Eugène d'Auray de Saint-Pois

De Wikimanche

Anne Beuves Eugène d'Auray de Saint-Pois, né à Saint-James le 3 mai 1832, mort à Paris (16e arrondissement) le 28 mars 1899, est une personnalité de la Manche.

Biographie

Famille

Fils du marquis Raymond d'Auray de Saint-Pois et de Marie Renée Mathilde de Carbonnel de Canisy, fille de François de Carbonnel de Canisy, il est élevé dans la pensée monarchique et la foi catholique. Ainsi, le quotidien catholiqueL'Univers relaye une nécrologie élogieuse de sa mère[1] :

« La marquise d'Auray de Saint-Pois, née Carbonnel de Canisy, est morte au château de Saint-Pois, le 18 mai, à soixante-quatorze ans. Sa haute piété, son ardent amour pour la royauté furent les traits distinctifs de cette noble femme, qui passa sa vie en faisant le bien, et qui ne laisse autour d'elle que des regrets. Toutes les grandes traditions lui étaient chères ; aussi ressentait-elle amèrement les souffrances de la patrie et ses abaissements. Dans ses prières, elle ne cessait de demander à Dieu de voir sur le trône Monsieur le comte de Chambord, qu'elle se rappelait avoir salué enfant au palais des Tuileries, vers l'année 1828. La Franco sauvée, la marquise d'Auray fût morte avec joie. Elle n'a pas eu ce bonheur : mais elle a légué ses sentiments, sa foi, son patriotisme à deux fils, dont nous honorons le caractère, et qui, à l'exemple de leur mère, seront les fidèles tenants de l'autel et du trône. »

Il épouse en 1856 Anne Catherine Françoise Scheppers (1836-1909). Ils ont pour enfants Beuve François Georges (1857-22 juillet 1876), Gaston Marie Joseph, né le 25 juin 1861, capitaine de cavalerie, et Anne Marie Thérèse, née le 18 octobre 1865, mariée le 30 décembre 1893 à Marie Hippolyte Poincon de La Blanchardière (1867-1915), conseiller général des Côtes-du-Nord. Comte, il reçoit le titre de marquis à la mort de son père, en 1867[2].

Carrière

Secrétaire général de la préfecture de Seine-et-Marne en décembre 1856, il est nommé sous-préfet de Châtillon-sur-Seine (Côte-d'Or) le 1er mai 1860, puis de Senlis (Oise) le 26 avril 1865, et de Compiègne (Oise) le 24 janvier 1872. Il est nommé préfet de la Meuse le 26 mai 1873, puis des Deux-Sèvres le 10 avril 1875. Il est destitué le 13 avril 1876[2], dans une large vague de remplacement du personnel de l'administration départementale après la victoire des républicains aux élections législatives[3]. Il se plaint deux semaines plus tard de cette révocation par une lettre au ministre, publiée par les journaux de droite. Le journal républicain Le XIXe siècle ironise sur celle-ci[4] :

« M. le marquis d'Auray de Saint-Pois administrait le département des Deux Sèvres. Il était de ceux qui ont donné dans l'ordre moral avec le plus de fougue. Par le décret du 13 avril, il est révoqué. Pensez-vous qu'il s'y attendît ? Point. La chose eût semblé sans doute à tout autre assez naturelle. Le marquis d'Auray de Saint-Pois en est suffoqué. Premier mouvement : les bras lui en tombent ; second mouvement : il entre dans une fureur bleue. Il lui a fallu quinze grands jours, sinon pour se remettre, au moins « pour prendre le temps de la réflexion ». Du 13 au 28 avril, il s'est recueilli, et le résultat de ce recueillement est une lettre au ministre, que les journaux de la réaction nous donnent à lire.
« Mais de quoi se plaint-il ? De ce qu'on a « brisé sa carrière » et celle de deux sous-préfets de son département, révoqués comme lui, et pour lesquels il prend fait et cause. « Qu'avaient donc pu faire ces fonctionnaires ? » demande-t-il. Mais ce qui est plaisant, c'est que lui-même, aussitôt, fournit la réponse:
« « D'abord, ils n'étaient pas de vos amis ; ils étaient même antipathiques à beaucoup de gens que vous connaissez, qui se flattent d'être de vos familiers ; ensuite, sans souci du lendemain et du pouvoir qu'il devait créer, ils avaient loyalement fait nommer les candidats hautement préférés par le gouvernement du maréchal de Mac-Mahon ; il était même arrivé que le grand nombre de ces candidats avait été élu soit au Sénat, soit à la Chambre, malgré vos efforts personnels et l'activité du comité que vous présidiez. Voilà bien le crime commun, si je ne me trompe. »
Eh mais ! c'est plaisir d'entendre les explications de M. le marquis d'Auray. Ses deux acolytes et lui ont loyalement fait nommer les candidats préférés par le gouvernement du maréchal (qui était alors le gouvernement de M. Buffet), et ils s'y sont même pris si loyalement que les élections de Bressuire et de Melle figurent au nombre des quinze que la Chambre a invalidées. Comment donc s'étonneraient-ils d'être destitués par un ministère qui n'est précisément arrivé aux affaires que pour rompre avec la politique de M. Buffet ? S'ils ont lutté pour le succès de la coalition bonapartiste et cléricale sans souci du lendemain, de quoi se plaignent-ils ? Prétendaient-ils rester debout, après que, par le verdict du pays, la coalition bonapartiste et cléricale était écrasée ?
Ce sont, en vérité, d'étranges fonctionnaires qui écrivent au ministre de l'intérieur : Nous n'étions pas de vos amis, et qui s'indignent de n'être pas maintenus par lui dans leur poste ! Et s'ils y étaient restés, comment s'y seraient-ils conduits ? Comme autrefois apparemment, en adversaires de la constitution, de la République, et de tout le parti constitutionnel et républicain. Car M. d'Auray de Saint-Pois ne s'en cache point, il a combattu, il combattra toujours ces institutions abhorrées. La lettre finit par une menace. « Après une expérience, s'écrie-t-il, plus complète et plus décisive du régime que vous supposez établi et durable, les révoqués auront leur tour ! »
Les révoqués auront leur tour ! C'est une imprécation d'un joli style, et qui nous en promet de belles pour le jour où le pronostic se réaliserait. Quant à ce superbe mépris du régime que nous supposons établi et durable, on ne se lasse point de l'admirer. Seulement on ne peut s'empêcher de se demander : Quel homme est-ce que ce marquis d'Auray, qui se met si fort en colère pour ne point demeurer préfet du gouvernement dont il parle ainsi? Ne vient-il point à la pensée bien des réflexions quand on songe que, si le ministère n'eût « brisé la carrière » de M. d'Auray, M. d'Auray eût été trop content de continuer de servir la France à sa façon, et qu'il n'eût rien écrit ? Et ce n'est pas tout : parmi cinquante autres préfets de l'ordre moral à qui M. Ricard a témoigné tant d'indulgence, combien de marquis de Saint-Pois se trouve-t-il peut-être qui se taisent, mais qui auraient fait éclater, en même occurrence, les mêmes sentiments ? Délicate matière ! Malheureusement, il n'est pas aisé de l'approfondir. »

Le marquis finit sa carrière administrative comme préfet de Haute-Vienne, entre le 19 mai et le 6 août 1877[2].

Membre actif du parti royaliste, il est ensuite, plusieurs années durant, secrétaire général des droites à la Chambre des députés[2].

Distinctions

Il est fait chevalier de la Légion d'honneur le 14 août 1867[5].

Voir aussi

Notes et références

  1. L'Univers, 24 mai 1880.
  2. 2,0, 2,1, 2,2 et 2,3 René Bargeton, Dictionnaire biographique des préfets (septembre 1870-mai 1982), Archives nationales, 1994.
  3. Le Temps, 15 avril 1876.
  4. Le XIXe siècle, 2 mai 1876.
  5. Dossier de la Légion d'honneur LH/76/78, Base Léonore.