Adrien Rémy

De Wikimanche

Adrien Rémy (1928).

Adrien Alexandre Octave Rémy, né à Cherbourg le 2 octobre 1892 [1],[2], est un ingénieur et une personnalité de la Manche.

Durant la Première Guerre mondiale, il a le projet de construire et d’expérimenter dans la rade de Cherbourg des hydravions de son invention à destination de la Marine de guerre française.

Avant 1916

Au début de la Première Guerre mondiale, il est versé au 155e régiment de ligne, basé à Commercy dans la Meuse à cette époque [3] . On apprend également que le 20 avril 1915, après plusieurs mois au front, il est réformé n° 2, c’est-à-dire en raison d’une maladie contractée en service. Il se retrouve probablement à la vie civile, avec l’obligation toutefois de se soumettre à une visite de contrôle régulièrement. D’après différents documents conservés aux AMCO, on comprend qu’il travaille alors à son compte en tant qu’ingénieur constructeur (c’est le titre qu’il se donne) aux environs d’Issy-les-Moulineaux (dans la banlieue sud-ouest de Paris). Il réside alors au 43, boulevard Victor à Paris 15e.

Juin 1916 - juillet 1917

Projet de construction d’un hydravion pour la Marine nationale à Cherbourg

Hangar de la Société des constructions aéro-navales de Cherbourg.

Le document le plus ancien évoquant ce projet et conservé aux archives municipales date du 21 juin 1916. Il s’agit d’une lettre du chef d’état-major du vice-amiral gouverneur de Cherbourg par laquelle ce dernier autorise Adrien Rémy à « procéder sur mer à Cherbourg aux essais de [son] aéroplane marin ». On peut supposer qu’Adrien Rémy a lancé son projet au début du mois de juin 1916.

Le lendemain même de la réception de ce courrier, Adrien Rémy demande à la mairie de Cherbourg l’autorisation d’installer un « hangar atelier de montage sur la place d’Armes de Cherbourg » (place Napoléon devant l’église de la Trinité) et d’utiliser la cale en pente douce située devant de manière à pouvoir mettre à l’eau son hydravion. Cette autorisation lui est officiellement donnée par un arrêté de la Préfecture de la Manche du 8 août 1916. Les travaux de construction de ce hangar ne commenceront qu’en novembre 1916 et s’achèveront en janvier 1917. C’est seulement alors qu’ayant rapatrié le matériel et l’outillage depuis son établissement parisien, Adrien Rémy pourra commencer l’assemblage de son hydravion.

Cependant, Adrien Rémy doit faire face à ses obligations militaires. Il passe devant un conseil de réforme siégeant à Cherbourg le 14 novembre 1916 ; celui-ci décide de le classer dans le service auxiliaire. Cette décision obligerait Adrien à retourner à l’armée et donc à abandonner son projet. Il décide donc de demander un sursis d’appel au motif que son projet pourrait servir les intérêts de la France en dotant la Marine d’hydravions. Rappelons qu’à cette époque, l’aviation n’en est qu’à ses débuts mais que depuis la traversée de la Manche par Blériot en 1909, l’état-major de la Marine se montre intéressée par l’idée de doter la Marine d’une aviation (l’aviation militaire française est même créée officiellement par décret du 20 mars 1912, elle est rattachée au ministère de la Marine). Pourtant, et malgré l’appui du député-maire et de la vice-amirauté de Cherbourg, l’obtention de ce sursis n’est pas aisée. Appelé pour la fin du mois de décembre 1916 dans les G.O.A. (probablement les Groupes d’ouvriers de l’aéronautique), Adrien Rémy croit même devoir abandonner son projet. Ce n’est que suite à une nouvelle intervention d’Albert Mahieu (et sans doute des autorités militaires locales comme le commandant Signorino, Major de la garnison de Cherbourg) qu’Adrien Rémy obtient un premier sursis au début de l’année 1917 (sursis valable dans un premier temps jusqu’au 1er avril 1917 et qu’on sait avoir été prolongé jusqu’au 31 juillet 1917).

Intérieur du hangar de la Société des Constructions Aéro-Navales de Cherbourg.

Adrien Rémy a donc eu toute la première moitié de l’année 1917 pour mettre au point son appareil et en faire les essais. Parallèlement, grâce à un courrier de la fin de l’année 1916 adressée par les sieurs Robert Bourbeaux et Henri Devaux au député-maire de Cherbourg, on en sait un peu plus sur la genèse du projet d’Adrien Rémy. Les sieurs Bourbeaux et Devaux sont à l’époque des industriels reconnus malgré leur jeune âge et malgré les difficultés que rencontre leur entreprise depuis le déclenchement de la guerre. Leur société, c’est en effet la firme Bedelia, une entreprise de construction automobile créée en 1909. Leur modèle phare qui a donné son nom à leur entreprise est un cycle-car très populaire avant guerre. En novembre 1916, ils décident d’offrir leurs services à la Marine française à qui ils proposent de construire (et de vendre) un avion marin Bedelia. La Marine se montre évidemment intéressée mais au cours du mois de décembre 1916, les deux constructeurs décident de céder tous leurs droits ainsi que les plans relatifs aux avions marins à une « société d’étude pour la formation de la Société de Construction aéronavale de Cherbourg », dont le directeur n’est autre qu’Adrien Rémy.

Voilà donc Adrien Rémy en possession de plans pour construire son premier hydravion (un Triplan type II R). Celui-ci est achevé dès le mois de février 1917 mais il est impossible d’en faire l’essai car le lancement de l’appareil nécessite qu’il soit dans un premier temps tracté par une vedette. Adrien Rémy va donc devoir acheter cette vedette. En mars 1917, il se rend à Paris où il procède à cet achat. La vedette (de marque Panhard-Levassor) est livrée à Cherbourg le 15 mars. Adrien Rémy la baptise du nom de « colonel Rémy » (probablement en l’honneur de son père). Malheureusement à peine arrivée, cette vedette est réquisitionnée sur ordre de l’aviation maritime. Adrien Rémy croit pouvoir en disposer à nouveau le vendredi 13 avril 1917. Il annonce au député-maire un essai pour ce jour-là. Il fait même sortir son hydravion du hangar et constate sa « parfaite stabilité » sur l’eau. Mais la vedette promise pour ce jour-là n’arrivera pas. Malgré de nombreuses plaintes auprès de la vice-amirauté, auprès de la Direction de l’Aviation et même auprès du Ministre de la Marine (Adrien Rémy se déplaçant même à Paris pour le rencontrer en mai et juin 1917), Adrien Rémy ne peut récupérer sa vedette (le ministère de la Marine finissant par lui racheter la vedette).

On peut se demander pourquoi les autorités militaires françaises ne soutiennent-elles pas plus un homme qui se propose de doter la Marine française d’appareils et à qui elles ont accordé un sursis d’appel pour réaliser cet objectif. Peut-être est-ce lié au fait que le ministère de la Marine a décidé à la même époque de créer dans différents ports français des Centres Aéronautiques Maritimes. Celui de Cherbourg est créé le 1er mars 1917 sur l’emplacement actuel du complexe Chantereyne. Son effectif est constitué de 9 officiers dont le commandant du Centre (le lieutenant de vaisseau Douillard) et de 147 hommes. Il dispose de 6 hydravions de haute mer et 25 hydravions de patrouille. On comprend qu’à côté le projet d’Adrien Rémy pèse bien peu. Au reste, Adrien Rémy semble n’avoir eu aucun contact avec ce Centre dont les Archives de la Marine à Cherbourg garde la trace (mais pas du projet d’Adrien Rémy).

Pourtant Adrien Rémy ne semble pas se décourager. Le 21 juin 1917, sur un papier à en-tête de la « Société de construction aéronavale de Cherbourg », il écrit un mémorandum de son projet dans lequel il fait état de la construction d’un nouvel « appareil marin contre sous-marins » qu’il vient de munir d’un moteur « récemment acheté à ses frais ». Il indique également attendre une nouvelle vedette pour procéder aux essais du premier appareil et du deuxième.

Mais le projet semble finalement ne pas avoir abouti. Le 2 juillet 1917]], Adrien Rémy obtient une nouvelle prolongation de sursis jusqu’au 31 juillet 1917 mais l’inspection régionale des sursis précise qu’il s’agit du dernier accordé. Le courrier qui annonce la prolongation de ce sursis est le dernier document conservé aux AMCO. Il semble bien que le projet en soit resté là et qu’Adrien Rémy ait dû rejoindre l’affectation qui lui avait été signifiée à la fin de l’année 1916.

Après juillet 1917

On perd provisoirement la trace d’Adrien Rémy à partir de juillet 1917. Il n’a alors qu’une vingtaine d’années et son classement dans le service auxiliaire lui aura permis d’échapper au pire.

1928 - 1931

On le retrouve en 1928 du côté du Havre où il construit un « océanoglisseur », un engin insubmersible de type catamaran, baptisé le « Malgrétout » . Il s'agit d'un prototype à partir duquel il prévoit de construire un appareil plus grand capable de traverser l'Atlantique (au départ de Cherbourg et à destination de New York) avec soixante-quinze passagers à bord. Mais les essais menés dans l'estuaire de la Seine se révéleront peu concluants et le projet d'Adrien Rémy au Havre se terminera de la même manière que celui cherbourgeois : par un échec. Poursuivi par ses créanciers, Adrien Rémy dut en effet abandonner son prototype qui fut mis aux enchères et vendu à un mécanicien havrais en février 1929. D'après le Figaro de l'époque, ce projet d'océanoglisseur aurait été parrainé par le Parti Communiste. Par la suite l’existence d'Adrien Rémy est attestée par une carte postale datée de 1931 montrant trois hommes travaillant à la construction d’un appareil dans un atelier et ainsi commentée : « Adrien Rémy en train de construire un hydro-planeur. » Sauf erreur du site sur lequel on peut voir cette carte postale, il devrait s’agir du même Adrien Rémy alors âgé d’environ quarante ans.

Notes et références

  1. AD50, NMD Cherbourg, 1892 (5 Mi 683), page 175/249, acte de naissance n° 663 (lire en ligne).
  2. D’après le dossier conservé aux Archives municipales de Cherbourg-Octeville (AMCO), on sait qu’Adrien Rémy est d’origine cherbourgeoise et qu’il est de la classe 1911. Aucun Adrien Rémy n’est né à Cherbourg en 1891. Toutefois, il en est né un en 1892. Il s’agit probablement de notre personnage (qui serait donc de la classe 1912). Adrien (Alexandre Octave) Rémy serait donc né le 3 octobre 1892 à Cherbourg. Il serait le fils de Jules Rémy, lieutenant colonel au cinquième régiment d’infanterie de marine (ce régiment a été créé à Cherbourg le 1er mars 1890). Sa mère serait Adrienne Martin-Martinière. D’après un document conservé aux AMCO, il avait un grand frère que le député-maire de Cherbourg Albert Mahieu avait bien connu. D’après les documents conservés, Adrien Rémy se trouve au début de l’année 1912 en Picardie. Or le 5e régiment d’Infanterie de Marine stationne alors à Château-Thierry, dans l’Aisne. Il s’engage comme volontaire le 4 janvier de cette année-là au sein du 67e régiment de ligne. Il signe son engagement au bureau de recrutement de Soissons, où stationne le 67e Régiment d’infanterie. Les tables de registres matricules du bureau de Soissons ne mentionnent pas d’Adrien Rémy pour l’année 1912. Toutefois, on y trouve un Octave Rémy ; or Octave est le troisième prénom d’Adrien. Le tableau de recensement de Cherbourg conserve la trace d’Adrien Rémy né le 2 octobre 1892 au sein de la classe 1912. Il y est dit qu’Adrien est inscrit à Dormans (dans la Marne à moins de 25 kilomètres de Château-Thierry).
  3. AD51, Registre Matricules Châlons-sur-Marne, 1912 (1 R 1374), page 620 à 622/1218 (lire en ligne).

Sources

  • Archives municipales de Cherbourg-Octeville, boîte 2W81, pochette intitulée « Expériences sur la rade de Cherbourg par M. Adrien Rémy, ingénieur aviateur » et contenant deux photographies
  • Archives municipales de Cherbourg-Octeville, tableau de recensement, classe 1912
  • Archives départementales de l’Aisne, archives en ligne, table des registres matricules, bureau de Soissons, année 1912
  • Service historique de la Marine à Cherbourg, Série J, Aéronautique de la première région, boîtes 1J5 et 1J6, « patrouilles aériennes de la Manche et de Normandie, 1917 »
  • Histoire de l’aéronautique dans le Cotentin, publication de l’Université Inter-Ages de Basse-Normandie, éditions Isoète, consultable au Service historique de la marine de Cherbourg.
  • Pour l'histoire de l'océanoglisseur le « Malgrétout », voir l'article de Valéry Lebigot sur le blog « Le bateau du Havre en cartes postales » avec deux photographies de l'engin (lire en ligne)
  • Pour la carte postale de 1931 (voir en ligne)