Louis XVI à Cherbourg (1786)

De Wikimanche

Louis XVI visitant le port de Cherbourg en 1786.jpg

Louis XVI à Cherbourg (1786)

À l'été 1786, le roi Louis XVI effectue un voyage en Normandie, qui le mène notamment au Havre, à Caen et à Cherbourg, où il vient se rendre compte de l'avancement de la construction du port militaire. C'est son premier voyage en province, et le seul véritable si l'on met de côté son sacre à Reims (Marne) et la fuite à Varennes.

Contexte

Passionné depuis l'enfance par la mer, le Roi est l'initiateur des travaux de la digue de Cherbourg, que Calonne, inspecteur général des finances du Roi, qualifie de splendeur utile. Il s'agit pour le souverain de faire du port normand une base navale militaire pour une revanche contre les Anglais.

En 1776, il charge Suffren de choisir le port le plus adéquat pour son dessein. La commission privilégie alors Cherbourg au détriment d'Ambleteuse et de Boulogne.

Dix ans plus tard, entre les 21 et 29 juin 1786, Louis XVI effectue en Normandie, le seul voyage en province de son règne, pour officialiser les travaux de Cherbourg. La reine, enceinte de son quatrième enfant, ne l'accompagne pas.

Entrée dans la Manche

Le 22 juin, le roi Louis XVI, venant d'Isigny, entre dans la Manche. Faute de pont entre Isigny et Carentan, il passe par Saint-Lô, où il est reçu par le maire François-Bertrand de Bacilly de la Ponterie [1]. Le régiment d'Armagnac lui fait une haie d'honneur qui permet aussi de contenir la foule qui l'acclame [1].

Passant par Pont-Hébert et Saint-Jean-de-Daye, le Roi arrive à Carentan vers 18 h. Il est reçu à la porte Geymare par le gouverneur d'luxais, qui lui remet les clés de la ville, et par le maire Laurens [2].

Le roi reprend la route, passe par Sainte-Mère-Église et arrive à Valognes vers 21 h, où une foule nombreuse l'attend [2].

À Cherbourg

22 juin

Le 22 juin, venant de Caen, et après avoir fait halte à Saint-Lô, Carentan et Valognes, Louis XVI et son cortège emmené par 56 chevaux arrivent à Cherbourg à 22 h 30, dans une ville illuminée. Les édiles de Cherbourg l'accueillent aux portes de la ville. Un arc de triomphe de 38 pieds de hauteur est dressé sur la place du Calvaire. Le Roi parcourt les rues de la ville au milieu d'une haie d'honneur composée de militaires du Régiment de la Reine et des troupes de marine et sous les vivats d'une foule imposante [2]. Il loge dans l'ancienne abbaye du Vœu, résidence du gouverneur de Normandie, le duc d'Harcourt, où il retrouve le marquais de La Fayette et le général Dumouriez [2]. Il se couche vers minuit. Les maréchaux de Ségur et de Castries sont sur place depuis le 19 juin.

23 juin

Départ d'une caisse conique.

Le 23 juin, après une nuit brève, le Roi se lève à 3 h du matin. Il assiste à une messe et gagne ensuite les chantiers navals pour y féliciter ingénieurs et officiers.

Au bassin Chantereyne, le Roi embarque sur un canot conduit par vingt rameurs gantés de blanc et mené par La Bretonnière. Louis XVI n'avait encore jamais vu la mer. Il assiste à l'immersion d'un cône rempli de pierres, le neuvième d'un chapelet de vingt-sept [3] devant constituer la digue du large [2]. Mais l'opération durant plusieurs heures, le Roi a le temps d'aller passer l'escadre en revue, avant de monter sur le Patriote, vaisseau de 74 canons venu de Brest (Finisère), commandé par Albert de Rioms. Félix Vicq d'Azir écrit : « Tout excité de voir la mer pour la première fois, le Roi voulu monter sur un bateau par l’échelle de corde, on le fit même monter sur un cône, avant d’assister à l’immersion d’un autre... ». Et il tacha de goudron son beau costume. Le souverain se rend ensuite un cône immergé en juin 1784 sur lequel a été dressé un chapiteau. De là, Louis XVI peut suivre l'opération tout en se restaurant au milieu de 80 techniciens et invités [2]. L'immersion proprement dite dure 28 minutes, mais l'opération est endeuillée par la mort accidentelle du charpentier Robert Pinabelle [2].

Il visite ensuite le fort de l'île Pelée qu'il baptise Fort-Royal. Il soupe avec les officiers.

24 juin

Le 24 juin, dès 7 h du matin, Louis XVI rend hommage aux corps constitués. Puis il embarque à bord du Patriote et assiste à une revue navale ponctuée par une canonnade qui se termine vers 17 h 30 [2]. Il dîne à bord du Patriote. Au retour, il visite l'anse d'Urville-Hague.

25 juin

Le 25, à 8 h du matin, le Roi part pour visiter l'emplacement du fort de Querqueville et le fort d'Artois. Il déjeune à bord du Patriote. Il demande à ce qu'un navire, destiné à être brûlé pour le spectacle, soit vendu et que la recette soit redistribuée aux nécessiteux. Il visite le chantier des cônes et le fort du Homet, inspecte le pont tournant et se rend au Becquet. Partout, une foule imposante l'acclame aux cris de « Vive le Roi » et auxquelx le souverain répond d'un vibrant « Vive mon peuple » [2]. Il confie : « Je n'ai jamais mieux goûté le bonheur d'être roi que le jour de mon sacre et depuis que je suis à Cherbourg [4] ». Il écrit aussi à la reine : « L'amour de mon peuple a retenti jusqu'au fond de mon cœur : jugez si je ne suis pas le plus heureux roi du monde ».

26 juin

Le 26 juin, Louis XVI quitte Cherbourg à 5 h du matin. Il fait remettre 2 000 livres au curé de la ville pour les pauvres et 8 000 au maire pour l'hôpital [2]. Il déjeune au château de Montmartin-en-Graignes. Il rentre à Versailles par Saint-Lô, puis en longeant la côte normande par Honfleur, Le Havre et Rouen.

Bibliographie

  • Laurent-Pierre Béranger, Voyage du Roi à Cherbourg, Castera, ca 1786
  • Anonyme, Voyage de Louis XVI dans sa province de Normandie, manuscrit, Lacourière libraire-éditeur, Paris, 1824
  • Jeanne-Marie Gaudillot, Le Voyage de Louis XVI en Normandie 21-29 juin 1786, Société nationale académique de Cherbourg, 1967
  • Olivier Jouault, « Voyage du roi Louis XVI à Cherbourg (juin 1786) », Didac'doc, n° 23, février 2013 (lire en ligne)

Notes et références

  1. 1,0 et 1,1 Gabriel Houël, Histoire de la ville de Saint-Lô, Poisson, 1825.
  2. 2,0 2,1 2,2 2,3 2,4 2,5 2,6 2,7 2,8 et 2,9 Olivier Jouault, « Voyage du roi Louis XVI à Cherbourg (juin 1786) », Didac' doc, n° 36, février 2013.
  3. Chaque cône mesure 20 mètres de haut, 50 m de diamètre à sa base et pèse 1 000 tonnes.
  4. Paule et Pierrette Girault de Coursac, Guerre d'Amérique et liberté des mers, éd. F.X. de Guilbert, 1993.

Lien interne