Lettre de monsieur le maire de Barfleur à monsieur le sous-préfet de Valognes (1836)

De Wikimanche

Victor Hugo, lors de sa visite à Barfleur le 4 juillet 1836, insiste pour passer la nuit en mer. Un esclandre a lieu sur les quais de Barfleur. Après vérification des passeports, le maire Pierre Salley interdit cette sortie en mer au clair de lune. Victor Hugo s'en plaint au sous-préfet de Valognes Louis Clamorgan.

En fait de lettre d'excuse, le maire envoie cet écrit au sous-préfet :

« Quand il arriva, le fameux auteur Romantique était accompagné d'un jeune homme à la barbe rousse, avec un bonnet phrygien, sans cravate, sans veste et sa chemise déboutonnée [1]. Il y avait aussi une femme habillée si pauvrement, si grotesquement que les femmes de Barfleur l'ont prise pour un homme déguisé [2].
Je suis allé voir moi-même ce qui se passait, vers 9 heures du soir. Comme j'approchais du port, un groupe important s'était assemblé et je fus surpris et estomaqué d'entendre M. Hugo parler aux pécheurs, leur disant des choses comme “Dans 12 heures, vous serez virés. Vous n'êtes pas de vrais Français. Quant à votre maire, si on avait des maires comme çà à Paris, on s'en débarrasserait en vitesse, il va être la ruine de votre village.”
“Voilà monsieur le maire”, lui dit quelqu'un. Il vint vers moi sans changer le ton de sa voix ou ses manières. Je lui ai rappelé que nous étions en public. Il ne me fit pas attention, et pendant tout le temps qu'il nous prit pour revenir à son auberge, il ne me parla que des vingt journaux qui allaient raconter l'acte arbitraire et despotique du maire de Barfleur.
Vous dites que ce fût un incident fâcheux. Il allait célébrer Barfleur et encourager les touristes à favoriser notre mer aux lacs suisses. Je connais les lacs suisses bien mieux que M. Hugo, et je ne suis pas si stupide pour penser qu'il va persuader les voyageurs Romantiques de faire volte-face et de venir admirer les îles St-Marcouf et manger des huitres à St-Vaast et du homard à Barfleur ! »

Notes et références

  1. Il s'agit peut être du peintre Célestin Nanteuil (1813-1873), compagnon de voyage.
  2. Il pourrait s'agir de Juliette Drouet (1806-1883), maîtresse de Victor Hugo, qui l'accompagne dans son voyage.