pseudonyme de Jean Stels et des dessins signés de son monogramme MD[6]. Douze numéros paraissent entre le 30 mars et le 8 juin 1890.

Boursier du Conseil général de la Manche, il part étudier la même année la peinture à l’école des Beaux-arts de Paris dans l’atelier de Léon Bonnat et se consacre rapidement à la gravure [8]. La Plume publie deux suites de lithographies symbolistes, La Dame inexorable et Les Voix qui passent [6]. Il illustre plusieurs livres avec Paul Fort [8] et ensemble ils fondent la revue littéraire et artistique L'Épreuve en 1894 qui publie durant un an 134 lithographies originales de 60 artistes symbolistes français, dont Maurice Denis, Paul Gauguin, Bonnard et Édouard Vuillard [9]. Ils éditent également en 1896, Le livre d'Art qui accueille les écrits de plusieurs auteurs « d’avant-garde » tels Huysmans, Mallarmé, Verhaeren, Gide, Elskamp ou Schwob, ainsi que le texte inédit d'Ubu Roi entre avril et juin 1896.

Il réalise des dessins « d'un talent personnel, d'une pensée philosophique et attendrie sur les misères, (qui) évoquent les souffrances des humbles » [7]. « Il exprimait dans son art l’univers qui le persécutait » a écrit Bernard Gourbin qui rappelle que le peintre est aussi éditeur de Rodin, de Mallarmé et de Verlaine [2].

En 1893, il publie à Coutances Les Chimères, un volume en vers « où il se révèle un vrai poète » [7].

Il perd précocement sa femme et sa fille, en 1896 [8].

Il meurt à 29 ans de la tuberculose [9].

Maurice Dumont est l’oncle de l’écrivain Pierre Drieu La Rochelle (1893-1945) [3].

Hommage

À l'été 1991, le musée municipal d'Avranches lui consacre une rétrospective.

Notes et références

  1. AD50, NMD Coutances, 1869 – 1871 (5 Mi 1752), page 44/148 Acte de naissance n° 120 (lire en ligne).
  2. 2,0 et 2,1 Bernard Gourbin, Les Inconnus célèbre des Normandie, éd. Albin Michel, 1995.
  3. 3,0 et 3,1 Dictionnaire des personnages remarquables de la Manche, tome 2, Jean-François Hamel, sous la direction de René Gautier, éd. Eurocibles, Marigny.
  4. morte à Avranches en 1918
  5. mort à Avranches en 1916.
  6. 6,0 6,1 et 6,2 Henri Jouve, Dictionnaire biographique des notabilités de la Manche, 1894.
  7. 7,0 7,1 et 7,2 Alphonse Osmond, En flânant dans les rues d'une petite ville, imp. Oberthur, Rennes, 1948.
  8. 8,0 8,1 et 8,2 « Manuscrits du Mont et dessins Dumont sont au clair de lune », La Manche libre.
  9. 9,0 et 9,1 Notice biographique, cartel de la lithographie Brand, musée des Beaux-Arts de Montréal.

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