Cache

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Cache (fr. rég. et dial.), chasse (fr. rég.), n. f., chemin.

Plus particulièrement, ces mots désignent aujourd'hui un petit chemin rural ou chemin de desserte, le plus souvent encaissé et bordé de haies ou d’arbres.

Répartition géographique

Le mot chasse et sa forme dialectale normano-picarde cache sont particuliers à la Normandie. Au sens évoqué plus haut, ils sont presque exclusivement employés aujourd’hui dans la Manche (surtout la moitié nord) et le Calvados (Bessin), mais les attestations anciennes montrent que cet usage s’étendait autrefois à la Seine-Maritime.

Attestations écrites

Dans la littérature dialectale

  • CACHE : 1446 Michel le Peley, en amende, pour ung fossey non curé, par ou l'e[aue] de la cache Haubert se doibt espurer, «… par où l'eau du chemin Haubert doit s'écouler » [1]. — 1552 Sur le soyer, je fys assembler par monceaulx du bourbier qui estoyt à la cache Lambert entre les Longs Champs et le Bisson Drouet par Hamel, Jehan Groult et Moysson, « vers le soir, je fis mettre en tas la boue qui se trouvait à … » [2]. — 1928 Ch'est coume cha que no-z-apprînt û biâu sèi que la cache qui prend au Pont-Diguet et s'en va tumbo̩ su la route de Saint-Pierre était goub’linâ !, « c'est ainsi que nous apprîmes un beau soir que le chemin qui part du Pont-Diguet pour rejoindre la route de Saint-Pierre était fréquentée par les goubelins ! » [3]. — 1933 I m'ennyait, parol’ d’houneu ! / Pûs qu’ dans nous cach’ de Barflieu, / L'dinmanche’ quand no s’proumène, « il m'ennuyait, parole d'honneur, plus que dans nos petits chemins de Barfleur, le dimanche, quand on se promène » [4]. — 1980 J' ramountiouns en couoraunt pa la cach’ dé l'Encllos [5], « nous remontions en courant par le chemin de l'Enclos » [6].
  • CHASSE : 1549 […] je vendy l'escorche des chesnes qui sont tant en la haye de la vigne Liot, Basse Vente, la Bergerye, le clos au Couvert, qui sont par devers la chasse Lambert […] [7]. — 1553 Je rencontré au boult de hault de la chasse Freret, Michelet, Cauchon et ses filz, Gilles Auvré et sa femme, qui revenoyent de la feyre, « … qui revenaient de la foire » [8].

Dans les glossaires et dictionnaires

Attestations orales

Transcriptions : alphabet Rousselot-Gilliéron.

Attestations toponymiques et odonymiques

Il est souvent difficile de distinguer les deux, le nom d'une chasse pouvant facilement passer aux terres voisines et devenir ainsi un lieu-dit. Sauf exception, nous ne tenterons pas ci-dessous de faire la différences entre toponymes et odonymes.

Formes simples

  • Appellatif seul :
  • Avec une indication topographique :
  • Intersections de chasses :
  • Diminutifs :

Formes déterminées

  • Avec un adjectif :
  • Avec un substantif :
  • Évoquant une personne :
  • Évoquant un animal :
  • La Chasse aux Loups, chemin à Carteret, aujourd'hui Barneville-Carteret. — Chasse aux Loups 2008 [28].
  • La Chasse à Loup, chemin à Saint-Joseph. — Chasse à Loup 1993 [25].
  • La Chasse à Loups, chemin à Sortosville. — Chasse à Loups 2007 [23].
  • La Chasse aux Loups / rue de la Chasse aux Loups, chemin, rue et lycée à Tourlaville et La Glacerie. — La Chasse aux Loups; Chasse à Loups; rue de la Chasse aux Loups 1993 [25], rue de la Chasse aux Loups 2008 [28].
  • Évoquant un végétal :
  • La Chasse à Genêts, chemin à Helleville. — Chasse à Genêts 2007 [23]. — Ce nom appartient peut-être à la catégorie suivante, avec le sens de « chemin par lequel on va récolter les genêts ». Il relie le carrefour de la Friquetterie au bourg de Helleville.
  • La Chasse à Genêts, chemin à Hémevez. — Chasse à Genêts 2007 [23]. — Même remarque.
  • Évoquant un usage :
  • Avec un toponyme ou microtoponyme :
  • Avec un hagionyme :
  • Avec un anthroponyme :

Étymologie

On ne trouve pas ce mot dans les principaux dictionnaires d’ancien français. Il est répertorié en France en latin médiéval au sens de « chemin » [42] sous les formes chacea et cacia, et en Angleterre [43] sous les graphies chasea, chazcia, jacia, schasea, catia et katia, avec le sens plus particulier de « chemin pour le bétail » et de « droit ou action de conduire du bétail ». Le mot chasse figure cependant dans le dictionnaire de Cotgrave (1611) [44] avec une définition légèrement différente : a Millers walke, or circuit, wherein he may lawfully fetch grist onto his Mill, c’est-à-dire « un chemin ou circuit de meunier, le long duquel il a l’autorisation de collecter le blé à moudre pour son moulin », en d’autres termes une sente moulinière, sente monneresse ou l’un des très nombreux équivalents normands de ces termes.

Il s'agit du même mot que le français chasse (au gibier) < gallo-roman °CAPTIA, dérivé déverbal du latin populaire °captiare « chercher à prendre », réfection du latin classique captare, lui-même formé sur captus, participe passé de capere « prendre » [45]. Le terme est employé au sens d’ « action de chasser (le bétail) devant soi », de « conduire le bétail », puis de « chemin par où l’on peut (et même : par où l’on doit) conduire le bétail » : en effet, la chasse ou cache, encaissée et bordée d’arbres, ne permet pas aux bêtes de divaguer, mais au contraire les canalise, et facilite le travail du cacheux. On relève d’ailleurs en Seine-Maritime le fréquent mais ancien type odonymique cache aux Bêtes ou chasse aux Bêtes, tout à fait explicite. Lorsque le chemin est assez large pour permettre le passage d’une charrette, il porte dans la Manche le nom de cache quertière « chasse charretière ».

En ce qui concerne la phonétique, on notera que la forme dialectale cache manifeste deux traits normano-picards : conservation de [k] latin devant [a] (°CAPTIA > cache), et passage de [t] latin devant [j] à [ʃ] (°CAPTIA > cache).

Emplois particuliers

Locutions

  • avei ses caches couorauntes [5], « avoir ses entrées » : 1993, Manche (nord de la ligne Joret) [17].

Mots apparentés

  • cachette « petite cache, petit chemin ».

Notes et références

  1. Cheminage du Ham, 1446, cité in Léopold Delisle, Études sur la condition de la classe agricole et l’état de l’agriculture en Normandie au Moyen-Age, éd. A. Hérissey, Évreux, 1851, p. 112. Plusieurs auteurs (Beaucoudrey et Birette entre autres) donnent par erreur la date de 1310 pour ce document, confondu avec celui qui le précède dans l'ouvrage de Léopold Delisle.
  2. Eugène Robillard de Beaurepaire et le Comte Auguste de Blangy, Le Journal du Sire de Gouberville (t. I), Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie XXXI, Caen, 1892, p. 307.
  3. Charles Birette, Dialecte et légendes du Val de Saire (en Basse-Normandie), Picard, Paris, 1927, p. 98-99; patois du Val de Saire.
  4. Alfred Rossel, « Ou mais d'avri », in Œuvres complètes, édition du Millénaire, Paris, 1933, p. 153; patois de la région de Cherbourg.
  5. 5,0 et 5,1 Graphie dite « normalisée », prônée par la mouvance de Fernand Lechanteur, Marcel Lelégard et al., mais ne reflétant qu'une prononciation minoritaire.
  6. Côtis-Capel, « Vuus papyis », in Graund Câté, OCEP, Coutances, 1980, p. 4; patois de la Hague.
  7. 7,0 et 7,1 Eugène Robillard de Beaurepaire et le Comte Auguste de Blangy, Le Journal du Sire de Gouberville (t. I), Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie XXXI, Caen, 1892, p. 18.
  8. 8,0 et 8,1 Eugène Robillard de Beaurepaire et le Comte Auguste de Blangy, Le Journal du Sire de Gouberville (t. II), Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie XXXII, Caen, 1895, p. 42.
  9. Louis Du Bois et Julien Travers, Glossaire du patois normand, A. Hardel Éditeur, Caen, 1856, p. 74.
  10. 10,0 et 10,1 Henri Moisy, Dictionnaire de patois normand, Indiquant particulièrement tous les termes de ce patois en usage dans la région centrale de la Normandie, pour servir à l’histoire de la langue française, Caen, Henri Delesques éd., 1887, p. 99b.
  11. 11,0 et 11,1 Raymond Ganne de Beaucoudrey, Le Langage normand au début du XXe siècle noté sur place dans le canton de Percy (Manche), Paris, Picard, 1911, p. 118.
  12. René Lepelley, Dictionnaire du français régional de Basse-Normandie, Paris, Bonneton, 1989, p. 46a.
  13. 13,0 et 13,1 Patrice Brasseur, Le parler normand, Paris / Marseille, Éditions Rivages, 1990, p. 41.
  14. René Lepelley, Dictionnaire du français régional de Normandie, Paris, Bonneton, 1993, p. 43a/b.
  15. J.-P. Bourdon, A. Cournée, Y. Charpentier, Dictionnaire normand-français, Paris, Conseil international de la langue française, 1993, p. 64a.
  16. Georges Métivier, Dictionnaire franco-normand ou recueil des mots particuliers au dialecte de Guernesey […], Williams and Norgate, Londres / Édimbourg, 1870, p. 98.
  17. 17,0 et 17,1 J.-P. Bourdon, A. Cournée, Y. Charpentier, Dictionnaire normand-français, Paris, Conseil international de la langue française, 1993, p. 62a.
  18. Albert Sjögren, Les parlers bas-normands de l'île de Guernesey, Klincksieck, Paris, 1964, p. 33a.
  19. Les deux signes vocaliques sont normalement superposés; il s'agit d'une voyelle simple.
  20. 20,0 et 20,1 Patrice Brasseur, Atlas Linguistique et Ethnographique Normand, CNRS, Paris, vol. II, 1984, carte 489 « Chemin de desserte ».
  21. 21,00 21,01 21,02 21,03 21,04 21,05 21,06 21,07 21,08 21,09 21,10 21,11 21,12 21,13 21,14 21,15 21,16 21,17 21,18 21,19 21,20 21,21 21,22 21,23 et 21,24 Cadastre napoléonien, Archives départementales de la Manche.
  22. Équivalent du type Chemin Ferré, évoquant une voie antique ou médiévale.
  23. 23,00 23,01 23,02 23,03 23,04 23,05 23,06 23,07 23,08 23,09 23,10 et 23,11 Carte IGN au 1 : 25 000.
  24. 24,0 et 24,1 Équivalent du type Chemin Vert, chemin herbu ou menant à la campagne.
  25. 25,0 25,1 25,2 25,3 25,4 25,5 25,6 25,7 25,8 et 25,9 Annuaire officiel des abonnés au téléphone.
  26. « Le chemin du passeur ».
  27. « Le chemin des pêcheurs ».
  28. 28,0 et 28,1 Plans Michelin informatisés.
  29. 29,0 29,1 et 29,2 Nomenclature des hameaux, écarts et lieux-dits de la Manche, INSEE, 1954.
  30. 30,0 et 30,1 Partage de la succession de Gilles de Gouberville entre Jacqueline de Crux et Renée de Gouberville, épouse de Jacques du Moncel, sieur de Saint-Nazair, 19 juin 1579, in Le Journal du Sire de Gouberville, rééd. Les Éditions des Champs, Bricqueboscq, t. IV, 1994, p. 272.
  31. Relie le hameau de la Petite Auberge à Hautteville-Bocage à celui de la Commune à Orglandes
  32. De l'ancien appellatif toponymique escure « grange » < germanique skūr, de même sens.
  33. Longe la limite communale avec Saint-Germain-de-Varreville (le toponyme l'Épine est un marqueur de limite).
  34. Relie le hameau de Bièvredent à celui de l'Épine, lui-même à la limite de Colomby et Biniville.
  35. Disparu sous l’Usine de retraitement de la Hague.
  36. Mène au Marais de la Douve.
  37. 37,0 et 37,1 Cartes d’État-Major (relevés de 1820 à 1866, mises à jour jusqu’à 1889; Basse-Normandie cartographiée entre 1835 et 1845).
  38. Ce nom a sans doute initialement désigné le chemin reliant le hameau de la Chasse Fortin à la Fortinerie.
  39. En rapport avec le hameau de Groult à Houtteville.
  40. Eugène Robillard de Beaurepaire et Auguste de Blangy, op. cit., p. 307.
  41. Julie Fontanel, Le cartulaire du chapitre cathédral de Coutances, Archives départementales de la Manche, Saint-Lô, 2003, p. 406, § 270.
  42. Charles Du Fresne, seigneur Du Cange, Glossarium mediæ et infimæ latinitatis, Paris, 1733-1736; rééd. 1954, Akademische Druck-U. Verlagsanstalt, Graz, Autriche, s.v. CHACEA.
  43. Ronald E. Latham, Revised medieval Latin word-list from British and Irish sources, With Supplement, Oxford University Press, Oxford, 1980, s.v. Chasea.
  44. Randle Cotgrave, A Dictionarie of the French and English tongues, London, 1611, s.v. Chasse.
  45. De l'indo-européen °kap-yo-, participe passé °kap-to-s, formes suffixées de °kap- « prendre, saisir » (cf. anglais to have, allemand haben « avoir », initialement « tenir »).