Église Saint-Jean-Baptiste (La Mancellière-sur-Vire)

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L'église

L'église Saint-Jean-Baptiste de La Mancellière-sur-Vire est un édifice catholique de la Manche.

Son histoire

La paroisse faisait partie du patrimoine de saint Lô, évêque de Coutances au 6e siècle. En 1056, le duc Guillaume retire la propriété du sanctuaire aux chanoines de l'église Saint-Lô de Rouen pour la rendre aux chanoines de la cathédrale de Coutances.[1]

Sa construction

Le plan très simple de ce sanctuaire élevé au 11e siècle n’a pas été modifié :

  • le chœur est très ancien avec des maçonneries en épi (ou opus spicatum) : côté sud, un pan de mur de 2 m de largeur sur 4 m de haut environ, et surtout côté nord, 6 m sur 5 m (modifiés ultérieurement par l'agrandissement des baies).
  • une petite porte (aujourd'hui condamnée) de style roman avec un arc en plein cintre décoré de double rang de chevrons en dents de scie.
  • à l'intérieur de l'église, deux petites frises romanes à éléments géométriques et des torsades à l'arc triomphal sont de période ancienne, 11e ou 12e siècle.
  • la structure de la nef serait de la même époque que le chœur. On retrouve tant au nord qu’au sud des petites parties de maçonneries en épi.

De nombreuses réfections du 15e au 17e ont modifié l’apparence de cette église : élargissement des baies, reconstruction de murs avec des contre-forts, modification de l’arc triomphal, obstruction de la baie axiale du chœur, suppression de la tribune...

Tout ceci atteste de l’ancienneté de cette construction.

Faute de moyens, l'édifice a échappé aux remaniements en dépit de l'accroissement démographique.

Les vitraux mis en place en 1950, œuvre du maître-verrier Gabriel Loire, couvrent treize baies de l'édifice.

Le clocher

Le clocher en bâtière est de construction plus récente, début 17e siècle. L’on aperçoit une lignée de pierres calcaires travaillées de chaque côté du portail. Ces pierres laissent supposer la récupération de pierres du 12e siècle; des travaux y furent effectués en 1532.

En 1718, le clocher contenait trois cloches qui avaient besoin d'être refondues, comme en fait foi un marché passé entre les paroissiens de La Mancellière et un nommé Baudouin, fondeur en Lorraine. Ce dernier s'engageait à refondre la grosse cloche cassée et les deux autres pour les mettre d'accord moyennant la somme de 80 livres tournois.

Ces trois cloches furent enlevées au cours de la révolution et emmenées, comme la plupart des cloches de la région, à Saint-Lô où elles furent fondues pour faire des canons.

Une nouvelle cloche fut placée dans le clocher en 1809, fondue par les frères Grente de Hambye et bénie par L. Calvez, alors curé de la paroisse. Elle est nommée Joséphine Julie. Une seconde vient la rejoindre le 22 octobre 1989, nommée Thérèse Marie Georgette, et bénie par l’évêque, Mgr Jacques Fihey.

L’intérieur de l’église

La nef.

Le maître-autel serait du 18e siècle. La niche centrale prend forme dans l’ancienne baie axiale du chœur.

Les fonts baptismaux à base hexagonale avec six pédicules hexagonaux (très abîmés) en pierre calcaire sculptée seraient du 16e siècle. On trouve à proximité une cavité de 1,80 mètre de profondeur, dont on ignore la fonction [2].

La charpente de la nef lambrissée, avec poinçons et entraits moulurés soutenus par des corbeaux parfois ornés de têtes humaines en bas-relief, des pointes de diamant sur les longerons côté sud, est de la fin du 15e ou du début 16e siècle. Si le lambris couvre le chœur dans toute sa largeur, il est plus étroit dans la nef au-dessus de laquelle, comme à Gourfaleur, il est posé sur deux légers surplombs latéraux.

L'appareil en opus spicatum atteste de l'ancienneté de la fondation, seules les baies ayant été modifiées aux 14e et 16e siècles.[1]

L’entourage en pierre calcaire de la fenêtre du chœur, côté sud , ainsi que deux piscines à ablutions au haut de la nef sont du 15e ou 16e siècle.

La première sacristie daterait des années 1760. C’est de cette sacristie, construite grâce au don d’un chantre, qu'un érudit écrit que sa construction eut pour conséquence la suppression de la baie romane axiale du chœur. Elle fut agrandie entre 1823-1826, puis reconstruite en 1877 à l'emplacement de l'ancienne d'une longueur supérieure de 1,50 m. et de la même largeur que le sanctuaire [3].

En 1877, le don de deux bienfaiteurs permet de bâtir une nouvelle sacristie à l’emplacement de l’ancienne insuffisante. La longueur 1,5 m de plus que l’ancienne, la largeur égale à celle du sanctuaire, et la hauteur de 3 m.<

Le mobilier, à l'intérieur de l'église une copie, par Rican, d'un tableau du peintre Italien Titien (1488-1576) représente la Vierge à l'enfant et plusieurs saints. Ce tableau est un don de l'État en 1890.

L'église possède également un calice dont le pied est gravé du blason double de l'Empire et de Montijo avec l'inscription « don de S.M. l'Impératrice Eugénie ; 1862 ».

D’autres objets de décoration et de culte, ainsi que les pierres tombales ci-dessous décrites sont signalés dans l’inventaire supplémentaire à la liste des objets classés de 1988. Quant à l’église elle-même, c’est en 2005 qu’elle est inscrite sur l’inventaire supplémentaire des monuments historiques.

Les plates-tombes

Plate-tombe de Philippe Deshée.

L’allée centrale de la nef est pavée de huit pierres tombales en granit. Les inscriptions sont plus ou moins lisibles. Pour la plupart, il s’agit de pierre concernant des prêtres, mais pas uniquement :

  • La 5e, devant la petite porte latérale, très riche d’inscriptions, au centre une couronne torsadée avec à l'intérieur un dessin représentant le personnage en grand apparat, portant une coiffure et une épée, marque de sa charge; tenant dans sa main un marteau et auprès de lui une pile de pièces de monnaie. Elle représente Philippe Deshée (1579-1649), qui fut monnayer ou batteur à l'hôtel des monnaies de Saint-Lô. Son statut lui donnait le droit de porter l'épée.[1]
L'inscription : "CI REPOSE LE CORPS DE Me PHILIPE DESHEE VIVANT MONOYER A ST LO DECEDE LE 4 AVRIL 1649 AGE DE 70 ANS LEQUEL A DONNE PAR TESTAMENT 40 LIVRES DE RENTE A L EGLIZE POUR CELEBRER LA MESSE MATINALE AU DIMANCHE ET 4 OBIZ EST 4 TEMPS".
  • La 6e pierre tombale, plus longue que les autres, est probablement celle de Regnobert Tabard, curé de la paroisse en 1601. Elle comporte une croix grecque et un écu avec un calice et quatre initiales M (maître) R.T. (initiales) P (prêtre). Le millésime est incomplet, ce qui semble vouloir dire que ce prêtre aurait fait graver sa pierre de son vivant, pensant ne pas aller plus loin que 1609 ; mal lui en prit, car en 1619 il préside deux assemblées de paroissiens. Ce n’est qu’en 1623 qu’il est dit feu.

Il est certain que l’emplacement actuel de ces pierres n'est pas celui d'origine, même si au 17e et 18e siècles, il était de coutume d'inhumer de nombreuses personnes dans l'église. En 1858 celle de Philippe Deshée est signalée à l’entrée du chœur avec une autre.

Ces pierres furent de nouveau déplacées, probablement lors de la réalisation d’une aire dans le chœur début du 20e siècle, et regroupées avec l’ensemble des autres au bas de la nef, côté porte et autour des fonts baptismaux de ce côté également. C’est l’endroit où elles étaient au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

En 1947, au moment de la restauration de la nef (sols, plâtres, réfection des bancs et suppression des autels secondaires), elles ont été alignées dans la nef là où elles sont aujourd’hui ; sauf celle de Philippe Deshée, qui fut placée en exposition près de la porte du presbytère. Dans les années 1980, elle est replacée dans l'église.

Notes et références

  1. 1,0 1,1 et 1,2 Le patrimoine religieux du canton de Canisy, collection Itinéraires du patrimoine, septembre 1999, DRAC de Basse-Normandie à l'initiative de la Communauté de communes du Canton de Canisy
  2. À la découverte des mystères qui entourent l'église », Ouest-France, 16 septembre 2017 (lire en ligne).
  3. Source AD50, 300J101.

Liens internes

Lien externe