Jean Hamon

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Portrait de Jean Hamon, par Etienne-Jehandier Desrochers.

Jean Hamon, né à Cherbourg le 2 janvier 1618, mort à Paris le 22 février 1687, est un médecin de la Manche.

Janséniste, il exerce à Port-Royal des Champs, où il a Racine pour élève. Il a écrit de nombreux livres médicaux et religieux.

Biographie

Plaque commémorative à la Maison des solitaires de Port-Royal.

Né dans la paroisse Sainte-Trinité de Cherbourg, Jean Hamon est le fils de maître René Hamon, sieur des Fontaines, avocat et bourgeois de la ville [1]. Il a une sœur, Jeanne, et plusieurs frères.

Il est envoyé très jeune au collège de Valognes [2]. Il poursuit ses études au collège d'Harcourt, où il s'attache à deux cotentinois, le proviseur Pierre Padet et le professeur de philosophie Jacques du Chevreuil [1]. Entré à l'université de Paris, il devient précepteur du petit-fils d'Achille de Harlay. Reçu docteur en médecine à la faculté de médecine le 10 décembre 1646, suivant ainsi son oncle, Pierre Hommest, étudiant à la faculté de médecine entre 1625 et 1631. Il commence à exercer dans la paroisse Saint-Merri et acquiert par son habilité ainsi que son éloquence, une grande réputation.

Ainsi, il est chargé du discours de réception des nouveaux licenciés de la Faculté de médecine de Paris en 1644 et de prononcer l'oraison funèbre de M. Amelot, Premier président de la Chambre des enquêtes en 1646, l'année même où il soutient une thèse sur Y-a-t-il quelques difformités sans maladie ? et La modération est-elle un moyen de se bien porter ? Il présidera par la suite des jurys de thèses en 1659, 1660, 1661, 1685 et 1687 [3].

Il fréquente les jansénistes Antoine Singlin et Antoine Arnauld. En 1650, âgé de 33 ans, il refuse les largesses que lui propose la famille de Harlay, vend tous ses biens et se retire chez les solitaires de Port-Royal-des-Champs. Il y fait office de jardinier puis de secrétaire d'Arnauld, avant de succéder comme médecin de l'abbaye à Victor Pallu, qui avait été condisciple de son oncle à la faculté de médecine [1]. Il donne des cours aux Petites écoles et soigne les pauvres de la région qu'il visite « monté sur un âne et un livre à la main » [4]. « C'était un mystique au cœur tendre et à l'imagination fleurie », affirme Jules Lemaître (1853-1914) [4].

Il adopte une vie humble, sans ménagement, « à ne manger que du pain de son et ne boire que de l'eau » [5], à jeuner régulièrement comme signe de pénitence. « Ce qui le distingue des autres grands savants solitaires de Port-Royal, c'est son humilité profonde, son attirance irrésistible vers la pauvreté et la solitude, son horreur de la polémique, son refus même d'écrire et publier. Tolérant, il participe peu aux controverses qui ébranlent l'abbaye face aux autorités religieuses » [3]. En 1664, alors que la plupart des solitaires doivent quitter Port-Royal, lui est autorisé à rester, et y exerce jusqu'en 1669, devenant « le véritable directeur spirituel de Port-Royal » [2]. Pour communiquer avec les religieuses de l'abbaye et contrer la censure qui entoure ce sanctuaire du jansénisme, il prend le pseudonyme de Jean Le Normand.

Il écrit plusieurs beaux ouvrages de réflexion. Boileau écrit sur lui :

Tout brillant de savoir, d'esprit et d'éloquence
Il courut au désert chercher l'obscurité
Aux pauvres consacra son bien et sa science
Et trente ans dans le jeûne et dans l'austérité
Fit son unique volupté
Des travaux de la pénitence

Il a Racine pour élève, et devient même son seul professeur à partir de mars 1656 quand les autres professeurs sont dispersés, et jusqu'au départ de l'illustre élève en octobre 1658 [4]. Dans son testament, en 1698, Racine émet le vœu suivant : « Je désire qu'après ma mort, mon corps soit porté à Port-Royal-des-Champs, et qu'il soit inhumé dans le cimetière au pied de la fosse de M. Hamon. Je supplie humblement la Mère Abbesse et les religieuses de vouloir bien m'accorder cet honneur, quoique je m'en reconnaisse très indigne, et par les scandales de ma vie passée, et par le peu d'usage que j'ai fait de l'excellente éducation que j'ai reçue autrefois dans cette maison, et des grands exemples de piété et de pénitence que j'y ai vus et dont je n'ai été qu'un stérile admirateur » [3]. Quand Port-Royal est rasé à la demande de Louis XIV en 1711, les cendres du dramaturge sont transférées par sa famille tandis que les restes d'Hamon sont jetés avec les autres corps dans la fosse commune du cimetière Saint-Lambert.

Sainte-Beuve (1804-1869) dit de lui : « Il avait le don de la spiritualité morale, le sens des emblèmes, et il marchait dans le monde comme dans une forêt enchantée, où chaque objet qu'on rencontre en recèle un autre plus vrai et cache une merveille [4]. Dans son roman Volupté, revenant sur les raisons qui l'ont poussé à écrire Port-Royal, il précise : Après mon désappointement dernier dans les guides turbulents de ma vie extérieure, j'étais le plus avide encore de me créer des maîtres invisibles, inconnus, absents ou morts, humbles eux-mêmes et presque oubliés, des initiateurs sans bruit à la piété et des intercesseurs ; je me sentais leur disciple soumis, et je les écoutais en pensée avec délices. Ainsi je fis alors pour Monsieur Hamon. Selon le biographe de Sainte-Beuve, Maxime Leroy, Hamon est le personnage que l'on sent répondre le mieux, discrètement, à l'état d'âme de Sainte-Beuve, à sa psychologie ennemie du tapage. Autour de ce saint personnage, Sainte-Beuve voit tout Port-Royal ; Sainte-Beuve a étudié Port-Royal derrière lui, près de lui. Il consacre ainsi à l’œuvre du solitaire tout le livre V de Port-Royal [3].

Sources

Œuvres

  • Apologia Patris Cellotii (1648)
  • Écrit touchant l'excommunication, composé par M. Hamon, vers l'année 1665, à l'occasion des troubles excités dans l'Eglise, par rapport au Formulaire, 1665
  • Traités de piété, (2 vol, 1675)
  • Traitez de morale de S. Augustin pour tous les états qui composent le corps de l'Église, (traduits du latin, 1680)
  • Aegrae animae et dolorem suum lenire conantis pia in psalmum centesimum decimum octavum soliloquia (Amsterdam, 1684 ; traduit en français par Fontaine en 1685 et Goujet en 1732)
  • Sur la morale et les devoirs des pasteurs (2 vol, 1689)
  • Pratique de la prière continuelle ou Sentiments d'un âme vivement touchée de Dieu (1702)
  • Explication du Cantique de Cantiques (4 vol, 1708)
  • Instruction pour les religieuses de Port-Royal (2 vol, 1727-30)
  • Les Gémissements d'un cœur chrétien, exprimés dans les paroles du psaume CXVIII (1731)
  • Recueil de lettres (2 volumes, 1734)
  • De la solitude (1734)
  • Explication de l'oraison dominicale (1738)
  • L'Horloge de la passion, qui servoit de sujet de méditation aux Religieuses de Port-Royal pendant l'adoration du très-saint-Sacrement avec des oraisons tirées de M. Hamon, 1739
  • Entretiens d'une âme avec Dieu... Avignon : aux dépens de la Société, 1740
  • Abrégé de la vie de la révérende mère Marie-Angelique Arnauld, abbesse & réformatrice de Port-Royal, dans Entretiens ou conferences de la révérende mère Marie-Angélique Arnauld, abbesse & réformatrice de Port-Royal, 1757

Il a traduit du latin Le Bonheur conjugal de saint Augustin, a rédigé la plupart des épitaphes latines du Nécrologe de Port-Royal, a écrit plusieurs ouvrages médicaux non imprimés, dont Dictionarium Medicum graeco-latinum et Medicinae principia.

Hommages

En 1924, la Société nationale académique de Cherbourg, considérant que la rue Hamon va disparaitre du fait de la construction d'une usine d'incinération des ordures ménagères, émet le vœu que le souvenir de ce Cherbourgeois illustre, Solitaire de la célèbre abbaye de Port-Royal, médecin renommé et homme de bien soit maintenu dans notre cité. Elle propose, en conséquence que la rue de la Bucaille, dans la partie allant de la rue de Tocqueville vers Équeurdreville, porte désormais le nom de Jean Hamon [3].

La rue disparut bel et bien, sans que le nom d'Hamon soit redonné à une autre voie.

Bibliographie

  • Dr E. Le Clerc, « Un médecin mystique : Jean Hamon  », Notices, mémoires et documents publiés par la Société d'agriculture, d'archéologie et d'histoire naturelle du département de la Manche, imprimerie Jacqueline, Saint-Lô, 1920, p.17-44 (lire en ligne)
  • Monsieur Hamon, médecin, écrivain et solitaire : 1618-1687, Société des amis de Port-Royal, Paris, 1988 - ISSN 0529-4975
  • Jean Le Pichon, « À propos de Jean Hamon, Cherbourgeois, “Solitaire” de Port-Royal” », Mémoires de la Société nationale académique de Cherbourg, vol. 31, 1995
  • Jean Lesaulnier, « Un Cherbourgeois à Port-Royal : le médecin Jean Hamon », Revue du département de la Manche, n° 179, 2003

Notes et références

  1. 1,0, 1,1 et 1,2 Jean Lesaulnier, « Les Jeunes années de Jean Le Normand », Monsieur Hamon, médecin, écrivain et solitaire : 1618-1687. Paris : Société des amis de Port-Royal, 1988.
  2. 2,0 et 2,1 Louis Charles Dezobry et Théodore Bachelet, Dictionnaire général de biographie et d'histoire. Paris, Ferdinand Tandou et Cie, 1863.
  3. 3,0, 3,1, 3,2, 3,3 et 3,4 Jean Le Pichon, « À propos de Jean Hamon, Cherbourgeois, “Solitaire” de Port-Royal” » Mémoires de la Société nationale académique de Cherbourg, vol. 31, 1995.
  4. 4,0, 4,1, 4,2 et 4,3 Jules Lemaître, « L'enfance de Jean Racine à Port-Royal », Les Annales, n° 1375, 31 octobre 1909.
  5. d'après l'épitaphe en avant-propos de son Traité sur la piété. Amsterdam, Nicolas Potgieter, 1727.

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