Alain Jouffroy

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Alain Jean Marc Jouffroy, né à Paris le 11 septembre 1928 et mort dans la même commune le 20 décembre 2015 [1], est un poète, critique d’art, romancier, essayiste et plasticien de la Manche.

Biographie

Durant l'été 1946, mangeant avec ses parents au Grand Hôtel d'Angleterre à Huelgoat (Finistère), il rencontre au restaurant André Breton et sa compagne Elisa. Quand il se brouille peu après avec sa famille, il sollicite le poète, qui publie dans la revue Néon, les premiers écrits de Jouffroy. Au sein du cercle des surréalistes, il fréquente Henri Michaux et René Char, et se lie au peintre Victor Brauner. Il conteste l'exclusion de Roberto Matta et s'oppose à celle de Brauner, provoquant sa sortie du groupe surréaliste, à vingt ans [2]...

Par l'entremise de Dora Maar et d'Albert Gilou, directeur artistique de Connaissance des arts, il devient critique dans l'hebdomadaire Arts, puis au quotidien Combat et à L'Express [2], ainsi que dans la revue les Lettres françaises à la demande d'Aragon [3]. Il défend le surréalisme, introduit en France le pop art et les écrivains de la « Beat Generation », dont il publie une anthologie en 1965, la jeune garde comme Monory, Pommereulle et Fromanger mais aussi les «Nouveaux réalistes», s'attirant par la violence de certains de ses avis, l'inimitié d'artistes, tel le sculpteur Arman qui le traite de « Saint-Just en peluche » [2].

Opposé à la Guerre d'Algérie, Alain Jouffroy organise avec le peintre Erro et Jean-Jacques Lebel, le 29 avril 1960, l'exposition « Anti-procès », à la galerie parisienne des Quatre Saisons. Prônant que « tout créateur, est, jusqu'à nouvel ordre, un insoumis », elle comprend quarante artistes de douze nationalités, dont Matta et une pièce qu'il coécrit avec Lebel, mettant en scène un couple condamné à mort pour avoir fait l'amour sur le tombeau du Soldat inconnu, rappelant le suicide de Jean-Pierre Duprey. Se sentant à tort visés, les surréalistes réagissent par un tract titré Tir de barrage [2]. L'année suivante, ils exposent avec « Anti-procès 3 » une quarantaine d’artistes (Adami, Brauner, César, Crippa, Dado, Deschamps, Dufrêne, Ferró, Hains, Jouffroy, Jean-Jacques Lebel, Recalcati, Tinguely, Vostell...) à la Galleria Brera de Milan. La préfecture de police fait retirer deux semaines après l'inauguration, « pour offense à la pudeur, à la religion de l’État », un tableau de Müller, un assemblage de Deschamps, une toile de Ferró Flux de la Sharpeville asexué, et le Grand Tableau anti-fasciste collectif [4].

En 1965, il épouse également la fille du duc d'Elchingen, ayant-droit de l'écrivain aimé des surréalistes, Raymond Roussel, et convainc son beau-père de rééditer ses œuvres complètes. Il organise à Paris une exposition interrogeant la notion d'art, autour d'installations jugées scandaleuses de jeunes plasticiens qu'il nomme « les objecteurs » : Arman, Daniel Spoerri, Daniel Pommereulle, Jean-Pierre Raynaud, Tetsumi Kudo [3].

À cette période, il se réconcilie avec André Breton et réfléchit l'« individualisme révolutionnaire » pour défendre la place de l'individu dans les révolutions. Il publie L'Abolition de l'art peu avant les manifestations de mai 1968 après lesquelles il quitte l'Express, refusant de soumettre ses articles à la rédaction en chef. Politiquement proche de Cuba, Castro et Guevara, il milite pour la libération de Régis Debray prisonnier en Bolivie au début des années 1970 [2].

Dans La Mort d'Isidore Ducasse..., en 1974 il défend le rôle politique de la poésie [2].

Conseiller culturel au Japon de 1982 à 1985, il rencontre Fusako Hasae qu'il épouse [2].

Dans les années 1990, Alain Jouffroy s'installe dans l'ancienne mairie de Prétot-Sainte-Suzanne, acquis grâce à sa victoire judiciaire contre un éditeur [2].

À partir de 1991, Alain Jouffroy réalise également des œuvres plastiques qu'il nomme « posages », exposés en décembre 1997 à Paris [2]

Du 14 janvier au 15 mars 2000, il organise dans les galeries du Théâtre de Cherbourg, l'exposition « Objecteurs/Artmakers », dans laquelle il reconstitue l'exposition de 1965 sur les objecteurs qu'il confronte aux nouveaux artistes, les « Artmakers » : Basserode, Alain Bublex, Claude Closky, Frédéric Coupet, Michel Guet, Monique Le Houelleur. Lui-même, avec Jean Moré, expose le Pavillon de la terre sur la place du Général-de-Gaulle, grand mât gonflé d'air coiffé d'un drapeau transparent [3].

Il reçoit le prix Goncourt de la Poésie 2007 pour l'ensemble de son œuvre.

Publications

  • Un rêve plus long que la nuit, 1964
  • Le Roman vécu, 1978
  • L'Ordre discontinu, 1978
  • L'Indiscrétion faite à Charlotte, 1980
  • C'est aujourd'hui toujours, poèmes 1947-1998, 1999
  • Éternelle Extravagance, poèmes 1954-2000, 2000
  • Objecteurs/Artmakers (livre catalogue), Éditions Joca Seria
  • Rimbaud, Napoléon, Cherbourg et l'Externet, Éditions Joca Seria

Notes et références

  1. Né dans le 14e arrondissement - «  Acte de décès n° 1610 - État-civil de Paris 10e arrondissement - Fichier des personnes décédées », data.gouv.fr, Insee, année 2015.
  2. 2,0 2,1 2,2 2,3 2,4 2,5 2,6 2,7 et 2,8 Harry Bellet, « Alain Jouffroy, l'engagé poétique », Le Monde, 14 août 1998.
  3. 3,0 3,1 et 3,2 « Un inventaire à la Jouffroy », 25 janvier 2000.
  4. « Les principales expositions collectives », sur www.grandpalais.fr.