Charles Sébline

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Charles Sébline.

Charles-Nicolas Sébline, né à Saint-Pellerin le 4 juin 1846[1], mort à Aulnoye (Nord) le 10 février 1917, est une personnalité politique de la Manche.

Républicain, Charles Sébline est secrétaire général de la préfecture de la Manche, puis fait carrière dans la préfectorale avant d'être élu au Sénat pour représenter le département de l'Aisne.

Biographie

Il est le fils de Nicolas-Joseph Sébline, alors propriétaire de 34 ans, né à Sainteny, et de son épouse Marie Duval[1].

Élevé par son oncle, l'abbé Sébline, curé d'Auxais, il suit ses études au lycée de Coutances (dont il sera cofondateur de l’Amicale des anciens élèves), avant de rejoindre le lycée Saint-Louis à Paris[2].

Il devient le jeune secrétaire de Léonor-Joseph Havin au journal républicain Le Siècle[3].

Une pleurésie l'empêche de participer à la guerre de 1870-1871[2].

Après la chute de l'Empire, le 4 septembre 1870, il est nommé le 30 septembre secrétaire général de la préfecture de la Manche assurant l’intérim préfectoral, jusqu'en février 1871[2]. Selon Le Temps, « il a laissé les meilleurs souvenirs, et tous les partis ont rendu justice à ses qualités administratives et à sa fermeté. Ce sont ces titres qui lui ont mérité un rapide avancement sous tous les ministères qui se sont succédé[4] ». Ainsi, il occupe le même poste à la préfecture de l'Eure au 28 mars 1871, à celle de l'Aisne au 24 mai 1873, puis est nommé préfet, successivement dans les Pyrénées-Orientales le 13 mars 1876, le Vaucluse le 18 avril 1877[3].

Révoqué trois jours après la crise du 16 mai 1877 et mis en non activité le 24 mai, il est le candidat du comité républicain d'Avranches, contre Jules Bouvattier et Hippolyte Morel, anciennement soutenu par ce groupe. M. Calmon, au nom du comité électoral du Sénat répond au comité d'Avranches[4] :

« Paris, 7 septembre.
Messieurs,
Vous voulez bien consulter le comité électoral des gauches du Sénat sur la résolution que vous avez prise d'opposer la candidature de M. Sébline à celle de M. Morel. Nous ne pouvons que donner notre assentiment aux faits que vous invoquez à l'appui de cette résolution la lettre écrite par M. Morel à M. le président du centre gauche et celle adressée postérieurement par lui au Nouvelliste d'Avranches ne lui permettent plus d'invoquer, devant les électeurs républicains de l'arrondissement d'Avranches, le bénéfice du vote qui le rangeait parmi les 383. Nous sommes dans des circonstances où les hésitations ne sont pas possibles, et nous aimons à vous recommander la candidature de M. Sébline dont les opinions sagement libérales et la valeur administrative doivent être des, titres sérieux auprès de vous.
Je vous prie d'agréer, messieurs, l'assurance de mes sentiments les plus distingués.
Au nom du comité électoral des gauches du Sénat. ».

Il est toutefois battu.

Réintégré le 18 décembre, il est nommé préfet de l'Aisne jusqu'au 28 novembre 1885[2], alors qu'il est désigné candidat républicain pour succéder à M. de Saint-Vallier, décédé, comme sénateur de l'Aisne[5] après avoir tenté, le 5 octobre précédent, la députation dans ce département, résidant à Montescourt-Lizerolles d'où est originaire sa femme[2].

Le 4 avril 1886, il est élu sénateur par 973 voix sur 1 368 votants, contre 394 à M. Sandrique. Annulé par le Sénat parce que Sébline n'avait pas démissionné six mois avant son élection et qu'il n'avait pas l'âge de quarante ans fixé par la loi, le scrutin est réorganisé le 16 mai, mais Sébline, réélu par 984 voix sur 1 349 votants contre 364 à M. Sandrique, est une nouvelle fois invalidé à cause de son âge. Ayant fêté ses 40 ans depuis plus d'un mois, le troisième vote, le 11 juillet 1886 avec 1 021 voix sur 1 244 votants contre 214 à M. Sandrique, est le bon, et lui permet de siéger à la Chambre haute, au centre gauche[5].

Il parle en mars 1887 contre la convention commerciale conclue avec la Grèce, vote pour la nouvelle loi militaire, et, en dernier lieu, pour le rétablissement du scrutin d'arrondissement (13 février 1889), pour le projet de loi Lisbonne restrictif de la liberté de la presse, et s'abstient sur la procédure de la haute cour contre le général Boulanger[5].

Il est réélu au premier tour le 7 janvier 1894, par 777 voix sur 1 363 votants, derrière Malézieux et Leroux, et le 4 janvier 1903, premier avec 866 voix sur 1 339 votants, et le 7 janvier 1912, troisième[6].

Incapable de monter à la tribune, il ne peut prendre la parole que de sa place, ce qui ne l'empêche pas d'intervenir dans les débats parlementaires[6]… Il est secrétaire de la commission générale des douanes en 1890, de la commission des armées en 1893, de la commission des enfants mineurs et des femmes, et de la commission des récompenses à décerner à l'occasion de l'exposition universelle de Chicago en 1894, de la commission des finances en 1896, vice-président de la commission des douanes en 1896 et 1897, président de celle-ci en 1900. Il a également assuré la fonction de secrétaire du Sénat, à titre provisoire en 1891, puis élu en 1892 et en 1893[6].

Il siège également au conseil général de l’Aisne dont il est vice-président, et est maire de Montescourt-Lizerolles[2].

Durant la Première Guerre mondiale, alors que les troupes allemandes occupent l'Aisne et minent son domicile de Montescourt-Lizerolles où il est revenu dès le début du conflit, il est pris en otage par l'ennemi le 10 février 1917 et emmené de force jusqu'à un wagon. « À peine le train de déportés où il avait pris place était-il entré en gare d'Aulnoy (Nord) que, exténué par la fatigue et par les souffrances, il rendait le dernier soupir. C'est sous les yeux de sa femme, qui ne l'avait pas quitté un seul instant, que M. Sébline mourut[7]. »

Son fils, Louis Sébline, dirige une sucrerie à Montescourt-Lizeroiles qu'il dote d'une cité ouvrière[8].

Distinctions

Président d’honneur de l’Association pour la défense de l’industrie et de l’agriculture françaises, il est promu officier de la Légion d'honneur le 29 décembre 1892[2]. Il est également officier de l'Instruction publique et commandeur de la Couronne d'Italie[6].

Hommages

En juin 1917, les sénateurs décident d'ériger dans la galerie de la salle des séances son buste réalisé par le sculpteur Gauquié[6]. Le 24 juin 1923, son buste est inauguré à Carentan par Lucien Dior, ministre du Commerce[2].

Une rue de Carentan s'appelle rue Sébline : elle relie la route de Saint-Côme-du-Mont (ancienne RN 13) à la place Vauban. On peut y admirer la double-porte Renaissance de la maison dite « du docteur Caillard », inscrite au titre des monuments historiques.

Notes et références

  1. 1,0 et 1,1 Tables décénnales de Saint-Pellerin (1843-1852), archives départementales de la Manche
  2. 2,0, 2,1, 2,2, 2,3, 2,4, 2,5, 2,6 et 2,7 Georges-Robert Bottin, « Charles Sébline, ancien élève du collège-lycée de Coutances, préfet et sénateur de l’Aisne (1846-1917) », Spicilegium constantinum, publication en ligne du Cercle de généalogie et d’histoire de Coutances et du Cotentin, mise en ligne le 30 janvier 2010.
  3. 3,0 et 3,1 Le Temps, 20 décembre 1877.
  4. 4,0 et 4,1 Le Temps, 27 septembre 1877.
  5. 5,0, 5,1 et 5,2 Robert et Cougny, Dictionnaire des parlementaires français, 1889.
  6. 6,0, 6,1, 6,2, 6,3 et 6,4 Jean Jolly, Dictionnaire des parlementaires français, 1960/1977.
  7. Le Gaulois, 29 mars 1917.
  8. « Louis Sébline », Picardia, l'encyclopédie picarde.