Abrincates

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Les Abrincates (Abrincatui en latin) sont l'un des deux peuples gaulois qui vivaient dans le territoire de la Manche.

Histoire

Selon Daniel Levalet, leur capitale était Legedia ( Ingena devait désigner le port situé dans l'estuaire de la Sée, « (la ville) dans la baie / l'embouchure »). Elle fut rebaptisée civitas de Abrincatis « la cité des Abrincates » à la fin de l'époque gallo-romaine (4e siècle) [1]. C'est aujourd'hui Avranches.

Les Abrincates avaient pour voisins les Unelles (Unelli) au nord ; les Bajocasses et les Viducasses au nord-est ; les Esuvii au sud-est ; les Aulerques (Aulerci) Diablinthes et les Redones au sud. La limite sud du territoire des Abrincates est matérialisée par le nom de la commune d'Argouges, issu du gallo-roman ARCUBIAS « les postes de guet ». Cette commune, la plus méridionale de la Manche, est située aujourd'hui encore à la frontière de ce département et de l'Ille-et-Vilaine dont le chef-lieu, Rennes, était la capitale des Redones.

Jules César n'ayant pas évoqué les Abrincates, mais seulement les Unelles, il est possible que les Abrincates aient été de simples clients des Unelles ou que leur territoire ait été un simple pagus (canton) de celui des Unelles.[2]

Étymologie

L'interprétation du nom des Abrincates ne fait pas l'unanimité parmi les spécialistes.

Le nom de ce peuple est tout d'abord mentionné au cours du premier siècle de notre ère par Pline l'Ancien [3] sous la forme Abrincatui, variante Abringati; puis vers 150 par Ptolémée : ᾈβριγϰάτουoι [Abrinkátouoï], ᾈβριγϰατοῦoι [Abrinkatoûoï], ᾈβριγγατοῦoι [Abringatoûoï] [4]. Curieusement, il n'est jamais mentionné par Jules César, pas plus que la ville d'Ingena.

  • La plupart des spécialistes y ont vu la racine celtique que l'on retrouve dans le breton ambrouga « conduire » ou le gallois hebryngydd, hebryngiad « chef, guide », suivie du suffixe -ate présent dans le nom de nombreux autres peuples gaulois (Atrebates à Arras ; Cocosates, peuple d'Aquitaine ; Nantuates à Nantua, etc.). Le mot « conduire » n'est pas attesté en gaulois, mais on sait que notre connaissance actuelle de cette langue est extrêmement fragmentaire, d'où la nécessité de procéder presque toujours par comparaison avec les autres langues celtiques. Dans l'hypothèse d'un sens « conduire » ou « chef, guide », l'interprétation du nom n'est pas plus claire : certains penchent pour le sens « les chefs, les guides » [5], ce qui est acceptable en tant que nom de peuple, alors que d'autres, à partir du verbe signifiant « conduire », formulent l'hypothèse d'un sens différent : « ceux qui doivent être conduits, mis à l'écart » [6]. Il est évidemment impossible de trancher (si tant est que ces rapprochements soient corrects), mais on peut néanmoins faire une remarque : le fait que César soit muet au sujet des Abrincates pourrait faire penser qu'ils n'existaient pas en tant que tribu au milieu du 1er siècle avant notre ère. Le sens (hypothétique) de « mis à l'écart » pourrait alors correspondre à un démembrement d'un des peuples voisins, peut-être les Unelles, pour une raison inconnue, entre le 1er siècle avant et après notre ère.
  • Parmi les autres hypothèses émises à ce sujet (elles sont nombreuses), il faut citer l'une des plus récentes : celle de Jacques Lacroix [7], qui propose de voir dans la seconde partie du nom des Abrincatui le gaulois catu- « combat, bataille », lui aussi présent dans de nombreux toponymes (tels que Caen < °Catu-magos « champ de bataille » ou « terrain d'exercice »), anthroponymes, et quelques ethnonymes tels que le nom des Catalaunes à Châlons-en-Champagne. L'auteur rattache alors la première partie du mot au gaulois °abro-, °ablo- « fort, violent ; puissant », qui n'est qu'indirectement attesté, d'où le sens global de « puissant ou violent au combat », sémantiquement possible mais tout aussi hypothétique.
  • D'accord avec Jacques Lacroix sur la seconde partie du mot, catui (« ceux qui combattent », les guerriers), Daniel Levalet postule pour aberen-catui, que l’on pourrait traduire par « les guerriers des estuaires »[2]. En effet, le site d'Avranches surplombe les estuaires de la Sée et de la Sélune et, encore au 19e siècle, de petits bateaux à voile remontaient la Sée jusqu'au pied d'Avranches. Dans le nom Abrincate, on retrouve la base hydronymique ab présente dans un grand nombre de noms de rivières et il existe d’autre part, dans les langues d’origine celtique comme le vieux breton ou le gallois, un thème aber qui signifie embouchure, estuaire, confluence, et qui, au pluriel, fait aberen[2]. C’est déjà ce qu’avait imaginé, au 19e siècle, le chanoine Pigeon quand il écrivait que les Abrincates étaient « un confluent pour des guerriers, un estuaire bien défendu par des chefs expérimentés»[2].

Hommages

Le nom des Abrincates est commémoré par plusieurs odonymes de la Manche :

Bibliographie

  • Daniel Levalet, Avranches et la cité des Abrincates. Ier siècle avant Jésus-Christ - VIIe siècle après Jésus-Christ , Société des antiquaires de Normandie, tome XLV, 2010, éd. Corlet, 2011

Notes et références

  1. Pour davantage de précisions, se reporter à la page Avranches (étymologie).
  2. 2,0, 2,1, 2,2 et 2,3 Daniel Levalet, op. cité, en bibliographie, p.14
  3. Caius Plinius Secundus, Histoire Naturelle (éd. Jan et Mayhoff, Teubner, Beaujeu et al.), C.U.F., IV, 107.
  4. Claude Ptolémée, Guide géographique (éd. Cuntz), 214, 10 ; 214, 12.
  5. Louis Deroy et Marianne Mulon, Dictionnaire de noms de lieux, Robert, Paris, 1992, p. 39a.
  6. Ogam, tradition celtique, Rennes, année 1968, p. 190-195.
  7. Jacques Lacroix, Les noms d’origine gauloise I (la Gaule des combats), Errance, Paris, 2003, p. 171.

Articles connexes