Alexandre Avoyne

De Wikimanche

Alexandre Avoyne, né à Sauxemesnil le 20 août 1899, mort le 1er octobre 1942, est un résistant de la Manche.

La souffrance et la fierté d’une famille de résistants

Il faut écouter le témoignage de Marguerite Avoyne, née en 1922 et décédée en 2006 sur la mort de son père, Alexandre, fusillé par les Allemands le 1er octobre 1942, sur la déportation en Allemagne de sa mère, Marie, de sa sœur, Louise et d’elle-même pour bien comprendre et mesurer à la fois la grandeur du travail de fourmi de la résistance qui, en 1942, en était à ses débuts d’organisation et l’horreur de la répression menée, comme tient à le souligner Marguerite Avoyne, par la police… française qui les a, littéralement, livrés aux Allemands.

En 1942, la famille Avoyne vit à Trelly, près de Cérences, au passage à niveau 47 de la ligne Lison-Lamballe. Le père, Alexandre est cheminot (sous-chef de canton à la brigade de Hyenville) et travaille sur les voies. La mère, Marie née Fossey le 4 juin 1898, est garde-barrière. Les deux filles, Marguerite, 20 ans, née le 13 avril 1922, et Louise, 19 ans née le 24 mars 1923, travaillent comme couturières à domicile.

Alexandre Avoyne, adhère, après contact avec André Defrance, au réseau Front National d’obédience communiste et a pour mission d’héberger des clandestins qui sont souvent des délégués départementaux ou régionaux d’un réseau qui prend de plus en plus d’importance.

Depuis plusieurs semaines, le réseau « Front National » a causé beaucoup de soucis aux Allemands mais à l’occasion d’une découverte fortuite d’une cache d’armes à Cherbourg, un premier membre du réseau est arrêté le 3 juillet. Le lendemain, la police française dirigée par le commissaire Laniez arrive vers 11 heures au PN 47. Marguerite y est seule avec deux résistants Maurice Lemaire, père, et Maurice (Arthur) Lemaire fils. Ils s’enfuient par la fenêtre, la police tire puis, avec le concours de la gendarmerie locale, les arrête dans une ferme voisine.

Pendant ce temps, Alexandre Avoyne qui a entendu les coups de feu revient chez lui et avec sa fille, essaient en quelques minutes de cacher les multiples traces de la présence des résistants.

La police et la gendarmerie de Montmartin-sur-Mer, de retour au PN 47 arrêtent Alexandre, Marguerite et sa sœur Louise, revenue manger. Marie, l’épouse, partie au marché à Avranches, est arrêtée à sa descente du train à Quettreville-sur-Sienne. C'est alors Coutances et la prison de la Verjusière, puis le lendemain 5 juillet, Cherbourg jusqu’au 18 juillet. À cette date, précise Marguerite Avoyne « la police française nous a remis aux autorités allemandes et conduits à la prison de Saint-Lô ».

Le procès dure du 14 au 18 septembre et le tribunal prononcera 13 condamnations à mort dont Alexandre et Marie Avoyne qui est finalement graciée et voit sa peine commuée en travaux forcés. Les deux filles, Louise et Marguerite, sont condamnées respectivement à un an et quatre ans de déportation. Alexandre Avoyne sera fusillé le 1er octobre 1942. Marie est libérée le 29 avril 1945. Louise et Marie seront déportées en Allemagne : Louise sera libérée le 29 septembre 1943 et Marguerite le 3 avril 1945 par la IIIe armée de Patton.

La commune de Trelly, à l’initiative de son maire, le docteur Boizard, a publié un long texte émouvant de Marguerite Avoyne, et les Archives départementales de la Manche ont également enregistré son témoignage, toujours aussi vivace, cohérent et passionné à soixante ans de distance. Une vraie leçon de patriotisme par une famille, modeste, prise dans l’infernal engrenage de la répression où polices française et allemande ne faisaient qu’un.

Une grande preuve d’amour et de fierté aussi, d’une fille à l’égard de son père.

  • Source : René Gautier (dir.), Dictionnaire des personnages remarquables de la Manche, t. 4, éd. Eurocibles, Marigny.

Voir aussi


[[Catégorie:Biographie]