Juliette Defrance

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Juliette Defrance, pour l'état-civil Jeanne, Xavière, Suzanne Munsch, née à Équeurdreville le 9 mai 1915, morte à Cherbourg le 27 mars 1997, est une résistante de la Manche, homologuée RIF (Résistance intérieure française) au grade de caporal.

Elle est issue d'une famille alsacienne qui avait choisi la France, donc l'exil, lors de l'annexion de l'Alsace par l'Allemagne en 1871. Elle n'a jamais vu son père, Jules Munsch, « tué à l'ennemi », en 1915. Elle épouse André Defrance à Équeurdreville le 31 mars 1934.

Juliette Defrance, née Munsch (1915-1997)

Biographie

Juliette Defrance entre dans la lutte contre l’occupant dès juillet 1940, en participant au regroupement de patriotes parmi les membres des comités antifascistes d’avant la guerre[1]et du Parti communiste illégal, dirigé localement par Henri Corbin. Elle organise des réunions clandestines à son domicile, diffuse des écrits patriotiques.

Pour tirer les tracts, Juliette Defrance récupère un duplicateur à la gare de Cherbourg, l’amène à Équeurdreville, fixé sur le porte-bagages de sa bicyclette. L'appareil est d'abord dissimulé par Auguste Livory dans un jardin, puis confié à Pierre Vastel (dit « Paul »), qui a une cachette sûre pour le matériel : un caveau du cimetière. Le jeune frère de Juliette, Pierre (fils) Rouxel, étudiant, distribue des tracts jusqu’en janvier 1941, où il est arrêté par la police française avec deux ou trois autres camarades[1] : six mois de centrale à Caen, puis à Falaise. Juliette, en contact avec le partisan caennais Roger Bastion, vient l’attendre à sa sortie de prison car les nazis aussi sont là, postés à l’arrêt du bus, avertis par les autorités de Vichy d’une libération de « politiques » ; ils sont venus les rafler pour les emmener dans un camp. Juliette devance les Allemands et s’enfuit avec son frère, grâce aux vélos qu’elle et ses amis ont amenés.

Elle convoie en outre des écrits antinazis, destinés aux soldats allemands, rédigés dans leur langue par deux réfugiés politiques allemands. Ces réfugiés, qui avaient fui le régime hitlérien, sont hébergés à Équeurdreville, par Marie et Pierre Rouxel et par Marie Lesage. De tels écrits seront imprimés, en d’autres circonstances, en d’autres lieux en liaison avec les exilés allemands engagés dans les FTP et diffusés par les soldaten komitees clandestins de la Wehrmacht (archives d'André et de Juliette Defrance).

Elle adhère au Front national de lutte pour l'indépendance de la France dès la création de ce mouvement en mai 1941, fait passer les mots d’ordre, assure des liaisons entre les différents comités et les responsables départementaux et nationaux, héberge et nourrit les combattants clandestins, fait la « navette » pour prévenir les partisans quand leur « planque » est tombée.

Lors de l’été 1941, Juliette doit quitter son domicile d’Équeurdreville et se réfugier au moulin de Gonneville[2], près de Bricquebec, où elle poursuit ses activités patriotiques.

Juliette Defrance-Munsch. Photo anthropométrique prise en janvier 1942 au camp de Châteaubriant.
Juliette Defrance et Yvette Sémard au camp de Mérignac. Nov. 1943.

Le 30 octobre 1941, son domicile provisoire ayant été « donné », des policiers français envoyés par le préfet de la Manche Gaston Mumber[3], aux ordres de la Gestapo, viennent l'arrêter. Ils l'embarquent dans une voiture avec son fils âgé de 5 ans et demi. Elle va faire trois ans dans les camps d'internement de Vichy, via la prison de Cherbourg. Elle est d’abord internée à Châteaubriant[2] (Loire-Atlantique), où elles sont cinquante femmes par baraque, puis à Aincourt[3] (Seine, aujourd'hui Val-d'Oise), en transit avec des juifs et quelques femmes d’une prison parisienne, à Gaillon (Eure), où des gendarmes et des femmes très durs les gardent, et enfin à Monts-La Lande[4], près de Tours (Indre-et-Loire), où Juliette Defrance et ses camarades sont si mal nourries qu’elles manifestent. Elle est transférée avec vingt-quatre autres « fortes têtes » [5] au camp de représailles de Mérignac (Gironde), d’où partent des convois pour les camps d’Allemagne. Libérée par un groupe de FFI le 22 août 1944, elle apporte alors son concours aux FTP-MOI[6], à Bordeaux.

De retour à Équeurdreville, Juliette Defrance devient adjointe au maire lors des élections municipales de 1945, elle est ainsi parmi les premières femmes en France à accéder à cette fonction. Ce n'est qu'en juin de cette même année qu'elle retrouve enfin son mari, rescapé des camps de concentration. Elle exerce son métier d'institutrice jusqu'à sa retraite en 1974.

Hommages

Bustes de Juliette et d'André Defrance à Équeurdreville-Hainneville, par Xavier Gonzalès.

En 2009, la municipalité d'Équeurdreville-Hainneville donne les noms d'André et de Juliette Defrance à une allée proche de l'Agora. En 2011, deux sculptures à leur effigie, œuvre de l'artiste Xavier Gonzales, y sont inaugurées.

Distinctions

  • Croix du Combattant Volontaire de la Résistance
  • Médaille de l'Emprisonnement pour faits de Résistance
  • Médaille de la Reconnaissance Républicaine des Mérites Civiques et Militaires

Sources

  • Archives personnelles de Juliette Defrance
  • Ministère des ACVG : dossier de Juliette Defrance, internée-résistante

Bibliographie

  • Yvette Sémard, En souvenir de l'avenir, Éditions l'Arbre Verdoyant, Montreuil-sous-Bois, 1991
  • Antoine Porcu, Héroïques, Femmes en Résistance, Geai bleu éditions, 2006
  • Collège Paul-Verlaine d'Évrecy, Résistance au féminin, éditions Les Cahiers du Temps, Cabourg, 2008

Notes et références

  1. Comme le comité antifasciste Amsterdam-Pleyel, animé par Marie et Pierre Rouxel, mère et beau-père de Juliette, instituteurs à Équeurdreville
  2. Le moulin de Gonneville, sur la Scye, est une ancienne dépendance du manoir de Gonneville. Les familles de résistants Defrance et Siouville, recherchées par la police française et la Gestapo, contraintes de quitter leurs domiciles d’Équeurdreville et de Cherbourg, s’y réfugient à partir de mai 1941, après s’être accordées avec les propriétaires (M. et Mme Leparquois, agriculteurs). Dans une situation très précaire, vivant sous la menace permanente de l’arrestation, disposant de peu de moyens-juste une machine à écrire-, André Defrance et ses proches, n’en poursuivent pas moins leurs activités patriotiques et effectuent parallèlement de menus travaux pour subvenir à leurs besoins. En ce lieu, des partisans de passage sont hébergés et se réunissent en vue d’implanter et de coordonner leur mouvement de Résistance Front national qui commence à s’étendre dans dans le département, malgré la répression terrible… Le 27 octobre 1941, suite à la dénonciation commise par un misérable habitant Équeurdreville, une soixantaine d’Allemands venus en cars de Cherbourg, armés de fusils et de mitrailleuses viennent pour arrêter André Defrance, Pierre Rouxel et tous les illégaux qu’ils croient trouver là. Lucien Siouville est le seul homme présent ce jour. Ils l’emmènent (il mourra à Auschwitz) et laissent à leurs supplétifs de la police française la tâche d’arrêter Juliette Defrance et Renée Siouville; ils viendront en voiture les embarquer, avec leurs jeunes enfants, deux jours plus tard. Juliette Defrance, entre temps, trouve le moyen de prévenir son mari André Defrance et les illégaux qui viennent de Coutances par le train et qui doivent se rendre à son domicile (Roger Bastion dit « Louis », Alfred Bizet dit « Albert » ). À la gare, elle ne les approche pas, ne leur parle pas, elle se tient juste sur le quai et porte un corsage de la couleur convenue, cette fois c’est le noir : ils n’iront pas au rendez-vous du moulin de Gonneville.
  3. Dans une lettre, datée du 22 décembre 1941, à l’ambassadeur de France à Paris (territoire occupé), ce préfet du Gouvernement de Vichy va au rapport : «[…] j’ai l’honneur de vous faire savoir que Mme DEFRANCE, née MUNSCH, a été internée au camp de Châteaubriant, par arrêté préfectoral en date du 4 novembre. […] Cette décision a été prise à la demande des Autorités allemandes, mais je n’ai pas cru devoir intervenir en faveur de Mme DEFRANCE, dont j’avais précisément demandé l’éloignement (sic) à M. le Ministre, Secrétaire d’Etat à l’Intérieur. ».

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