Charles Savary

De Wikimanche

Charles Savary.
Charles Savary, dessin de Bocourt d'après une photographie de Walery, 1875.

Charles Savary, né à Coutances le 21 septembre 1845, mort à Ottawa (Canada) le 9 septembre 1889, est un homme politique de la Manche.

Biographie

Fils de Pierre Savary (1815-1870), substitut du procureur général à la Cour royale de Caen, auquel il succédera comme conseiller général du canton de Cerisy-la-Salle, et de Charlotte Éliane Quénault (1827-1885), il appartient à une famille de magistrats et de gens de robe [1].

Élève au lycée Bonaparte à Paris, de 1860 à 1863, il poursuit des études de droit après son baccalauréat et devient docteur en 1866[1].

Il s'inscrit comme avocat au barreau de Paris. Secrétaire de la conférence des avocats en 1869, il se fait remarquer en prenant la parole à la conférence Tocqueville, qu'il a co-fondée, et par des articles dans le Journal de Paris sur les conseils généraux et un projet sur la décentralisation [2].

Châtelain et maire de Cerisy-la-Salle, il est nommé sous-préfet d'Avranches le 13 septembre 1870[2].

Il quitte rapidement ce poste puisque, le 8 février 1871, il est élu député royaliste modéré de la Manche à 25 ans, le 9e sur 11, par 65 573 voix. Il prend la parole sur les nouveaux impôts et les conseils généraux, s'oppose au projet d'impôt sur les matières premières et fait adopter la proposition relative au quorum électoral en 1873. Il est l'auteur, le 25 février 1875, du rapport de la commission d'enquête sur l'élection de M. de Bourgoing, qui dénonce les pressions électorales du camp bonapartiste. Après l'échec des tentatives de restauration monarchique, M. Savary passe du centre droit au républicanisme modéré et vota pour la paix, pour l'abrogation des lois d'exil, pour la pétition des évêques, contre le service de trois ans, pour la démission de Thiers, pour le septennat, pour le ministère de Broglie, pour l'amendement Wallon, pour les lois constitutionnelles [2].

Le 16 décembre 1871, il se marie à Paris avec Marie-Sophie Mahou (1852-1917), une cousine éloignée, qui lui donnera trois enfants et de laquelle il se séparera, non sans lui avoir cédé le château de Cerisy-la-Salle.

Il est réélu, le 20 février 1876 dans la 1re circonscription de Coutances, par 6 927 voix (12 859 votants, 15 438 inscrits), contre 2 111 à M. Chevalier et 2 701 à Ernest Briens, et devient secrétaire de la Chambre le 13 mars. Il est des 363 députés qui refusent le 16 mai 1877 le vote de confiance au ministère de Broglie et conduisent à la dissolution de la Chambre [2].

Candidat à sa réélection en 1877, il est soutenu dans les colonnes du Temps : « Ce membre si distingué du centre gauche est trop connu et apprécié de tous ses anciens collègues, pour que nous ayons à le présenter à nos lecteurs. La valeur personnelle et la situation de famille de M. Savary rendaient difficile le choix d'un concurrent. On avait d'abord pensé à un conseiller général, trop connu pour ses opinions ultra-cléricales. L'évêché a compris le danger. On a parlé alors de M. de la Martinière. Personne n'avait pris cette candidature au sérieux, excepté les fonctionnaires qui tremblaient d'avance. On s'est alors décidé pour M. Plaine. [...] M. Savary avait si peu de souci de ce candidat, toujours prêt, qu'il a résisté depuis 1876 à tous ceux qui le priaient de faire retirer la mairie de Coutances à M. Plaine. Celui-ci, par contre, a cru M. Savary trop dangereux pour que le gouvernement lui laissât la mairie de Cerisy-la-Salle. On se rappelle cet incident grotesque, qui a défrayé toutes les chroniques. L'administration, actuelle, mais passagère, emploie tous les moyens contre M. Savary, qui n'en a cure » [3].

Il est réélu le 14 octobre par 8 619 voix (13 704 votants, 15 744 inscrits), et est nommé en décembre 1877, sous-secrétaire d'État au ministère de la Justice dans le cabinet Dufaure. En février 1879, il retrouve les bancs de l'Assemblée, siégeant au conseil supérieur des voies de communication (4 mars 1879) et est réélu, le 21 août 1881 par 9 198 voix (12 862 votants, 15 718 inscrits) contre 3 594 à M. Chevalier [2].

Conseiller général de Cerisy-la-Salle de 1871 à 1883, il préside le Conseil général de la Manche de 1880 à 1882 [4], après en avoir été le secrétaire [2].

En parallèle, il est directeur de L'Écho en 1875, et fonde le Globe en 1879 qu'il dirige jusqu'en février 1880 [2].

Il fonde en janvier 1881 la Banque de Lyon et de la Loire qui se développe rapidement mais fait faillite en avril 1882[1]. Il doit démissionner de l'Assemblée le 19 mars 1883 [2]. Condamné dans cette affaire en 1884 en qualité de président, à cinq ans de prison [1] pour simulation de souscription, versements fictifs et manœuvres frauduleuses, puis dans l'affaire de Lyon's electrical Company (15 janvier 1885), séparé de corps et de biens d'avec sa femme et au bénéfice de celle-ci, et manquant d'être tué par un de ses associés dont il aurait séduit la femme, il s’enfuit au Canada [2].

Il devient rédacteur au Canadien à Québec sous pseudonyme de Charles Quénault, mais une fois découvert, est attaqué par L’Étendard de François-Xavier-Anselme Trudel. Installé en 1885 à Montréal, il écrit pour La Patrie, puis La Presse, et en 1886 devient rédacteur en chef du journal économique Le Moniteur du commerce, reconnu pour la qualité de ses analyses. La même année, il est l'un des initiateurs de la fondation de la Chambre de commerce du district de Montréal dont Le Moniteur devient l'organe pendant deux décennies[1].

En 1888, il quitte Montréal pour Ottawa, où il est embauché par le journal conservateur Le Canada et à la division des statistiques du département de l’Agriculture [1].

Naturalisé Canadien en janvier 1889, il meurt quelques mois plus tard [2].

« Homme doué et entreprenant, Charles Savary a apporté une contribution de marque au cours des quelques années de son séjour au Québec. Le journalisme d’affaires francophone acquit ses lettres de noblesse sous son impulsion. Six ans après sa mort, un correspondant du journal libéral radical le Réveil (Montréal) allait même jusqu’à dire que durant ses quatre ans au Québec, Savary « a[vait] plus fait pour la jeune génération que deux siècles de Sulpiciens et de Jésuites [1]. »

Ouvrages

  • Étude sur l'origine du droit municipal et de la centralisation en France, 1868
  • Alexis de Tocqueville, sa vie et ses ouvrages, 1868
  • Projet de loi sur la décentralisation, 1870
  • Résumé de droit commercial, 1870
  • Le Gouvernement constitutionnel, 1873

Hommages

Au Canada, un lac portant son nom depuis 1968 perpétue sa mémoire [5].

Notes et références

  1. 1,0 1,1 1,2 1,3 1,4 1,5 et 1,6 Dictionnaire biographique du Canada, site internet (lire en ligne.
  2. 2,0 2,1 2,2 2,3 2,4 2,5 2,6 2,7 2,8 et 2,9 Biographie sur le site internet de l'Assemblée nationale (lire en ligne).
  3. Le Temps, 27 septembre 1877.
  4. « Tout sur la Manche », Revue du département de la Manche, tome 29, n° 113-114-115, 1987.
  5. Natural Resources Canada, site internet (voir en ligne).

Liens internes