Escalleclif

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Escalleclif est un ancien toponyme de la Manche, nom alternatif de Doville du 12e au 15e siècle.

Toponymie

En effet, le site de Doville possède la particularité, comme quelques autres lieux de la Manche, d'avoir été connu au Moyen Âge sous deux appellations alternatives et concurrentes : Doville, étudié à la page correspondante, et Escalleclif, commenté ci-dessous.

Attestations anciennes

  • Sanctus Martinus de Escalleclif 12e s. [1].
  • Sanctus Martinus Callis Clivi 12e s. [1].
  • Escauleclive 1190 [2].
  • Escaulleclif 1213 [2].
  • Sanctus Martinus de Escalleclif 1213/1220 [2].
  • Escaulleclive 1227 [2].
  • Escaulequin 1499 [2].

Étymologie

Il s'agit d'un toponyme d'origine scandinave formé sur l'appellatif klif « hauteur, escarpement, falaise » [3], attesté dans plusieurs autres noms de lieux normands  : cf. par exemple Mesnil-Verclives dans l'Eure, qui en représente peut-être une variante anglo-scandinave. En tant que premier élément, on pense le retrouver dans les noms de Clébec (Calvados), Cléville (Manche, Calvados, Seine-Maritime) et Clairefougère (Orne; Clivefeugeriam 1133).

Selon François de Beaurepaire, le premier élément d’Escalleclif serait l'anthroponyme scandinave masculin Skalli, d'où le sens global de « mont de Skalli » [2]. De fait, il semble que l'on retrouve ce nom sur le territoire de la commune contiguë, Saint-Nicolas-de-Pierrepont, où s'élève le manoir d'Écolleville (Escauleville 15e s.) [2]. Ce dernier toponyme est apparemment formé de Skalli + -ville (élément issu du gallo-roman VILLA « domaine rural »), soit « le domaine de Skalli » [4].

On aurait donc ici affaire à une configuration déjà évoquée dans l'analyse du nom de La Chaise-Baudouin, désignant le manoir seigneurial de Baudouin de Meulles dont le nom figure dans les anciennes appellations de deux paroisses voisines : la Trinité du Bois Baudouin, actuellement La Trinité, et Saint Nicolas du Boys Baudouin, aujourd'hui Saint-Nicolas-des-Bois. On notera aussi dans l'Orne Maison-Maugis, contigu à Boissy-Maugis, ou encore Échauménil « le manoir de Scalco » contigu à Échauffour « le hêtre de Scalco ». Dans tous les cas, il s'agit de l'évocation d'un manoir ou d'une résidence seigneuriale, contiguë à un domaine non bâti.

Le nom de personne scandinave Skalli est attesté en tant que sobriquet en ancien danois (Scalli), en tant que nom individuel et sobriquet en anciens suédois et norois de l'Ouest (Skalli). On le relève également dans les inscriptions runiques sous la forme ᛇᚲᚫᛚᛁ (skali) [5]. Il représente le réemploi de l'ancien scandinave skalli « tête chauve », littéralement « crâne rasé » (du radical germanique °skal- « coquille, coque, enveloppe » < indo-européen °(s)kel- « couper »).

Le nom d’Escalleclif ou « mont de Skalli » a vraisemblablement désigné la hauteur aujourd'hui appelée le Mont de Doville, qui culmine à 129 mètres à la limite de Doville et de Saint-Nicolas-de-Pierrepont. Cette hauteur est d'ailleurs nommée au Moyen Âge Monte Escauleclive 1190, le Mont d'Escaulequin 1499 [2]. Elle fait pendant au mont d'Étenclin, couvert par le bois d'Étenclin, et situé à Varenguebec, près de la limite communale. On le trouve attesté sous la forme Mont Estenclif en 1262 [2]. Ce toponyme est visiblement formé avec le même élément klif précédé de l'ancien scandinave steinn « pierre » (voire l'ancien anglais stān + clif), soit « le mont pierreux » [6].

Écolleville, Escalleclif et Étanclin sur la carte d'État-Major (1835/1845).

Notes et références

  1. 1,0 et 1,1 Léopold Delisle, « Dictionnaire géographique », 1859, recommandations pour l’élaboration des futurs dictionnaires topographiques reproduites dans Xavier Charmes, Le comité des travaux historiques et scientifiques (histoire et documents), Imprimerie nationale, Paris, 1886, p. 487.
  2. 2,0, 2,1, 2,2, 2,3, 2,4, 2,5, 2,6, 2,7 et 2,8 François de Beaurepaire, Les noms de communes et anciennes paroisses de la Manche, Picard, Paris, 1986, p. 111-112.
  3. L'ancien scandinave klif « hauteur, escarpement, falaise » est issu du germanique commun °klibam (cf. ancien anglais clif, anglais moderne cliff), d’origine inconnue.
  4. Il semble cependant qu'il ne faille pas exclure pour ce premier élément la possibilité d'y voir l'ancien scandinave skali « habitation temporaire », voire l'ancien anglais scale, de même sens (et donc une formation anglo-scandinave en scale + clif). Cet élément est à l'origine, en Seine-Maritime, des noms d'Écalles (Scalis fin 12e s.; aujourd'hui Estouteville-Écalles), Écalles-Alix (Escales fin 12e s., Esqualles Aelicie 1281) et Écalles-sur-Villers (Escalis 12e s.; aujourd'hui Villers-Écalles). Dans cette hypothèse, on aurait affaire à une « hauteur de la cabane ».
  5. Lena Peterson, Nordiskt runnamnslexikon, Språk- och folkminnes-institutet, état du 30 septembre 2005, s.v. Skalli.
  6. On retrouve l'élément scandinave steinn (ou son équivalent anglo-saxon) dans le nom d'Esteinvei (1320), ancien lieu-dit de Fresville, « le gué de pierre », ainsi que dans ceux d'Étaimpuis « le puits de pierre » et d'Étainhus « la maison de pierre » en Seine-Maritime.