Établissement métallurgique de Tamerville

De Wikimanche

Le Fourneau était un lieu dit de Tamerville, actuellement sur la commune de Sauxemesnil

Il ne figure pas sur la Carte de Cassini, mais il figure bien sur le Cadastre Napoléon et les cartes IGN actuelles.

La « forge » de Louis Berryer

Louis Berryer, gravure datée de 1667.

Le nom vient du fait qu'à cet endroit Louis Berryer [1][2], originaire du Mans et homme d'affaire peu scrupuleux, doté d'une immense fortune, futur collaborateur de Mazarin et Colbert, avait fait construire une forge vers 1659. Par forge, il faut comprendre un « haut-fourneau » avec la technologie du XVIIe siècle.

La ressource en minerai de fer est prélevée en surface dans la forêt de Brix alentours [3][4], dont Berryer est propriétaire [5].

Il ne reste pas pierre sur pierre de ces installations à l'heure actuelle, seulement le nom. Mais des recherches archéologiques attestent bien qu'une fonderie se soit trouvée là : fragments de moules, blocs de laitiers présents dans la rivière « La Gloire », etc.

Ces mêmes fouilles suggèrent que l'activité n'a duré que quelques dizaines d'années. Elles ont amené leurs auteurs à penser que la fin du haut fourneau a été accidentelle : soit effondrement de l'édifice, soit effondrement du barrage : on a retrouvé un pied de poteau bois, noyé dans une couche de fonte solidifiée.

Traces de la forge dans l'état-civil

En faisant un relevé systématique des actes de baptême, mariages et inhumation de la paroisse de Tamerville [6] on trouve effectivement en 1675 ce qui semble être la trace d'un accident tragique au Fourneau[7] :

  1. Michel collin aagez de dix ans ou Viron et Robert collin aagez
  2. de trois ans freres et filz de Jacques Collin residant au fourneau
  3. furent Inhuméz les neuf et dix[ie]me mars 1675 dans le cimetiere
  4. de l'Église de ce lieu au p[rése]nces dud[it] Jacques collin pierre et Gilles
  5. le long et plus[ieur]s austres par moy p[rêt]re curé dud[it] Tamerville Jacques le
  6. long ontz [sic] declaré ne scavoir signer - marque du[it] Jacques collin

Il s'agit de la dernière mention significative du Fourneau en tant que lieu d'habitation.

La première mention du fourneau concerne le décès d'un anonyme et date de 1662[8]:

  1. Un homme du fourneau fut Enteré
  2. proche la +[9] dans le Cimetiere le 20
  3. febvrier

Les forgerons

Ce relevé généalogique [10] pointe tout un groupe de personnes venant de l'Orne, de la Mayenne et de la Sarthe.

Bien que les hommes d'église du moment ne mentionnent pas la profession de leurs paroissiens, et éprouvent souvent des difficultés à écrire le nom de leurs paroisses d'origine quand elle sont lointaines, on devine que pour la plupart, ces familles sont celles des forgerons (on dirait maintenant des ouvriers métallurgistes) venus travailler au Fourneau.

Il s'agit bien d'un groupe particulier, venant de l’extérieur de l'évêché, sur une période précise, et on ne trouve pas de groupe équivalent dans les autres années. On sait que cette période est celle pendant laquelle la Forge était en activité, et que des forges se trouvaient aussi dans les paroisses et les villes d'origine, par exemple : Saint-Clair-de-Halouze, Domfront, Champsecret, Sainte-Marguerite-de-Carrouges, Saint-Bômer-les-Forges dans l'Orne ou Saint-Léonard-des-Bois dans la Sarthe. Certaines de ces forges étaient d'ailleurs propriétés de Berryer : il y débauchait donc des compétences pour les installer à Tamerville.

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Situé aux confins de trois paroisses (Tamerville, Sauxemesnil, Brix), il n'y a pas de raison que les forgerons n'aient habité que Tamerville.

  • Pour ce qui est de Sauxemesnil, le plus ancien registre conservé est celui de 1676… Précisément l'année d'après la fin vraisemblable de l'activité de la forge. Aucun événement n'y semble faire référence au Fourneau.
  • On ne trouve pas mention de forgeron non-plus dans les registres de Brix.

Quoiqu'il en soit, en 1675, Louis Berryer navigue dans les eaux troubles des hautes sphères politiques versaillaises, ce qui explique probablement qu'il ne se soit plus soucié de remettre sur pied sa forge. En tout, le fourneau n'aurait été en activité que 15 ou 16 ans.

Quant au nom, cela fait bientôt 350 ans qu'il perdure…

Source

  • Cet article est une transposition de plusieurs autres, publiés dans le Wiki généalogique Rodovid

Notes et références

  1. Bulletin du Groupe de Recherches Archéologiques du Cotentin, Septembre 1999, L'établissement métallurgique de Louis Berryer dans le Cotentin à la fin du XVIIe siècle. Gérard Vilgrain, Pages 27 à 30.
  2. Jean-François Belhoste, « La Métallurgie normande : XIIe-XVIIe siècles : la révolution du haut fourneau », Association histoire et patrimoine industriels de Basse-Normandie, 1991, 322 pages, p. 229 (lire en ligne).
  3. Mémoires et procès-verbaux du congrès scientifique de France, vol. 27, n° 1, Paris, 1861.
  4. Charles de Gerville, Etudes géographiques et historiques sur le département de la Manche, Feuardent éd., Cherbourg 1854.
  5. Louis Berryer: agent de Mazarin et de Colbert. François Dornic, Association des publications de la Faculté des lettres et sciences humaines de l'Université, 1968.
  6. Relevé généalogique exhaustif de Tamerville sur Rodovid.
  7. Registre d'état civil de Tamerville, 1668-1776 - E3.
  8. Registe de 1624-1667 vue 56 en haut à gauche
  9. Proche de la croix
  10. Relevé des forgerons de Tamerville dans Rodovid.