Économie de la Manche

De Wikimanche

La Manche est le premier département agricole français, spécialisé dans l'élevage (bovin, ovin, équin) et la culture de fruits (pommes) et légumes (carottes, poireaux, choux fleurs).

La mer draine également une grande activité économique, à travers l'aquaculture et le port de Cherbourg-Octeville (pêche, plaisance, trafic transmanche, commerce, militaire, construction navale).

Depuis 50 ans, l'industrie nucléaire concentre l'emploi dans le Nord-Cotentin autour de trois établissements, appartenant à de grandes entreprises parapubliques : la centrale nucléaire de Flamanville d'EDF, l'établissement de la Naval Group à Cherbourg-en-Cotentin et l'usine de retraitement de la Hague d'Orano.

L'économie manchoise repose enfin sur le tourisme, essentiellement balnéaire et saisonnier.

Données générales

  • Population totale (1999) : 481 471 habitants
  • Population active (1999) : 208 240
  • Revenu moyen par ménage (2004) : 13 593,4 € / an
  • PIB : 10 704 M€
  • PIB / hab : 21 885 €
  • Nombre de demandeurs d'emploi : 19 800 au 31 décembre 2012 ; 18 201 au 31 décembre 2004
  • Taux de chômage : 5,9 % (1er trimestre 1982), 9,5 % (1er, 2e et 3e trimestres 1997), 8,8 % (4e trimestre 2012) ; 6,2 % (2e trimestre 2008) ; 8 % (3e trimestre 2016)
voir l'article détaillé Liste des plus grosses entreprises de la Manche

En 1999, 4 000 Manchois travaillent dans le Calvados (+ 55 % par rapport à 1990) [1].

Chaque Manchois produit annuellement 630 kg de déchets ménagers [2].

Agriculture et pêche

Agriculture

Avec le plus gros cheptel bovin français (745 600 têtes dont 254 000 vaches allaitantes), la production laitière y est dominante (75 % de l'activité agricole professionnelle manchoise), faisant de la Manche le deuxième département laitier de France (5 719 producteurs laitiers en 2004 et 13,5 milliards d'hectolitres produits par an en 2004).

Malgré trois races ovines locales (l'Avranchin, le Cotentin et le Roussin de la Hague), le cheptel est restreint (50 600 têtes en 2003), souvent complément d'un élevage bovin réduit par la mise en place des quotas européens. On trouve également un élevage de porc important, particulièrement dans le Sud-Manche (370 500 têtes, la moitié de la production normande).

La Manche est enfin le premier département pour le cheval, avec 28 650 bêtes et 2 630 éleveurs [3], et une race assine, l'âne du Cotentin. L'élevage de chevaux de course, trot et galop, fait partie intégrante de la culture manchoise, avec de nombreux centres équestres, le Haras national de Saint-Lô, et le Centre de promotion de l'élevage, autour des deux races équines locales, le cob normand et le selle français, et le développement d'une industrie dédiée (fabrication de vans, aliments pour chevaux, sellerie…).

Culture maraîchère

Le Val de Saire et la côte ouest sont les principales zones de culture maraîchère du département. La carotte de Créances est l'une des productions renommées.

voir aussi l'article détaillé Agriculture dans la Manche

Pêche et culture marine

La Manche dispose aussi de plusieurs ports en activité, dont Cherbourg et Granville qui sont les deux premiers ports de pêche bas-normands. Granville a été un grand port de départ pour la pêche à la morue à Terre-Neuve.

Dans les criées de Cherbourg et Granville, on trouve des crustacés (homard, étrille, tourteau, araignée…), des céphalopodes (seiche et encornet) et des poissons (dorade grise, raie, roussette, sole, lieu, bar, rouget barbet, rouget grondin, tacaud, cabillaud et saint-pierre).

La longue zone littorale accueille enfin une grosse activité conchylicole :

  • la mytiliculture avec les moules de bouchot (Mont-Saint-Michel) et moules de pêche (Blonde de Barfleur). Les moules de bouchot de la baie du Mont Saint-Michel sont devenues en 2006 le premier produit de la mer à obtenir une Appellation d'origine contrôlée (AOC) (pour le moment limitée aux zones bretonnes de culture).
  • l'ostréiculture, avec trois terroirs particuliers : l'huître de pleine mer de Blainville, sur la côte Ouest du Cotentin, entre Granville à Portbail ; l'huître de Saint-Vaast-la-Hougue, le plus ancien bassin ostréicole de la région ; et l’huître spéciale d'Isigny, dans la baie des Veys. Les eaux de la Manche fournissent également une grande partie des huîtres qui sont affinées dans le bassin de Marennes-Oléron.
  • la pêche à la coquille saint-jacques (la Normandie, première région de pêche, a obtenu le label rouge « coquille saint-jacques de Normandie » en 2002)
  • la praire et le bulot (Granville), la palourde (Chausey) ;
  • des nouvelles cultures, comme sources de diversification, avec l'ormeau (Gouville-sur-mer), l'oursin, la fissurelle

De plus, l'entreprise Salmona élève des saumons à l’intérieur de la rade de Cherbourg.

voir aussi l'article détaillé Pêche dans la Manche

Industrie

L'industrie n'est pas un secteur traditionnel de la Manche. Ce secteur est surtout composé de petites entreprises, avec quelques spécialisations traditionnelles comme l'agroalimentaire (liée à la forte activité agricole et maraîchère) et la construction navale (essentiellement à Cherbourg). Ces deux filières concentrent à elles seules un tiers de l'emploi industriel du département. Les effectifs manchois du secteur secondaire sont plutôt stables.

Le tissu industriel est assez diversifié, ce qui limite les risques de crise sectorielle importante. Mais le taux de concentration diffère beaucoup entre les bassins d'emploi. Ainsi, le Nord-Cotentin a développé une industrie étatique. Depuis le port militaire et de l'arsenal de Cherbourg, décidés par Louis XVI et Napoléon, jusqu'aux trois industries nucléaires (DCNS, Areva, EDF-Flamanville), fruits de la politique d'indépendance gaullienne, les emplois ont toujours été marqués par les décisions de Paris. L'économie vit donc de grands moments d'expansion, comme dans les années 1970-1980, avec l'ouverture et l'agrandissement de l'usine Cogema et la construction des deux réacteurs à la centrale nucléaire de Flamanville, et des graves moments de récessions, comme à partir du milieu des années 1990, avec le dégraissage à DCN et la fin de contrats à long terme par la Cogéma.

À l'opposé, le Sud-Manche, moins favorisé par l'État, a su construire un tissu de petits entrepreneurs, plus souples face aux crises qu'a vécues la région cherbourgeoise lors du désengagement des commandes publiques nationales et internationales de l'armement et du nucléaire civil. On trouve dans le Sud-Manche des secteurs en croissance comme l’agroalimentaire (Elvir à Condé-sur-Vire, les abattoirs Socopa Viandes de Coutances, AIM à Sainte-Cécile, Cuisimer à Carentan), l’automobile (les carrossiers Lecapitaine à Saint-Lô, Jean Chéreau au Val-Saint-Père et à Ducey, l’équipementier Donaldson à Domjean), la confection haut de gamme (Tricots Saint-James, Louis-Vuitton à Juilley), le carton DS Smith Packaging Normandie à Saint-Amand, Alliora à Saint-Hilaire-du-Harcouët).

L'industrie agro-alimentaire

Le département tire de l'agriculture et de la pêche une industrie de transformation forte, autour des produits laitiers (Lactalis, Bongrain, Elvir, Maîtres laitiers du Cotentin…), de la viande (Socopa, AIM), des fruits et légumes (Soleco), et des produits de la mer (Cuisimer et Nutrimer).

voir aussi l'article détaillé Agroalimentaire dans la Manche

Le textile

Quelques villes disposaient de manufactures, comme à Cherbourg (toiles et draps) ou Villedieu-les-Poêles (dentelles), et des traditions locales (toile d'Hambye). Cette industrie de petites mains a rapidement disparu au début du XIXe siècle au profit d'ateliers mécanisés au sortir de la Seconde Guerre mondiale, comme Socoval puis Miss Burty dans le Cotentin.

Aujourd'hui, à travers les tricots Saint-James, Grandis à Saint-Pair-sur-Mer, et les ateliers Louis Vuitton (installés en 2001 à Juilley pour la maroquinerie de luxe), le Sud-manche vise le secteur du luxe.

voir aussi l'article détaillé Industrie textile dans la Manche

Industrie automobile

Si, contrairement au Calvados, la Manche n'accueille pas de constructeurs automobile nationaux, plusieurs carrossiers du département sont des spécialistes reconnus des véhicules industriels et remorques, à l'image de Chéreau, Lecapitaine et Vans Théault

Construction navale

Cherbourg a développé au XXe siècle un important secteur de construction navale, autant militaire (avec l'arsenal, devenu DCN) que civile (Constructions mécaniques de Normandie, JMV Industries, Allures Yachting, Ajilon engineering, Cherbourg Voiles, Fan…). Mais cette activité a subi fortement la crise de ces dernières années.

On trouve également dans la Manche d'autres chantiers navals ou entreprises spécialisées dans le nautisme, comme le Chantier naval Bernard et Facnor à Saint-Vaast-la-Hougue, Mécanorem à Valognes, Stabmast à Avranches et James Ébénistes à Saint-Laurent-de-Cuves.

voir aussi l'article détaillé Construction navale dans la Manche

Industrie nucléaire

La deuxième moitié du XXe siècle a vu la Manche se spécialiser dans la filière de l'énergie nucléaire, d'abord avec l'arsenal de Cherbourg (aujourd'hui DCNS Cherbourg), qui depuis 1964 produit des sous-marins à propulsion nucléaire, puis l'usine de retraitement de la Hague d'Areva NC, ouverte en 1966, le centre de stockage des déchets nucléaires de l'ANDRA, créé en 1969, et la centrale nucléaire de Flamanville, mise en service en 1986, et qui devrait accueillir dans quelques années l'EPR.

Cette quasi-monoindustrie locale implique une dépendance du Nord-Cotentin à trois établissements et aux décisions de l'État, et induit une fragilité du tissu économique, notamment à travers les sous-traitants. Ainsi, le milieu des années 1990 a vu une baisse d'un tiers de l'activité de la Cogéma et une réduction drastique des effectifs de la DCN qui a marqué profondément l'emploi du bassin de Cherbourg. La dépendance locale au nucléaire est accentué par la politique de Cogema/Areva de possession de ses sous-traitants, comme Mécachimie, les transports Lemaréchal-Célestin

Tirant profit de cette spécialisation de travail en milieu hostile (nucléaire) ou contrôlé (agroalimentaire), un pôle « maîtrise d’ambiance » a été mis en place autour de l'EMA (Ensembliers maîtrise d’ambiance), la Technopole de Cherbourg, le CRITT BNC, des bureaux d’études…

voir aussi l'article détaillé Nucléaire dans la Manche

Services

Infrastructures

Le département étant une presqu'île, il souffre d'enclavement.

La création de la ligne Cherbourg-Caen-Paris, en 1858, ainsi que le développement du port de commerce de Cherbourg, ont favorisé un essor du commerce des produits agroalimentaires (beurres, crèmes, viandes). Mais cette ligne, où fut lancé le turbotrain, n'a été électrifiée qu'au milieu des années 1990, tandis que la ligne Pontorson-Lison (Calvados) ne l'est pas encore entièrement. Une troisième ligne ferroviaire dessert Granville depuis Paris, et l'Orne.

Depuis plusieurs années, les plans de désenclavement sont mis en place. La mise en autoroute de la RN 13 est un projet de longue date. La Nationale 175 relie Caen, Rennes et Nantes par le Sud-Manche, comme l'autoroute des estuaires.

Le département dispose de deux ports de commerce, à Cherbourg et Granville. Cherbourg propose un trafic transmanche passager vers Poole, Portsmouth, Southampton, Rosslare desservis par Brittany Ferries et Irish Ferries. Granville dessert les îles Anglo-Normandes et l'archipel de Chausey.

Ces deux villes disposent également de leurs aéroports (Maupertus et Bréville) desservant l'Angleterre, les îles et Paris, ainsi que quelques destinations touristiques.

Le Conseil général a également lancé un programme de construction d'un réseau haut-débit sur l'ensemble du territoire.

Commerce

Le commerce de détail reste dominant face à la grande distribution. L'habitat dispersé favorise un commerce dense.

Le commerce de gros est aussi important, porté par les ventes de l'industrie agroalimentaire.

Artisanat

Au 1er janvier 2008, l'artisanat représentait 22 595 salariés, pour 7 646 entreprises et 4 752 établissements employeurs [4].

voir l'article détaillé l'Artisanat dans la Manche

Tourisme

Le poids du tourisme, avec un chiffre d'affaires en 2005 à 475 millions d'euros et 9 300 emplois concernés (dont 40,9% sont majoritairement liés au tourisme), est important dans la Manche, même s'il est encore sous-développé, essentiellement de passage et non de séjour.

Les attraits sont multiples, qu’il s’agisse du patrimoine naturel (stations balnéaires, Parc naturel régional des Marais du Cotentin et du Bessin, sentiers des douaniers), culturel (Mont Saint-Michel —deux millions de visiteurs par an—, la Cité de la Mer, mais aussi des festivals comme Jazz sous les pommiers, Les Traversées de Tatihou et Chauffer dans la Noirceur) ou historique (Utah Beach et autres lieux de souvenir de la bataille de Normandie, abbaye de La Lucerne...). Granville est aussi un centre de thalassothérapie.

La Manche est le premier département en offre de gîtes ruraux, et accueille beaucoup de résidences secondaires (70 % de l'offre d'hébergement de la Manche).

voir aussi l'article détaillé Tourisme dans la Manche

Fonction publique

Au 1er janvier 2008, la Manche emploie 30 % des 109 480 agents bas-normands de la fonction publique d’État, territoriale ou hospitalière, chiffre en baisse de 3,5 %[5].

Entreprises leaders

La Manche abrite plusieurs leaders français et européens parmi lesquels ACOME, Chéreau, Facnor, Maisonneuve, Précimarbre, Agrial, Stelmi, Tricots Saint-James, Elvia PCB...

Les 12 plus gros employeurs privés

Rang Société Localisation Activité Effectif
1 Areva NC Herqueville Nucléaire 3 494
2 DCNS Cherbourg-Octeville Construction navale 2 356
3 ACOME Romagny Fabrication de câbles 1 043
4 EDF Flamanville Nucléaire 679
5 Maîtres laitiers du Cotentin Sottevast Produits laitiers 639
6 SIC Normandie-Bretagne Coutances Boucherie 560
7 Soleco Lessay Conserverie 539
8 Louis Vuitton Juilley Maroquinerie 484
9 Elvir Condé-sur-Vire Produits laitiers 480
10 CMN Cherbourg-Octeville Construction navale 419
11 AIM Groupe Sainte-Cécile Boucherie 376
12 Degussa Baupte Industrie alimentaire 330

Source : Insee, 2009

Bibliographie

  • Les possibilités d'implantation industrielle dans le département de la Manche, Comité de développement économique et social de la Manche, 1967
  • Annuaire technique des entreprises du département de la Manche, éd. Manche Expansion, 1969
Articles
  • André Dupont, « Une initiative avranchinaise de portée internationale : la chaîne de distribution Caténa », Revue du département de la Manche, n° 6, avril 1960
  • Anne Fauvet, Pour un renouveau des implantations industrielles dans la Manche, mémoire de stage de l'École nationale administration, 1966
  • « Dépôts de bilans de marchands du XVIIIe siècle de l'actuel département de la Manche », Revue de l'Avranchin et du Pays de Granville, n° 253, décembre 1967, p. 253-257
  • Maurice Lantier, « Le "débousclement" de la Manche », La Manche au passé et au présent, éd. Manche-Tourisme, 1984

Sources

Notes et références

  1. Reflets, magazine de la région, n° 69, décembre 2008-janvier 2009.
  2. Manche Mag', n° 8, décembre 2009.
  3. En Direct du Conseil général, n° 44, janvier-février 2009.
  4. En Direct du Conseil général, n° 43, décembre 2008.
  5. Boris Le Corre, « Un salarié bas-normand sur cinq dans la fonction publique », e pour cent Basse-Normandie, n° 45, juillet 2011.

Liens internes

Liens externes