Église Notre-Dame-de-l'Assomption (Tamerville)

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Église Notre-Dame-de-l'Assomption

L'église Notre-Dame-de-l'Assomption est une église catholique de la Manche, située à Tamerville.

Histoire

Plan schématique des époques de construction

Selon les sources les parties les plus anciennes dateraient des XIe ou XIIe siècle.

Le clocher de l'église est un exemple de l'architecture romane normande [1]. C'est son embase qui montre les caractères les plus archaïques du bâtiment.

Il est constitué d'une tour octogonale, pour certains « la plus belle du Cotentin » [2].

La chapelle nord (Chapelle Saint-Jacques) daterait du XVe.

Des remaniements ont été opérés au XVe, notamment la connexion de la chapelle nord avec la nef.

La nef a été allongée d'une première travée supplémentaire au XVIIe siècle. Cette travée est appelée « portail » par les hommes d'église du moment. On y trouve les fonts baptismaux.

Une façade ouest est ajoutée en surépaisseur au bâtiment au 18e.

Enfin, deux petites extensions au nord et au sud auraient été exécutées en 1855.

Elle est classée Monument historique (MH) le 19 mai 1906 [3].

La chapelle Saint Jacques

Si les Danneville de Chiffrevast, seigneurs et patrons du lieu, ont leur chapelle au château, ils l'ont aussi à l’église.

Initialement cette chapelle Saint Jacques était séparée de l’église paroissiale par un passage à l’air libre d’à peu près 80cm de large, encore visible sur place. Mais dans une campagne de travaux du XVIIème, la chapelle a été réunie à l'église, et forme maintenant quelque chose qui ressemble au bras nord d'un transept, le bras sud étant constitué de la « chapelle sous cloche », au pied du clocher donc.

Aussi appelée parfois chapelle Saint-Sulpice (15e) une idée reçue voudrait qu'elle ait été destinée à recevoir les restes des seigneurs de Chiffrevast [2]. Ce qui est totalement faux, les seigneurs en question ne sont absolument pas enterrés dans cette chapelle, on le verra dans la suite.

L'église comme cimetière

Cette idée reçue dit plus généralement que ce sont seulement les personnalités importantes qu'on enterre dans les églises.

Ce n'est pas le cas, le « bâtiment-église » avait une première fonction : que les paroissiens s'y trouvent à proximité immédiate de leurs morts, autant que possible juste sous leurs bancs.

Autrement dit c’est le sol interne de l’église qui sert de cimetière, l'enclos paroissial étant d'abord réservé aux enfants, aux inconnus et aux étrangers.

Relevé des inhumations dans l'église de Tamerville

  • De 1624 à 1700[4] ce sont 673 enterrements qui sont pratiqués dans l'église pour 1833 inhumations en tout, dont un nombre très sous-estimé de 518[5] enfants ! Le nombre d'adultes inhumés dans l'enclos paroissial est dans tous les cas de figure nettement inférieur à ceux qui le sont dans l'église ! On est loin d'une pratique réservée à l'élite. Encore, l'instauration des taxes vers 1660 commencera à provoquer l'inhumation des plus pauvres à l'extérieur. Au début de la période on trouve des mentions explicites de journaliers enterrés dans l'église.
  • De 1701 à 1718 : 67 enterrements dans l'église
  • De 1719 à 1737 : 70
  • De 1738 à 1760 : 118
  • De 1773 à 1772 : seulement 19
  • De 1773 à 1782 : seulement 19 encore, parce que la pratique est censée être interdite en 1776, même s’il y a encore deux enterrements en 1777…

Répartition sociale des défunts dans l'église

Les actes d'inhumation comportent régulièrement la mention « fosse payée », mais dans le registre particulier de 1668-1676, le prix de la fosse est également souvent mentionné.

  • Dans le « portail », la taxe est de 10 « sols », invariablement.
  • Dans la nef, le prix varie de 10 à 25 sols suivant les années et la proximité du chœur.
  • Dans le chœur, on inhume seulement les « seigneurs et patrons », notoirement avec des pratiques funéraires particulières, comme par exemple l'enterrement des seules viscères ou du seul cœur[6]
  • La « chapelle sous cloche » est réservée aux hommes d'église.
  • Dans la « chapelle saint Jacques » qui est donc la chapelle des Danneville, on enterre les membres de la famille, mais aussi leurs proches dont leurs serviteurs, dont notamment de nombreux porteurs du patronyme Gallien.

Se pose dès lors la question de savoir comment enterrer 966 personnes dans 300 m² (surface approchée de l’église de Tamerville) sachant qu'une tombe occupe peu ou prou 2 m² ? C'est bien-sur en gérant un flux des dépouilles qu'on retire au fur et à mesure des besoins d'emplacements en les transférant dans l'ossuaire.

Description complète de la pratique funéraire

En 1696[7] un acte d'inhumation décrit dans le détail l'ensemble de la pratique funéraire et ses suites à long terme : le Curé Surdive s'y montre pointilleux sur l'état du dallage de son église, au point que l'acte ressemble plus à un descriptif tous corps d'état qu'à une écriture officielle (l'orthographe est celle du curé) :

  1. Roberde Mesnage aagée a peu pres de Vingt huict
  2. ans Mourut femme de Jean guillaume le poictevin
  3. estant decedée le Vingt troizième de novembre mil
  4. six cents quatre Vingt seize fut inhumée le landemain
  5. proche les fonds[8] dans lallée par permission a charge
  6. de replacer les carreaux sans aucune rupture et
  7. [decemment ?] a chaud[9] et a sable et de les maintenir a
  8. droite ligne des autres Jusque le corps puis estre
  9. consommé par moy curé soussigné en p[rése]nces de Jean
  10. guillaume le poictevin son Mary a ce que dessus obligé
  11. et de pierre le poictevin frere dud[it] du Mary de françois
  12. pillet et guillaume gilles l'[O]hier & de plusieurs autres la
  13. quelle permission a esté donnée en la reconnoissance de
  14. la fonda[ti]on de Monsieur Allain son cousin
Signatures de Jean Guillaume Le Poictevin - Le Poictevin - Pillet - G. Lohier - Surdive curé

Les lignes 8 et 9 font sourire : comme le curé Surdive n'utilise aucune ponctuation dans son écriture on pourrait lire : « jusqu'à ce que le corps puisse être consommé par moi curé ». En fait, la malheureuse Roberde Mesnage, décédée prématurément, est bien évidemment enterrée dans l'église « par moi curé » jusqu'à ce que le corps soit « consommé », c'est à dire réduit à l'état de squelette, moment où sa dépouille pourra être transférée dans l'ossuaire, libérant ainsi de la place. C'est son mari qui est tenu de faire replacer parfaitement le dallage de l'église[10].

Bien entendu, l'église de Tamerville use des mêmes rituels et pratiques que toutes les paroisses du diocèse. Si on les a présenté ici, c'est simplement que les données chiffrées - longues à collecter - sont ici disponibles.

Inscriptions lapidaires

L'Église de Tamerville recèle plusieurs inscriptions lapidaires anciennes qui sont d'un intérêt particulier. Autant de (petites) fenêtres ouvertes sur la période où chacune des personnes concernées à vécu sa vie… On leur a consacré une page dédiée.

Mobilier

Épitaphe de Guillaume d'Anneville.
  • Vierge de Piété et saint Jacques (16e s.).
  • Face au portail, on peut voir des statuettes en pierre de saint Christophe et d'un autre personnage qui pourrait être un évêque.
  • Épitaphe de Guillaume d'Anneville,

Notes et références

  1. a. i., Cherbourg et ses environs, la Hague, le Val-de-Saire, Michel Lemonnier éditeur, Saint-Germain-en-Laye, 1964.
  2. 2,0 et 2,1 Cherbourg économique, impr. Jacqueline, Cherbourg, juillet 1960, p. 50.
  3. « Notice n°PA00110616 », base Mérimée (architecture), médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine, ministère de la Culture.
  4. Le détail de ces décomptes est à trouver dans le relevé systématique des registres paroissiaux de Tamerville dans Rodovid site d'études généalogiques. On y trouvera notamment les sources pour chaque inhumation.
  5. Ce nombre est très nettement sous-estimé pour deux raisons
    • De manière générale les hommes d'église ne tiennent pas rigoureusement leurs registres en ce qui concernent les inhumations d'enfants.
    • En particulier, de 1675 à 1728 on constate un vide statistique incohérent, la mortalité infantile étant réputée nulle dans les registres, ce qui est notoirement impossible puisqu'elle dépasse couramment 300 ‰ certaines années. L'explication la plus simple est que les prêtres n'enregistraient plus ces événements trop fréquents. Si on se fie aux années années précédente, avec un calcul au ratio, on estimerait plutôt à 660 le nombre d'enfants décédés sur la période complète.
  6. Exemple : inhumation de Jacques Danneville (1602-1670). Archives de la Manche ­— (BMS) Tamerville 1668-1676 (E2) — Vue : DroiteBas.jpg . L'orthographe est celle du curé.
    1. Le Vingt et Unieme de may i678 fut Inhumé
    2. le chœur de Jacques danneville es[cuye]r seigneur &
    3. patron de Tam[ervi]lle sous les pointes des deux premieres
    4. Tombes du chœur de lad[ite] eglise de Tam[ervi]lle proches
    5. la paroi du costé du septentrion lequel deceda à
    6. paris le cinquieme dud[it] mois & an et fut Inhumé le
    7. corps le landemain a l'eglise s[ain]t serafin. François Michel, curé
  7. Archives de la Manche ­— (BMS) Tamerville 1624 1700 (E3) — Vue : 386DroiteHaut.jpg
  8. proche les fonds = proche des fonts baptismaux
  9. "à chaud" = à la chaux
  10. Les lignes 13 et 14 restent pour l'instant mystérieuses, mais probablement à lier avec le testament de Jacques Alain

Liens internes

Liens externes