Chapelle Saint-Maur (Tourlaville)

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La chapelle Saint-Maur de Tourlaville est un édifice catholique de la Manche, aujourd'hui en ruine.

Histoire

La tradition rapporte que dans les temps anciens, des pêcheurs découvrent une statue de saint Maur rejetée sur la plage du Becquet par la mer. L'arrivée mystérieuse de cette figure du propagateur de la règle de saint Benoît en Gaule, est perçue comme un signe du Ciel. Mais échouée à la limite de Tourlaville et Digosville, chacune des deux paroisses en revendique la possession. Pour départager les prétentions, on pose la statue dans un charriot attelé, la première station du cheval désignant le lieu de construction de la chapelle. L'animal s'arrête dans la lande[1] qui couvre le plateau rocheux surplombant Tourlaville et l'est de l'agglomération à 108 mètres d'altitude, près de l'ancienne route de Saint-Pierre-Église. Au milieu de terres incultivables (un chemin voisin se nomme « brise charrue »), la chapelle restera sans autre construction alentour jusqu'à la Seconde Guerre mondiale[2].

Évoquée en 1260, dans le livre blanc de l'évêché qui en tire des revenus[1], le Pouillé de la province de Rouen en 1332 la cite parmi les autres chapelles de la paroisse que sont Saint-Jean, Saint-Pierre, la chapelle de tous les saints, Saint-Gabriel et la chapelle de la Bienheureuse Marie-Magdeleine, et mentionne l'obligation d'y célébrer la messe au moins une fois l’an, le 15 janvier[2].

La chapelle moderne est construite durant la seconde moitié du XVIe siècle, sur un emplacement déjà occupé. Le rectangle qu'elle forme mesure 17,80 mètres sur 5,9 selon les relevés archéologiques[2] alors que l'abbé Jean Canu lui donne une longueur de 35 mètres[1]. Elle est en granite, grès du Becquet, schiste et galets. Deux entrées, la principale à l'ouest, une autre au sud, toutes deux avec bénitier en pierre encastrée, permettent l'accès à la nef pavée de grandes dalles d'arkose du pays, éclairée par une ouverture au nord, deux au sud, élargies au XVIIIe siècle et munies de vitraux bleus et jaunes. Le sol du chœur est couvert de petites dalles en calcaire[2] octogonales. Le toit est en chaume, puis en schiste à partir du XVIIIe siècle[1].

Elle devient un lieu de pèlerinage important, saint Maur étant réputé pour guérir les rhumatismes, et le rachitisme chez les enfants. Des messes y sont célébrées le 15 janvier, jour anniversaire du saint, les trois samedis suivants et précédant la saint Jean en juin, la veille de l'Ascension et à la Saint-Marc. Elle reçoit la visite de Gilles de Gouberville une douzaine de fois[1], le gentilhomme témoignant des parties de choule qui s'y jouent chaque année pour la Saint-Maur[3].

La chapelle est citée dans un édit royal de 1575 sur « l'adjudication des landes, marescs, mielles et communes de Tourlaville, contenant 290 acres et demie divisées en 22 pièces comprenant la lande Saint-Mor avec la chapelle et le cimetière de Saint-Mor, le mont Capelin, la lande et la chapelle Saint-Gabriel, la lande Saint-Jean, le pré de la prise de Saint-Jean, la mielle et la chapelle de la Madelaine »[2]. Elle l'est également dans les comptes de la fabrique en 1685 pour 9 livres, quinze sous et neuf deniers[1].

Elle est rénovée à l'arrivée du père Follain par le châtelain Robert de Franquetot et les paroissiens, mais le châtelain prétend conserver le revenu du lieu, faute de service religieux[1]. Le dallage est posé sur la terre battue au XVIIIe siècle[2].

Restaurée en 1835 par le père Buhot, curé de Tourlaville, elle accueille à nouveau le pèlerinage du 15 janvier, et abrite le 16 juin 1883 la Saint-Jean de Tourlaville créée en onze ans plus tôt[1].

Puis, attaquée par le temps, dégradée par le stationnement à proximité des soldats portugais lors de la Première Guerre mondiale, elle est fermée au culte le 22 janvier 1922 après une dernière messe et une procession transportant les objets de culte, dont la statue en terre cuite, vers Notre-Dame de Tourlaville[1].

La toiture s'effondre, les murs sont loués par la mairie à une éleveuse de chèvres et de volailles, jusqu'à ce que les Allemands y établissent des blockhaus et des batteries à proximité[1].

En 1949, près de la chapelle, on retrouve le corps d’Émile Leguest, encaisseur au Crédit industriel de Normandie, victime d'un vol meurtrier, dont on ne connaitra jamais que l'un des trois auteurs, René Poutas-Larue, de Valognes, qui se suicide après son arrestation[1].

Abandonnée au milieu de la lande en friche servant de décharge publique jusqu'en 1974, dépouillée de ses pierres d'encadrement entre 1968 et 1974 et de son dallage entre 1983 et 1985, il n'en reste aujourd'hui debout qu'un pan du pignon[2]. Des fouilles en 1982, permettent au centre de recherches archéologiques de Caen de trouver vingt-cinq pièces de monnaie du XIVe et XVe siècles et les restes d'un jeune homme inhumé sans cercueil[1].

Notes et références

  1. 1,00 1,01 1,02 1,03 1,04 1,05 1,06 1,07 1,08 1,09 1,10 et 1,11 « Lande et chapelle Saint-Maur : entre légende et histoire », Reflets n°50, ville de Tourlaville, novembre 2000.
  2. 2,0 2,1 2,2 2,3 2,4 2,5 et 2,6 « Campagne de fouilles sur le site de la chapelle Saint-Maur en 1982 », site de Tourlaville.
  3. Siméon Luce, De quelques jeux populaires dans l'ancienne France, à propos d'une ordonnance de Charles V, Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 33e année, N°6, 1889. p. 511.

Lien externe