Addeville

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Addeville est un hameau de Saint-Côme-du-Mont, qui se subdivise en Haute Addeville et Basse Addeville.

Toponymie

Attestations anciennes

  • Adevilla 1080/~1082 [1], ~1080/1085 [2].
  • Unfridus de Adevilla 1109/1113 [3], Gaufridus de Adevilla 1109/1113 [4].
  • Adeville 1332 [5].
  • in […] territorio de Adevilla 1332 [6].
  • Daneville [sic] 1753/1785 [7].
  • B[as]se Addeville 1978 [8].
  • Haute Addeville, la Basse Addeville 1978 [9].
  • la Haute Addeville / la Basse Addeville 1993 [9], 2007 [10], 2009 [11].

Étymologie

Toponyme médiéval en -ville (élément issu du gallo-roman VILLA « domaine rural »). Le premier élément est l'anthroponyme (nom de personne) d'origine germanique (francique) Addo (masculin) ou Adda (féminin), d'où le sens global de « domaine rural d'Addo / Adda » [12]. L'emploi de ces noms au Moyen Âge en Normandie est également à l'origine des noms de famille Adde, Ade, bien attestés dans la Manche, mais aussi dans les autres départements normands.

La chapelle Saint-Martin

Il a existé deux chapelles à Saint-Côme-du-Mont, dont la plus fréquemment citée dans les textes est celle de Saint-Martin d'Addeville, encore attestée au 18e siècle. Il semble bien que ce soient les vestiges de cette dernière chapelle qui se trouvent actuellement intégrés au domaine du Lieu Saint Jean (aujourd'hui un gîte rural), au village de la Basse Addeville.

Attestations anciennes

  • capell[a] […] in territorio de Adevilla 1332 [13].
  • la chapelle de Saint Martin de Adeville 1332 [5].
  • St Martin 1753/1785 [7].

On dispose, pour la même année 1332, de deux textes différents, l'un en ancien français tardif et l'autre en latin médiéval, qui apportent quelques précisions sur l'édifice.

Dans les Actes normands de la Cour des comptes

Une acte de la Cour des comptes daté du 14 octobre 1332 [5] signale que des travaux sont à effectuer pour le compte du roi (il s'agit de Philippe VI de Valois) à la chapelle Saint-Martin, dont il apparaît qu'il était le patron [14], et qui apparemment menaçait de s'écrouler. Dans le texte qui suit, la plupart des signes de ponctuation et des accents aigus ont été ajoutés pour faciliter la lecture :

Les genz des comptes nostre seigneur le roy à Paris, au bailli de Costentin ou a son lieutenant, salut. Comme, si comme il nous est apparu parmi les escrips de la chambre des comptes, especiaument [15] par le compte de vostre dite baillie du terme de la Saint Michiel CCCXXII et XXIII, ouquel compte de la Saint Michiel CCCXXIII furent prises sur le roy XXII l. XII s. t. [16] pour les euvres de la chapelle de Saint Martin de Adeville en vostre baillie, laquele est en sa collation (et y est dit que, par information faite par ledit bailli, le roy est tenu aus reparacions de la dite chapelle), ledit nostre sire le roy soit tenuz aus reparacions de la dite chapelle, et le chapellain d'icelle nous ait donné à entendre que il convient de necessité, pour la soustenue de la dite chapelle, pluseurs euvres de charpenterie, maconnerie, couverture et autres en icelle, en suppliant que nous les feissiens [17] faire, nous vous mandons que vous sachiez queles euvres de reparacion y faut a present en la dite chapelle pour la soustenue d'icelle, et celles que vous y trouverrez estre defaillans de nécessité faitez faire sanz aucun delay, sanz faire toutes voies [18] aucune nouvelleté d'euvres, et nous les vous alloerons en voz comptes, par nous rapportant ces presentes lettres. Donné a Paris le XIIIe jour d'octobre [19]. — Sic est in dicto compoto [20] : G. BRUNNY.
Dans le Pouillé du diocèse de Coutances

Le long paragraphe figurant dans le pouillé [13], concernant la paroisse de Saint-Côme-du-Mont dans le doyenné du Plain mentionne, sans les nommer explicitement, les deux chapelles qui s'y trouvent. Voici le passage concernant la chapelle Saint-Martin :

In dicta parrochia sunt due capelle. Prima a longo tempore fundata in territorio de Adevilla, cujus rex Francie seu dux Normannie est patronus, et est totaliter exempta; ad quam capellam sunt quindecim libre redditus turonenses pertinentes, c'est-à-dire : « il y a deux chapelles dans cette paroisse. La première, fondée il y a longtemps au territoire d'Addeville, a pour patron le roi de France ou le duc de Normandie; elle est entièrement exempte [de taxes]. À cette chapelle est attachée une rente de quinze livres tournois ».

Notes et références

  1. Lucien Musset, Les actes de Guillaume le Conquérant et de la Reine Mathilde pour les abbayes caennaises, Mémoires de la société des Antiquaires de Normandie XXXVII, Caen, 1967, p. 87, § 8.
  2. Lucien Musset, op. cit., p. 131, § 22.
  3. Lucien Musset, op. cit., p. 139, § 27.
  4. Lucien Musset, op. cit., p. 140, § 27.
  5. 5,0, 5,1 et 5,2 Léopold Delisle, Les actes normands de la Chambre des Comptes sous Philippe de Valois (1328-1350), Rouen, Le Brument, 1871, p. 50, § 30.
  6. Pouillé du Diocèse de Coutances, 1332, in Auguste Longnon, Pouillés de la Province de Rouen, Recueil des Historiens de France, Paris, 1903, p. 303E.
  7. 7,0 et 7,1 Carte de Cassini.
  8. Carte IGN au 1/100 000.
  9. 9,0 et 9,1 Annuaire officiel des abonnés au téléphone.
  10. Carte IGN au 1/25 000.
  11. Cadastre moderne.
  12. Ces noms, attestés dans les documents médiévaux sous les graphies Ado, Addo ou Ada, Adda, sont les hypocoristiques (respectivement masculin et féminin) des noms dont le premier élément est adal- « noble; race, lignée », tels que Adalberht, Adalhard (masculins), Adalgisa, Adalgundis (féminins), etc. L'élément adal- repose sur le germanique commun °athalaz « race, famille; haute naissance » (cf. allemand Adel « noblesse », edel « noble »), d'origine débattue.
  13. 13,0 et 13,1 Pouillé du Diocèse de Coutances, 1332, in Auguste Longnon, op. cit., p. 303F.
  14. Le patron d'une église ou d'une chapelle était sous l'Ancien Régime la personne physique ou morale qui en nommait le desservant.
  15. Especiaument ou par especial, « surtout ». On a là une attestation de la vocalisation de [l] devant consonne. En effet, les adjectifs en -al et -el, issus de formes latines en -alis, ne prennent pas de -e au féminin en ancien français, et especialment évolue régulièrement en especiaument. La forme moderne spécialement est une réfection analogique plus tardive, sur le modèle de bonnement ou lourdement, où les adjectifs sont accordés au féminin.
  16. 22 livres et 12 sols tournois.
  17. Fassions. La désinence -ens (là où le français moderne a -ons) à la première personne du pluriel est régulière en ancien français pour certaines catégories de verbes et à certains temps; en l'occurrence, elle procède ici d'une finale latine en -emus. De même, les verbes du premier groupe avaient primitivement -ans ou -anz < latin -amus au présent de l'indicatif. La terminaison -ons, d'abord très minoritaire, fut progressivement étendue à l'ensemble de la conjugaison à ces mêmes temps.
  18. Toutefois.
  19. On lit au dos le la lettre : Recepta Rothomagi, die Jovis post festum Symonis et Jude, anno domini M°CCC°XXXII°, soit « reçue à Rouen le jeudi après la Saint-Simon et Jude, en l'an du seigneur 1332 ».
  20. Formule conclusive en latin : « il en est bien ainsi dans ce compte », autrement dit « le compte est bon ».