Libération de Gavray (1944)

De Wikimanche

La libération de Gavray a lieu le 30 juillet 1944.

Entre deux bornes : le chemin de la liberté à Gavray

L’armée allemande, depuis l’Opération Cobra, n’est plus fixée sur le terrain. De nombreuses unités se sont faites enfermer dans la poche de Roncey.

Pour celles qui réussissent à couper l’avancée américaine, c’est la fuite vers une autre ligne de front, mais il faut franchir la Sienne. Quelques ponts, malgré les nombreuses attaques, permettent encore le passage de cette force en retrait et parmi eux celui de Gavray. C’est lui qui est l’enjeu de cette bataille.

L’aviation alliée, l’artillerie, vont tenter de le couper. Les habitants, les réfugiés, et les bâtiments vont en souffrir.

L’administration de l’État français fuit devant l’avance des Américains. La préfecture se pose un temps au manoir de la Chapelle à Lengronne et à Saint-André-du-Valjoie : quelques événements vont concerner Gavray.

Les événements de 1944

  • 5 juin (lundi) : impossible de s’endormir par le passage des avions ; réveil en fanfare : quatre bombes tombent au-dessus du lavoir.
  • 6 juin (mardi) : ronronnement infernal des avions et sans arrêt ; des sentinelles allemandes sont à tous les carrefours, ils se font des abris ; le ciel est rouge de fusées ; bombardement de Saint-Lô et de Coutances.
  • 7 juin : le curé fait le vœu d’aller à Pontmain (Mayenne) ; des séminaristes arrivent affolés de Coutances.
  • 8 juin : bombardement sur Cérences.
  • 9 juin : visite de l'abbé Allain à la Sayère.
  • 10 juin (samedi) : 10 h, des bombes tombent sur la route de Villedieu-les-Poêles ; la maison de Mlle Chrétienne est ébranlée ; M. Lechevalier est blessé.
  • 12-16 juin : nombreux mitraillages sur la route de Coutances et de Villedieu ; camion à essence en feu en face de maison de Mme Godefroy ; les maisons de MM. Legros, Lenoir, Taureau sont brûlées.
  • 7 juillet (vendredi) : mort de Mme Vibert, tuée dans la nuit par un mitraillage ; les réfugiés de Saint-Lô et des environs commencent à passer.
  • 8 juillet : mort de Mme Durville.
  • 9 juillet (dimanche) : il pleut à verse ; la DCA installée autour de Gavray tire sur les avions ; appel du curé pour donner des habits aux réfugiés.
  • 10 juillet (lundi) : distribution de vêtements, salle Jeanne d’Arc.
  • 13 juillet : distribution d’habits et de chaussures ; de nombreux SS sont arrivés.
  • 14 juillet : la préfecture s’installe au manoir Saint-André ainsi que le haras de Saint-Lô.
  • 15 juillet : organisation du secours national chez M. Vibert et du service d’entraide.
  • 16 juillet : ronronnement d’avions ; le bourg de Gavray n’est jusque là pas touché.
  • 17 juillet : le canon tonne sans arrêt ; bombardement d’un quart d’heure, vers 4 h, puis d’une demi-heure, puis d’une heure, c’est sur le pont que les avions se déchaînent. Mort de Mme Lebas. Un immense incendie se déclare, il n’y a qu’une ancienne pompe à bras, le tocsin sonne, les hommes sont réquisitionnés ; le feu continue ses ravages. Le pont n’est pas complètement détruit, un gros camion peut y passer. Le bourg est gravement blessé ; embouteillage sur le pont de convois allemands, cette fois-ci c’est l’acharnement. Des tombes tombent à 2 h 30 sur le presbytère, l’Économique, les maisons de MM. Néel, Hédouin, Dorié. Le pont est raté, mais bien abîmé. Les maisons d’alentour sont à terre. Deux Allemands sont tués. Les réfugiés fourmillent sur les routes.
  • 18 juillet : DCA allemande autour de Gavray ; distribution de chaussures et de vêtements ; arrivée de SS.
  • 23 juillet : mitraillage sur la route de Saint-Denis-le-Gast.
  • 24 juillet : enfer au-dessus des têtes, des milliers de forteresses passent. 2 heures du matin : des avions lancent des fusées éclairantes ; bombardement sur la lande ; Mme Zilaire, blessée, mourra le lendemain.
  • 25 juillet : ronronnements d’avions, le bombardement dure trois quarts d’heure. Le carrefour de la route de Saint-Denis-le-Gast est atteint. Le tocsin sonne, il y a le feu chez Lemasson, le tocsin insiste. Mme Pons est blessé sous le porche de la boucherie, route de Saint-Denis. Mort de M. Courtel ; passage de Jacques Doriot.
  • 26 juillet (mercredi) : mort de M. Pons, blessé d’hier ; autour de nous ce n’est que des bombes et du mitraillage ; nuit de tourmente.
  • 27 juillet (jeudi) : réveil brutal à 6 h car les Allemands veulent mettre une auto de radio ;
  • 28 juillet (vendredi) : mitraillage et bombardement de plus belle. Ce ne sont que des foyers d’incendie. Un nombre incalculable de camions de munitions explosent. Dès 6 heures c’est la débandade allemande, ils se sauvent par la route d’Avranches. La pointe avancée américaine est à La Chapelle, le drapeau français flotte sur le manoir de Saint-André à 7 heures du soir. Pierre Baneilles, médecin des équipes nationales, tué à Villebaudon, est inhumé dans le cimetière de Gavray.
  • 29 juillet (samedi) : le mitraillage continue ; dégâts dans le bourg par des obus, à midi ; acharnement sur le pont par des doubles fuselages, des bombes tombent à 100 m dans la rivière ; l’après-midi est affreux ; le pont est complètement démoli, ce n’est plus qu’un immense trou ; les allemands ne peuvent plus passer par la route d’Avranches, ils prennent la route de Ver ; embouteillage au Pont Rouge ; anéantissement de nombreux véhicules ; le pillage continue son travail dans le bourg.
  • 30 juillet (dimanche) : le mouchard plane ; une cinquantaine de camions américains attendent de pouvoir franchir le pont ; le pillage des véhicules allemands est important ; le canon tonne l’après-midi, des obus sifflent, une batterie allemande installée au Mesnil-Amand, tire sur Gavray ; les Américains attaquent le bois, juste en face de nous ; morts de MM. Danin au Bourg-neuf, Poisson et Pierre, Leclerc : à La Parquerie, Lemonnier - Le Dennat, Loisif : aux Bains. Gavray est libéré.
  • 31 juillet (lundi) : la liste mortuaire s’allonge : neuf nouvelles victimes et de nombreux blessés ; visite des premiers Américains à La Sayère ; des postes de DCA sont installés ; vers minuit, le ciel est à nouveau en feu, les Allemands bombardent Gavray ; un hangar, route de Coutances, est en feu ; nombreux dégâts dans le bourg ; construction du pont (Bailey).
  • 5 août (samedi) : une partie de l’armée Leclerc passe à Gavray ; convois interminables de tanks.
  • 10 août (lundi) : un avion allemand tombe en flammes à Ver.
  • 16 août (mardi) : les convois passent sans arrêt et nous abrutissent. De nombreux prisonniers allemands passent.
  • 18 août (vendredi) : nous nous occupons d’une tombe d’un jeune homme tué par la mitraille sur un camion de farine destiné à Gavray.

L’occupation

Les Allemands arrivent le 18 juin 1940. Les Gavrayens s’apprêtent à vivre quatre années d’occupation. Les éléments de troupes allemandes, qui vont séjourner quotidiennement à Gavray, au cours de cette période, s’échelonnent entre 100 et 5 à 600 individus.

Les réquisitions allemandes

Plusieurs dossiers de réquisitions allemandes concernant : Louis Clément (1334) ; Henri Dromer (1335) ; veuve Julia Mesnildrey (1337) et la mairie de Gavray (1336) sont conservés en 43 W.

La Voie de la Liberté

La voie de la liberté commémorant la marche à travers la France de l’armée américaine victorieuse de libératrice, et symboliquement jalonnée de km en km par des bornes nouvelles, œuvres du maître sculpteur Cogné, doivent remplacer les bornes routières actuelles est justement estimée devoir partir de la Manche : le département du débarquement.

Le président du comité national, M. Hocquard, informe que le tracé établi le 19 septembre 1946 fixe une voie symbolique à laquelle il faut se tenir absolument. Des protestations s’élèvent dans la Manche, de nombreuses communes se sentent concernées par le passage de la voie. Le 31 janvier 1947, le préfet de la Manche, Lebas, s’adresse au maire de Villedieu-les-Poêles par ces propos « à l’instar de la voie sacrée créée au lendemain de la guerre 1914-1918, la voie de la liberté n’aura qu’un seul et unique circuit reliant Cherbourg à Bastogne (Belgique). Quelques éclatements historiques, créés, pourront seulement en dehors de la voie officielle qui sera seule jalonnée de bornes commémoratives, rappeler aux touristes et vétérans américains, les points où se déroulèrent des batailles historiques, en dehors du tracé lui-même ».

Des éclatements sont mis au point amenant le commandant de la Vasselais via le préfet à s’exprimer ainsi le 25 avril auprès du maire de La Haye-du-Puits « les éclatements bénéficieront d’une signalisation spéciale et figureront sur le guide officiel de la voie de la liberté ».

Cent soixante-douze bornes jalonnent les routes de la Manche. Le parcours principal est validé par décision du ministre des travaux publics et des transports le 2 avril 1949.

Gavray se situe à 86 km de Sainte-Mère-Église et à 1 077 km de Bastogne. La voie est constituée de quatre tracés :

  1. Sainte-Mère-ÉgliseCherbourg ;
  2. Sainte-Mère-ÉgliseAvranches par Carentan, Saint-Lô ;
  3. Avranches – Metz ;
  4. Metz – Bastogne (Belgique)

Un tracé bis est créé au départ de Saint-LôAvranches, via Coutances, Gavray, Villedieu-les-Poêles. La borne 00 de la Voie de la Liberté est fixée à Sainte-Marie-du-Mont, sur la plage d’Utah Beach. La borne 0 fixée face à la mairie de Sainte-Mère-Église est inaugurée le 16 septembre 1947 et la voie, dans sa totalité, le 18 septembre de la même année, à Fontainebleau.

Voici comment s’exprime le commandant Guy de la Vasselais : « La voie de la liberté est née dans mon cœur dès que, en juin 1944, sur les sites de Normandie, et au cours des combats pour la libération de la France, j’ai vu tomber ces jeunes hommes de la grande République des États-Unis, à plus de six mille kilomètres de leur ciel. J’ai pensé que le courage dépassait en grandeur celui des soldats se battant pour leur propre patrie. L’amour de la liberté était le seul idéal qui dominait leur action. Après avoir tant souffert de l’occupation ennemie, la France se devait d’immortaliser, pour des siècles, sa libération, par un souvenir grandiose. Des monuments, de place en place, n’auraient pas eu le caractère suffisant pour exprimer à nos alliés la reconnaissance de notre pays. La Voie de la liberté, réel chemin de croix, voie sacrée baignée du sang généreux des enfants de la grande république amie, associant dans un même élan grandes villes et petits villages, est l’hommage démocratique de la terre de France à la terre d’Amérique. »

M. Canuet, maire de Gavray, aborde la question de la voie de la liberté dont un éclatement (sic) passe Gavray venant de Coutances et se dirigeant sur La Haye-Pesnel. Il demande au conseil de bien vouloir décider si la commune doit acheter une ou deux bornes du modèle officiel ; bornes qui seraient achetées, transportées et érigées aux frais de la commune. Le conseil après délibéré vote l’achat de deux bornes dont les emplacements seront fixés plus tard. Monsieur le maire ajoute que les frais d’achat, de transport et de pose pourront se monter à la somme de 20 000 francs environ. Le conseil dit que les crédits nécessaires seront inscrits au budget additionnel de 1947.

Le cimetière

La haute croix du cimetière dressée en 1855 conserve les traces des impacts de mitraillage.

Quelques tombeaux sont également marqués par du mitraillage venant de l’est.

Le conseil municipal est informé le 9 avril 1946 de l’autorisation du chef de secteur d’état-civil militaire de Normandie, d’exhumer les reste du soldat allemand inhumé à l’entrée du cimetière communal et de le faire ré-inhumer dans un emplacement du cimetière où se font les inhumations et ainsi débarrasser l’entrée du lieu.

Une concession gratuite de 50 ans est accordée par le conseil municipal de Gavray le 9 février 1950 pour la sépulture d’Henri Savary, décédé victime de guerre, inhumé à Gavray le 9 mars 1949 dans le carré sud-est. Une autre concession de même nature est accordée pour la sépulture de Louis Pastey, décédé victime de guerre, inhumé à Gavray le 13 août 1948 dans le carré sud-est.

Les sépultures des victimes civiles et militaires y sont conservées.

Les sépultures

Les registres de catholicité de la paroisse sont extrêmement importants pour connaître les sépultures qui ont été réalisées en 1944. Voici ce qu’ils révèlent vis-à-vis des quinze personnes victimes à la libération et inhumées dans le cimetière de Gavray.

  • 10 juillet : inhumation de Marguerite Durville, épouse Vibert, tuée le 8 juillet par une balle de mitrailleuse,
  • 19 juillet : inhumation de Mme Vve Lebas, âgée de 56 ans, décédée le 17 juillet, tuée dans le bombardement,
  • 23 juillet : inhumation de Gentil Pons, tué le 21 juillet
  • 28 juillet : inhumation d’Étienne Coutel, âgé de 24 ans, tué en service commandé,
  • 28 juillet : inhumation de Pierre Baneilles, médecin des équipes nationales[1], tué à Villebaudon en service commandé.
Jeudi 27 juillet. Ce matin, j'ai appris avec peine la mort survenue hier à Villebaudon d'un jeune médecin, volontaire des équipes Nationales, Baneilles, tué en service par un éclat de bombe à son poste de secours. Je le connaissais à peine, mais j'ai revu avec émotion, ce jeune cadavre exsangue qui portait au ventre une affreuse blessure. Il est mort au bout de deux heures avec un cran remarquable, gardant jusqu'à la fin son entière connaissance. Nous avons organisé une veillée funèbre, dans une chapelle ardente improvisée dans une grange de la ferme. Baneilles était là, sur un pauvre brancard, voilé, du drapeau tricolore. Auprès de lui était couché, un conducteur de camion mitraillé il y a deux jours à Saultchevreuil sur un camion de sucre, qu'il nous amenait de Paris. Le malheureux avait des trous béants dans la poitrine et la cuisse ouverte.
Vendredi 28 juillet. Nous avons ce matin enterré Baneilles et le conducteur de camion à 10 heures 30. Ils ont été descendus dans une voiture vachère jusqu'à la chapelle du cimetière de Gavray. Nous étions une douzaine à la cérémonie qui a été courte, mais d'une émouvante simplicité. Je suis revenu ensuite à Lengronne. De tous côtés les Allemands descendent vers le sud sous la mitraille américaine.
  • 1er août : inhumation d’Adolphe Loisif, âgé de 52 ans, décédé le 30 juillet,
  • 1er août : inhumation de Marcel Dudouit, âgé de 29 ans, tué le 30 juillet,
  • 1er août : inhumation d’Octave Poisson, âgé de 50 ans, de Saint-Georges-de-Bohon, tué le 30 juillet,
  • 1er août : inhumation de Léon Pierre, âgé de 53 ans, tué le 30 juillet,
  • 1er août : inhumation de Jean-Baptiste Lemonnier, âgé de 69 ans, décédé le 30 juillet,
  • 1er août : inhumation de Marie-Joseph Vve Goron, âgée de 69 ans, décédée le 30 juillet,
  • 1er août : inhumation d’Aimable Leclerc, âgé de 11 ans, de Saint-Martin-d'Aubigny, tué le 30 juillet,
  • 14 août : inhumation de Germaine Danin, âgée de 49 ans, décédée le 30 juillet,
  • 14 août : inhumation d’André Loisif, âgé de 11 ans, décédé le 10 août en la paroisse Sainte Trinité de Cherbourg,
  • 26 octobre : inhumation de Fernande Trouet, épouse de Jean-Marie Hue, âgée de 34 ans, docteur, médecin à Percy, décédée victime de la guerre au début août à la paroisse de Percy.

Le monument aux morts

voir l'article détaillé Monument aux morts de Gavray

Soldats morts pour la France

  • Pierre Henri Paul Belin, né en 1918 au Mesnil-Rogues, mort à l’hôpital mixte d’Albi le 27 avril 1942.
  • Hédouin André-Henri-Louis : il est né le 3 août 1918 à Saint-Denis-le-Gast. Il est le fils d’Emmanuel-Alfred et d’Angèle-Marie Pignet. Il exerce la profession de cultivateur. Il est incorporé au 8e régiment d’infanterie et décède en Allemagne, à Regersburg, le 16 avril 1941. La transcription de l’état-civil fait état d’une mort à Ratisbonne en Allemagne. Il est reconnu « mort pour la France » le 7 janvier 1944 confirmée le 23 septembre 1954.
  • Savary Henri-René-Yves : il est né le 24 février 1924 à Bréhal, fils d’Emmanuel-Auguste Savary et de Germaine Savary. Il est matelot-canonnier sur le croiseur français Georges Leygues, lancé en 1936. Accomplissant son service militaire, il porte le matricule 1706C40. C’est au cours de la refonte importante que subit le navire de mai 1945 à fin janvier 1946 qu’intervient la mort du soldat le 16 juin 1945 à Casablanca (Maroc).

Les victimes civiles

Les habitants de la commune et les réfugiés qui s’y sont arrêtés ont payé un lourd tribut au cours de la libération.

Résultats de l’enquête de 1949

  • Nombre total de victimes civiles : 14
  • Personnes domiciliées dans la commune : 9
  • Personnes de passage ou réfugiées : 4
  • Personnes tuées par les bombardements : 5 (1 le 8 juillet ; 1 le 17 juillet ; 3 le 25 juillet)
  • Nombre de personnes tuées dans les combats de la libération : 8
  • Nombre de personnes tuées pour tout autre motif : 1
  • Combats les plus meurtriers : 6 juin ; 10 juin ; 17 juillet ; 29-31 juillet
  • Maisons dans la commune détruites : 35 %

Les victimes identifiées :

L'église paroissiale

Le 11 juin 1944 « Je n’ai pas besoin de vous dire, mes frères, combien je partage en ce moment toutes vos craintes et vos appréhensions. Je demande à Dieu avec insistance, qu’elles ne deviennent pas de tristes réalités. Les avions avec leurs bombes et leur mitraille ne peuvent rien contre nous si Dieu a décidé d’être avec nous et de nous protéger. Demandons-lui de nous accorder cette protection et méritons là par un regret sincère de nos fautes passées et la promesse non moins sincère d’une vie meilleure. Plusieurs d’entre vous sont venus me suggérer l’idée de faire, au nom de la paroisse, un vœu en l’honneur de Notre Dame de Pontmain. Leur désir a été devancé ; dès mardi matin au cours de la messe que j’ai célébrée à vos intentions, j’ai promis que si la sainte Vierge nous assistait et nous protégeait, nous irions en grand nombre, après la guerre, la remercier en son sanctuaire de Pontmain et que nous élèverions au carrefour d’une de nos routes un calvaire en son honneur. »

Le caporal Michael Caliquiro, West New-York, New-Jersey des États-Unis d’Amérique est photographié le 1er août 1944 agenouillé au pied de l’autel majeur.

Le 6 août 1944 « Le saint sacrement ne résidera dans la chapelle saint Jean que lorsque les portes et les vitraux pourront le mettre à l’abri de toute profanation ». « Plusieurs d’entre vous m’ont exprimé leur étonnement de voir l’église fermée. Je comprends très bien que vous soyez curieux de constater dans quel état la bataille l’a laissée et c’est pourquoi je l’ai ouverte jusqu’à mardi ; mais les troncs ayant été fracturés et les reliques des saints volées, je l’ai barricadée comme j’ai pu afin d’éviter d’autres profanations. Quant aux offices, ils ne peuvent y être célébrés avant qu’une cérémonie de réparation y ait été faite. Il serait d’ailleurs dangereux, étant donné l’état de la voûte, de vous y rassembler. D’ici nouvel ordre, la chapelle saint Jean, bien malade elle aussi, nous servira donc d’église. »

Le curé informe ses paroissiens le 17 septembre 1944 « que par décision de Mgr l’évêque un nouveau curé vous est donné dans la personne de l’abbé Brocart, curé de Saint-Martin-de-Bonfossé ».

Le 10 décembre 1944 : le conseil municipal de Gavray prend connaissance du rapport de l’architecte Cochepain, constatant les dommages causés à l’église. Ce dernier est informé de toutes les dispositions qui ont été prises pour la remise en état de l’édifice. Le maire est invité à faire toute diligence pour la mise en route des travaux de réfection des toitures qui sont le plus urgent.

La réouverture de l’église pour le culte a lieu le 25 mars 1945, jour des Rameaux. Parmi les vitraux contemporains créés par Mauméjean de Paris, posés entre 1950-1951, notons celui de Notre-Dame-de-Pontmain.

Le presbytère

Le presbytère du XIXe siècle

Le conseil municipal de Gavray décide d’approprier l’ancienne mairie en maison presbytérale en 1844. Un devis est dressé le 20 8bre 1844 et l’adjudication des travaux est approuvée le 20 juillet 1845. Une toiture neuve avec charpente ainsi que l’exhaussement « afin de lui donner l’importance qu’un établissement de cette nature doit présenter dans un chef lieu de canton ». Les travaux sont dirigés par P. Surtel architecte de Coutances, et sont suivis par la commission des biens et édifices religieux. Les sieurs Cornu et Requier, entrepreneurs, se chargent des travaux pour un coût total de 9 504,91 francs. Un marché de travaux, en date du 5 avril 1924, est réalisé par Coquil de Gavray.

Ce presbytère est détruit le lundi 17 juillet 1944, vers 2h1/2 et le mobilier de l’abbé Allain est écrasé sous les décombres.

Le curé de Gavray demande aux usagers du chemin du presbytère, le 8 octobre 1944, de s’entendre pour le dégagement du chemin obstrué.

L’abbé Brocard est nommé curé de Gavray en septembre 1944. Il relate son installation sous cette forme : « L’installation d’un nouveau curé est d’ordinaire l’occasion d’une fête paroissiale très solennelle. Celle d’aujourd’hui revêt la plus grande simplicité ; vous en savez les raisons ; et les raisons nous les subissons vous et moi car elles nous sont imposées par les circonstances. Pas de procession du presbytère à l’église, car le presbytère est détruit et l’église inutilisable. »

Le presbytère contemporain

Le conseil municipal approuve le projet de remembrement de l’îlot où se trouvait le presbytère le 19 octobre 1948. Le projet de reconstruction du presbytère est adopté le 13 mai 1950. Un plan de façade est adopté le 16 mai suivant. Il décide de confier à la Coopérative des églises sinistrées la gérance de la reconstitution du presbytère, dans sa réunion de conseil du 25 avril 1951. Un document daté du 31 décembre 1961 fait état de la participation des entreprises suivantes à la reconstruction du presbytère dirigée par André Cochepain, architecte départemental. Elles sont : SCIT Maçonnerie 37 928,87 F, Durel Charpente 25 097,90 F, Frostin Carrelage 6 840,54 F, Marie Couverture 6006,66 F, Canuet Électricité 6 108,74 F, Fouchard Électropompe 3 624,76 F, Grésil Peinture 1 785 F, Rosazza Maçonnerie 1 323,41 F, Fouchard Sanitaire 1 297,33 F.

La chapelle Saint Jean-Baptiste

Le curé consigne le 25 septembre 1944, dans ses annonces ce qui suit « notre pauvre chapelle, sans fenêtres, sans toiture et sans sièges, ne se prête guère à une belle cérémonie. L’installation de monsieur le curé se fera dans la plus grande simplicité : mais elle ne devra pas vous empêcher de lui témoigner toute votre sympathie ».

La mairie

La mairie est gravement endommagée lors des bombardements.

Le pont sur la Sienne

Le pont de Gavray est construit en 1847 et 1848 avec chaux hydraulique de l’Épinay-Tesson (Calvados). La pierre de taille provient des carrières de granit de Saint-Sever et de Coulouvray-Boisbenâtre ; le moellon, des carrières de la forêt et du vieux château de Gavray, tant pour les parements que pour le remplissage des maçonneries.

Les matériaux de l’ancien pont ont été réemployés. Les mœllons de parement sont smillés et retournés d’équerre. Les fondations de la pile sont parementées.

Le pont comprend deux arches en arc de cercle surbaissé de 7 m de portée chacune séparées par une pile en rivière de 1,40 m. Il est détruit, exception faite des culées, fort probablement miné, in extrémis, par l’armée allemande. Un pont Bailey a été établi par l’armée américaine pour le passage de son matériel lourd. Un film américain permet de les voir en train de poser le tablier.

Le pont Bailey fait l’objet de plusieurs visites de contrôle. Les documents, en cours de classement, sont conservés dans le fonds 1487 W de la subdivision DDE de Villedieu.

Le pont Bailey est remplacé par un tablier en béton armé à une seule travée de 15,50 m d’ouverture. L’appel d’offre est remporté par l’entreprise de travaux publics Tixerant-Brisson et Cie établie à Paramé (Ille et Vilaine). Le marché date du 9 septembre 1946. Ce pont a été baptisé « pont de la liberté » depuis le 60e anniversaire de la libération.

La commune et ses habitants sinistrés

La commune de Gavray est déclarée sinistrée le 18 juillet 1945 et son plan d’aménagement confié à l’architecte Alcher. Les dommages de guerre concernent 700 habitants sinistrés dont 52 immeubles totalement détruits.

Nombreux dossiers d’immeubles privés : 188 W

Les édifices publics touchés

  • École des filles – école des garçons – chapelle Saint-Jean – mairie – justice de paix – gendarmerie – éclairage public – église : dossiers en 173 W 22.
  • Salle des fêtes – halles – perception – poste – distribution de l’électricité – lavoirs : dossiers en 173 W 23.

La reconstruction

Un plan d’aménagement et de reconstruction est adopté par le conseil municipal de Gavray. M. Hardouin, huissier à Gavray, en est le commissaire enquêteur.

Une association syndicale pour la reconstruction est créée à Gavray pour la période 1948-1953.

Des dossiers concernant les bâtiments publics : école des filles, école des garçons, chapelle saint jean, mairie, justice de paix, gendarmerie, éclairage public, église, salle des fêtes, halles, perception, poste, distribution électrique, lavoirs, sont conservés en 173 W 22 et 23.

Un premier état des sinistres subis par les bâtiments communaux sont évalués le 22 août 1947, d’après les devis de l’architecte Cochepain :

Devis des dégats aux bâtiments communaux
Dénomination Première estimation Évaluation révisée
Église 2 491 398 907 398
Mairie 211 200 145 179
École de garçons 35 000 21 957
École de filles 138 400 132 042
Poste 226 719 190 172
Perception 157 365 132 539
Salle des fêtes 76 106 74 684

La Presse cherbourgeoise du 31 juillet 1944 annonçant la libération de Gavray, conservée aux Archives départementales de la Manche.

Sources

  • Nombreuses références aux Archives départementales de la Manche, indiquées dans les notes.
  • Quelques documents aux archives diocésaines à Coutances ou en dépôt àSaint-Lô.
  • Les registres de catholicité au presbytère de Gavray
  • Les dossiers personnels de Mlle Lecardinal et de Mme Clément.
  • Auteur : Jacky Brionne - Association de sauvegarde et de valorisation du patrimoine en val de Sienne.

Crédit photo (à venir)

  • Soldat américain en prière, le 1er janvier 1944, sur le marchepied de l’autel : 13 Fi 882 aux Archives départementales de la Manche.
  • Carte postale de l’ancien presbytère : collection de J.-C. Bisson.
  • Autres clichés : Jacky Brionne

Édition augmentée en juillet 2010

Notes et références

  1. Les équipes nationales sont un mouvement de jeunes constitué sous le régime de Vichy, en 1942. Une branche de cette structure viendra en aide aux victimes de la guerre. Ce fut le cas de ce jeune médecin.