Révolte des Nu-pieds

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La révolte des Nu-pieds est un révolte paysanne qui s'est exprimée entre juillet 1639 et mars 1640.

Contexte : révoltes paysannes et imposition du sel

Depuis longtemps, le budget royal de Louis XIII est en déficit (58 millions de recettes pour 172 millions de dépenses pour l'année 1639). La pression fiscale est donc augmentée, et à chaque fois, des mouvements de contestation éclatent (à Rouen en novembre 1623, janvier 1628, 1634 et octobre 1635 ; à Caen en mai 1630 et mars 1631 ; à Saint-Lô en janvier 1628 et en 1634 ; à Mortain en 1636 ; à Coutances en 1637...). La révolte paysanne la plus marquante est celle des Croquants, qui éclate dans le Périgord en 1637[1].

La Normandie, une des plus riches provinces du royaume, mais affaiblie par la peste, est mise à forte contribution, mais les villes peinent à payer leur dû[2] . En janvier 1639, le gouvernement décide de supprimer le privilège de « Quart Bouillon » dont bénéficie le Cotentin. Désormais, toute la production est soumise à la gabelle et vendue uniquement dans les greniers à sel royaux, ce qui a pour conséquence de tripler le prix de l'« or blanc ».

Dans le Sud-Manche, la fabrication du sel blanc (extrait dans des salines) occupe de 10 000 à 12 000 personnes, notamment à Vains et Saint-Léonard (110 salines). L'instauration de la gabelle représente donc une sérieuse menace pour leurs revenus, et pour la contrebande, qui fait passer du sel dans les pays de « grande gabelle ».

La colère normande

Amplifié par des agents de troubles envoyés par l'Angleterre et par l'Espagne, le mouvement de mécontentement se transforme en révolte. Partout, la chasse aux officiers de finance, à leurs partisans, est ordonnée. De nombreux et atroces méfaits sont commis sans jugement, ne serait-ce qu'à la moindre rumeur publique.

Le 16 juillet 1639, Charles Le Poupinel, sieur de la Besnardière, lieutenant particulier du bailliage de Coutances, se rend à Avranches pour une affaire privée. Victime d'une rumeur qui le dit à tort porteur de l'édit d'abolition du quart bouillon, il est assiégé dans son hôtel par quatre cents insurgés, armés de bâtons et de pierres. Descendu dans la rue pour détromper les furieux, il est lynché et tué sous le coup de son épée, arraché par un forcené[3] Le lendemain, le percepteur Jean Pourcel est à son tour assassiné.

C'est le départ d'une résistance armée qui va s'organiser sous le titre d'Armée de souffrance et de Nu-Pieds, puisque marchant pour la récolte de sel sans sabots ni souliers. L'armée, composée des sauniers, boidrots et autres plombs (noms empruntés aux habitudes des salines), prend pour chef Jean Quetil, rebaptisé Jean Nu-pieds, et comme secrétaire un prêtre surnommé colonel des Mondrains.

Les saulniers et les porteurs de fagots, directement menacés par la disparition des distilleries d'eau de mer, sont rejoints par des paysans, manœuvriers, avocats, robins, curés et vicaires, hobereaux paupérisés et petits nobles, mais aussi des citadins pauvres, parmi lesquels on trouve des artisans, petits commerçants et ouvriers[4]. Cette infra-société, ou société miniature, s'organise autour de la cellule paroissiale avec le tocsin pour alerte et le prêtre comme prône, et de la sergenterie, regroupement de plusieurs dizaines de paroisses[4].

De l'Avranchin, où 37 des 97 paroisses de l'élection apportent un homme apte sur deux à l'armée insurgée, la révolte se propage vers le Coutançais et le Domfrontais[4].

L'histoire ligueuse de la Normandie, et une ferveur religieuse (portée notamment vers saint Jean le Baptiste) alimente le mouvement. De plus, l'idée d'indépendance comme aux temps de ducs et au nom de la Charte aux Normands s'exprime dans un « localisme normand, véritable création hic et nunc du génie bocager »[4].

Ainsi, contrairement à d'autres soulèvements ruraux de cette époque, les Nu-pieds n'affrontent pas les seigneurs, mais le fisc et ses agents collecteurs enrichis sur le labeur ou la misère des paysans : « mêlant, inextricablement communalisme et localisme, la révolte des Nu-pieds ne remet pas en cause les bases même de la société.[4] ».

La répression royale

Dès lors, sur ordre de Richelieu, un détachement de l'armée de Picardie commandée par le général Jean de Gassion vient réprimer cette révolte. Celle-ci est finalement écrasée le 30 novembre 1639 à Avranches où les insurgés se sont réfugiés. Trois cents d'entre eux y sont tués, 200 sont arrêtés et jugés alors que quelques-uns qui tentent de s'échapper par les grèves, sont surpris par la marée montante et se noient.

Comme sanction royale, Richelieu ordonne que les villes normandes concernées perdent leurs privilèges. Par contre, le cardinal de Richelieu ne fait pas appliquer le décret qui doit supprimer le privilège de Quart Bouillon. Celui-ci fonctionnera jusqu'à la révolution de 1789.

Notes et références

  1. Chronologie par Oliver Jouault, dans [Didacdoc 15 - Relation de la répression de la révolte des Nu-pieds, service pédagogique des Archives départementales de la Manche, janvier 2011.
  2. Janvier 1638 : L’élection de Coutances doit encore 2 516 livres sur l’année 1635 et 36 628 livres en 1636.
  3. Amable Floquet, Histoire du Parlement de Normandie, Volume 4.
  4. 4,0, 4,1, 4,2, 4,3 et 4,4 Emmanuel Le Roy Ladurie, « Madeleine Foisil, La révolte des Nu-pieds et les révoltes normandes de 1639 », Annales, Économies, Sociétés, Civilisations, Volume 28, Numéro 3, 1973, p. 795-799.

Bibliographie

  • Madeleine Foisil, « La Révolte des Nu-pieds et les révoltes normandes de 1639 », Travaux du Centre de recherches sur la civilisation de l'Europe moderne, fasc. 7, Publications de la Faculté des lettres et sciences humaines de Paris-Sorbonne, tome 57, 1970