Histoire de Saint-Lô

De Wikimanche

Description générale

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Saint-Lô n’a guère livré de vestiges de son passé antique. Pourtant, de par sa situation géographique, le site a certainement été occupé assez tôt. Plusieurs éléments militent en faveur de cette hypothèse. Nous les passerons en revue afin d’évoquer au mieux son histoire.

Saint-Lô s’est développé autour de deux pôles attestés historiquement, le pont franchissant la Vire[1] et la voie gallo-romaine reliant Augustodurum (Bayeux) à Cosedia (Coutances). La plupart des voies dites gallo-romaines étaient des axes de communication déjà établis par les Gaulois. Le nom antique de Saint-Lô, Briovère (Pont sur la Vire, dérivé du gaulois briva, pont, et l’ancien nom de la Vire)[2], nous permet d’inférer que le pont en question était le monument marquant du site, ce même site ne devait donc vraisemblablement posséder aucune fortification d’importance. On peut en déduire, de par l’étymologie, que cette voie existait préalablement à la conquête de la Gaule par Jules César. Ce point de passage, permettant d’aller de Bayeux à Coutances (villes mentionnées dans plusieurs sources antiques[3] à la différence de Briovère) a longtemps été le seul moyen de rejoindre le nord du département. Le Cotentin se transformant régulièrement en presqu’île à cause de l’effet des marées conjugué à la présence de zones marécageuses, obligeait les voyageurs désirant se rendre facilement dans cette partie du département à faire soit un détour par Briovère et son pont, soit à emprunter les périlleux Veys (Grand et Petit) de la baie du même nom.

Si l’on admet cette première hypothèse faisant de Saint-Lô le dernier point de passage permettant de franchir la Vire à pieds secs avant Isigny (il n’est pas fait mention des gués, tel celui du Rouloux-Godard, situé à peu de distance en aval de Saint-Lô et près duquel on trouva au XIXe siècle des monnaies gallo-romaines, un mortier en sigillée, une épée ainsi qu’un casque en bronze. De Gerville, Études géographiques et historiques sur le département de la Manche, Cherbourg, 1854. Réédition aux éditions de la Tour de Gile, 1990 (voir à l’article Rampan). Kanapell V., Notice sur un vase gallo-romain trouvé dans la Vire, près de Saint-Lô, Société d’archéologie de la Manche, Mémoires et documents, 1878-1880.), agglomération à proximité de laquelle passait le chemin Haussé (grande voie gallo-romaine gagnant le centre de la Gaule.), on peut y admettre une occupation humaine. De plus, le site en lui-même s’y prête admirablement. L’éperon rocheux dominant la vallée de la Vire ainsi que le pont aurait pu accueillir une petite fortification permettant le contrôle de ce double point de passage (ainsi qu’un marché ?). Car si le pont facilite les échanges est-ouest, la Vire, à la fois axe de communication et voie fluviale permet pour sa part les échanges nord-sud. On peut raisonnablement penser que les Gaulois qui occupaient ce site, qu’ils soient Unelles ou Baiocasses, aient songé sinon à le fortifier, du moins à l’occuper significativement.

Un lieu de passage, contrôlant l’accès au nord du département des voyageurs et des commerçants, est déjà une raison suffisante pour occuper ce site. Le fait qu’il se situe aux frontières de deux tribus voisines, les Baiocasses et les Unelles, serait une raison supplémentaire. Une question se pose : à quelle tribu faut-il attribuer le territoire de Saint-Lô ?

En rouge sont localisés les Unelles ainsi que les peuples voisins

Carte représentant une partie de la Basse-Normandie actuelle avec les principales voies gallo-romaines et les villes figurant sur la carte de Peutinger (à l'exception de Briovera et du toponyme "Vieux Saint-Lô"). Les chiffres romains situés le long de ces voies indiquent les distances, mesurées en lieues gauloises (la lieue gauloise équivaut à environ 2 222 mètres), entre les villes telles que mentionnées sur la carte de Peutinger.

La table de Peutinger

La table de Peutinger est une copie médiévale d'une carte de l'empire romain. Elle a été trouvée à Worms en Allemagne à la fin du XVe s. par Konrad Celtes et léguée par ce dernier en 1508 à Konrad Peutinger, greffier municipal d'Augsbourg. La copie médiévale date du XIIIe s. L'original romain a pu être réalisé vers 365, peut-être par Castorius, géographe et philosophe romain.

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Au IIe siècle de notre ère, les tribus gauloises sont désormais des civitates (Civitas : unité politique et administrative composée par une ville et ses environs. A ne pas confondre avec le chef lieu de cité qui est le centre politique et administratif d’une cité). Pour notre département nous aurions ainsi Legedia (Avranches) pour les Abrincates et Cosedia/Alauna (Coutances/Valognes) pour les Unelles. Dans l’état actuel des recherches il semble admis que ces deux dernières aient pu jouer ce rôle alternativement. Il faut inclure dans cette liste Crociatonum (Carentan / Saint-Côme-du-Mont). En tout état de cause, au Ve siècle, la Notitia Galliarum (Liste administrative composée vers 400 recensant les 17 provinces et 115 cités des Gaules sous l'Empire romain tardif) évoque deux cités pour la Manche, Avranches et Coutances.

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La plupart du temps les hommes de l’époque se servaient d'éléments naturels pour délimiter tel ou tel endroit, frontière, etc. Il semble que la Vire ait joué ce rôle (la toponymie l’atteste par la présence du toponyme yvrande, com. de Saint-Ebremond-de-Bonfossé, issu du gaulois equoranda, limite d’eau), dans ce cas et au vue des éléments dont nous disposons, il paraît probable que le territoire de Saint-Lô, situé sur la rive droite de la Vire ait appartenu aux Baiocasses, puisque jusqu’à l’épiscopat de Saint Laud , il dépendait de la cité de Bayeux. Et c’est justement Laud qui procéda, selon les sources, à l’intégration de ce domaine au diocèse de Coutances, par le biais d’un échange avec l’évêque de Bayeux (Exemption de Sainte-Mère-Église) (On peut s’interroger sur les motifs d’un tel échange. Peut-être faut-il imaginer Saint Laud natif du diocèse de Bayeux (et non du pagus Constantiensis) une fois élu évêque de Coutances intégrant ce domaine au diocèse dont il avait la charge ?).

Pour synthétiser, le territoire situé sur la rive droite de la Vire (Signalons que certains historiens semblent penser que les deux rives d’une même rivière aient pu être aux mains d’une seule et même tribu.) aurait appartenu aux Baiocasses, et ceux-ci auraient pu fortifier le site de Saint-Lô afin de contrôler ce point de passage favorisant les communications est-ouest et nord-sud par route et voie fluviale. Ce point de passage, lieu d’échanges commerciaux certainement non négligeables aurait ainsi pu être protéger par un oppidum (Si le site possédait un oppidum celui-ci aurait appartenu à ceux de type belges, situés au nord de la Seine, forteresses de type Fécamp. Mais ceux-ci pouvaient également jalonner les cours d’eau. C’est d’ailleurs la même constatation pour le camp de Saint-Jean-de-Savigny.) ou à tout le moins une ferme fortifiée matérialisant ce point de contrôle et cette limite de territoire.

Tout ceci ne reste que conjectures en l’absence de découvertes archéologiques probantes. Découvertes qui, du reste, restent peu probables, du moins sur le site de la ville actuelle, en raison des bombardements de la Seconde Guerre mondiale.

Saint-Lô, préhistoire

La découverte, place de la Mairie, en 1878 d'une structure en pierres juxtaposées à sec fait penser à un cairn funéraire, caractéristique de la période du néolithique moyen II en Basse-Normandie (vers 4000 avant notre ère).

Saint-Lô gaulois

Une monnaie semble y avoir été trouvée[4]. À notre connaissance, on ne dispose d’aucune information complémentaire.

Saint-Lô gallo-romain

Les Unelles du Cotentin sont battu au Mont Castre par les légions romaines de Quintus Titurius Sabinus en 56 av. JC.

La présence de nombreuses monnaies constitue un des indices les plus marquants d’une occupation gallo-romaine du site. Concernant ces découvertes monétaires, nous pouvons nous risquer à une constatation (quelque peu hasardeuse étant donné le faible nombre de monnaies retrouvées).

Si l’on se reporte au tableau figurant en annexe, deux traits se dégagent. La plupart des monnaies appartiennent à deux périodes. La première correspond à celles des empereurs usurpateurs (235 – 284), laps de temps durant lequel l’Empire romain connu une crise assez forte, du fait des premières incursions barbares ; l’autre nous livre des monnaies contemporaines des règnes de Constance Chlore (Il fut celui qui vainquit Carausius ainsi que son successeur Allectus qui avait réussi à constituer un état indépendant en Bretagne (Angleterre) et sur une partie du continent) et de Constantin (293337), période de reprise en main par le pouvoir impérial. Citons aussi un dépôt monétaire du IVe siècle[5].

La position géographique de la ville aurait pu en faire une sorte de relais routier, de type mutatio (relais, environ tous les 10 kilomètres) ou mansio (gîte d’étape, tous les 40 – 50 kilomètres), situé sur l’axe Bayeux-Coutances. L'archéologie nous apprend l'existence d'une voirie gallo-romaine sur la commune d'Agneaux, ce réseau antique se retrouve également dans les textes médiévaux puisque le Livre Rouge de l'Hôtel-Dieu de Saint-Lô mentionne un "Chemin Chaussé" sur la paroisse d'Agneaux. Ce chemin suivait le tracé de l'ancienne route de Coutances, "au temps où celle-ci empruntait la Cavée d'Agneaux". Les titres du XVIe siècle l'appellent "le Chemin Chaussé ou grand chemin de Coutances". Cette même situation permet d’envisager l’établissement d’un petit port de commerce sur les bords de la Vire.

L'alimentation en eau aurait pu être sinon assurée, du moins complétée, par la présence d'un aqueduc (creusé dans le rocher et recouvert de pierres plates destinées à protéger une canalisation en terre cuite) dont le point de captage semblerait se situer à l'est de la ville. C'est en détruisant cet aqueduc que les Normands seraient parvenus à prendre la ville en 890. Cet événement précis n'est, à notre connaissance, relaté dans aucune source contemporaine des faits.

Il convient également de mentionner la présence d’un toponyme singulier sur la "paroisse de Semilly", Le Vieux Saint-Lô[6]. Il semble que ce toponyme ait complètement disparu des mémoires aujourd’hui. Saint-Pierre est érigé officiellement en paroisse en 1778. Auparavant, prédominance de La Barre, même si [[Saint-Pierre possédait également son église paroissiale, des fonts baptismaux, un trésor et un cimetière particulier. Cela laisse penser que nous pourrions être sur un site d’occupation d’une certaine importance, contemporain de Briovère à l’époque gallo-romaine. Les nombreuses substructions rencontrées sous le presbytère actuel de Saint-Pierre de Semilly ainsi que les nombreuses monnaies qui y ont été trouvées au XIXe siècle pourraient faire penser à un vicus ou à un sanctuaire suburbain de type celtique. Nous pourrions ainsi être en présence d’un site présentant des analogies avec Lisieux / Le Vieux Lisieux (Calvados) et Evreux / Le Vieil-Evreux (Eure). La faible distance (6 kilomètres) entre Saint-Lô et Saint-Pierre de Semilly pourrait matérialiser les rapports privilégiés qui auraient pu exister entre les deux sites. L’un à caractère économique avec la Vire comme voie de navigation et l’autre à vocation religieuse (Saint-Pierre de Semilly se trouve placé au commandement d'un passage obligé de la voie Nord-Sud qui, venant d'Isigny, menait à Torigni puis à Vire, à égale distance (700m environ) de la route de Saint-Lô à Bayeux, au Nord, et de "l'ancien chemin de Saint-Lô à Caen" ou de "l'ancienne grande route de Caen", selon les cadastres, au Sud. Différents indices montrent que plus anciennement, avant l'établissement des étangs et de la chaussée, la voie traversait la vallée à gué au même endroit. À partir de ce passage, une voie en cavée escalade le coteau méridional, passe auprès du "hameau du gibet" et rejoint l'ancienne route de Caen qui forme la frontière de Saint-Pierre-de-Semilly au Sud en longeant Le Parc.) avec des foires annuelles, alliant croyance et négoce[7]. On trouve un cas similaire au Vieil-Evreux qui se développe parallèlement à Mediolanum Aulercorum / Evreux au début du Haut Empire.

Briovère se serait particulièrement développée au IIIe siècle ainsi que semble l’attester les monnaies retrouvées, et aurait ainsi constitué une sorte de gros "vicus routier". Sous les empereurs Constance-Chlore et Constantin, après un contexte perturbé, une fortification aurait pu être édifiée pour protéger la ville, comme c’est classique pour la Gaule de cette période (Bien que l’on ne distingue aucune trace d’une quelconque construction d’origine gallo-romaine dans les remparts actuels.). Ce rempart encore existant au VIe siècle pourrait expliquer que les évêques Léontien (qui se dit ex civitata Briovere) et Laud (Episcopus ecclesiae Constantinae vel Brioverensis) se réfèrent aux deux villes, et que Saint-Lô ait pu servir de ville-refuge durant des périodes troubles, Coutances gardant son rôle prééminent de siège épiscopal.

La tradition qui veut que ce soit Charlemagne qui ait décidé la fortification de l’éperon rocheux, aurait, dans cette hypothèse, quelque peu embellit les faits. Charlemagne se serait seulement contenter de faire renforcer des remparts déjà existants, c’est ce que semble suggérer le chanoine Houel dans son Histoire de la ville de Saint-Lô.

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Saint-Lô mérovingien

On ne trouve aucune mention de Briovère avant le début du VIe siècle, époque à laquelle Léontien (Leontianus), évêque de Coutances se dit ex civitate Briovere. Le premier évêque attesté de Coutances assiste au concile d'Orléans, premier concile des Gaules, convoqué à la demande de Clovis en 511. On peut noter que Briovère est qualifié de civitas. Cependant on peut se risquer à quelques hypothèses en s’appuyant notamment sur les découvertes archéologiques faites au XIXe siècle.

Au regard de ces constatations, et en fonction de ce que l’on sait des rites funéraires du Bas Empire et de l’époque mérovingienne, voici les projections que l’on peut élaborer pour retracer le passé antique de la ville et éventuellement déterminer si l’actuelle église Sainte-Croix a pu prendre le relais d’un édifice antérieur, édifié par une communauté paléochrétienne présente à la fin du Bas Empire.

On distingue deux grands types de nécropoles mérovingiennes. Tout d’abord les nécropoles suburbaines. Celles-ci sont situées en dehors des murs de la ville et elles perpétuent l’utilisation des anciens cimetières romains. Cas différents, celui des nécropoles rurales. Celles-ci sont très souvent de fondation récente sans aucun lien avec celles qui les ont précédées. On a constaté cependant l’existence d’une catégorie intermédiaire, celle des nécropoles dépendant d’agglomérations secondaires, de type gros vicus (Vicus : (pluriel vici) ensemble de maisons souvent avec un temple formant un hameau. Certains vici sont à l'origine des villages ou villes actuels.), catégorie dans laquelle nous proposons d’inclure Briovère. Dans ce cas, la plupart du temps, il semble que les cimetières soient toujours situés sur le même emplacement, c’est à dire le long des voies menant à l’agglomération.

Au IVe siècle le christianisme n'est pas encore très diffusé dans ce qui deviendra la Normandie, exception faite de Rouen, ville dans laquelle un évêché est attesté dès 314 puisque Avitianus, évêque de Rouen, assiste au concile d’Arles. Cependant, un siècle plus tard, la nouvelle religion semble avoir atteint la côte occidentale de notre département (Baptistère de Portbail et érection de Coutances comme évêché) ; d’autre part Avranches semble avoir été élevé au rang de cité épiscopale dès la fin du IVe siècle selon Daniel Levallet.

Pour évoquer au mieux cette époque, il faut compléter la vision de la ville par un autre pôle. Au possible oppidum, à la voie gallo-romaine et au pont ajoutons la nécropole gallo-romaine.

Comme nous l’avons fait remarquer précédemment, les nécropoles mérovingiennes dépendant des agglomérations secondaires perpétuent l’utilisation des cimetières antiques. Les nécropoles du Bas Empire étaient situées le long des routes. Si l’emplacement n’a pas varié, les coutumes funéraires ont cependant changé au cours des temps. Les Francs qui pratiquaient l’incinération en s’installant dans nos régions se mirent à pratiquer l’inhumation habillée (jusqu’au début du VIIIe siècle) coutume funéraire gallo-romaine en cours depuis la fin du Bas Empire et déjà en usage chez les populations autochtones. Le seul apport que les Francs apportèrent fut l’accroissement des offrandes funéraires, celles-ci venant en complément de l’inhumation habillée, pratique qu’il convient d’interpréter plus comme une perspective sociale que religieuse.

La découverte d’une sépulture place Sainte-Croix, ainsi que celles de plusieurs sarcophages, laisse à penser que nous sommes en présence d’un site d’inhumation ayant pu succéder à la nécropole du Bas Empire. En effet la voie gallo-romaine joignant Bayeux à Coutances passait vers l’extrémité sud-est de l’actuelle place Sainte-Croix. Le mobilier livré par cette sépulture nous autorise à quelques constatations, malgré notre ignorance du contexte archéologique de la découverte.

Nous sommes visiblement en présence d’une sépulture féminine comme pourrait l’attester le fragment de cristal de roche, objet typique de la parure des femmes franques fréquent dans les sépultures de haut rang. Le cristal de roche employé comme bijou était suspendu à la ceinture. Il est surtout employé entre la fin du Ve et la fin du VIe siècle. Nous pourrions donc être en présence de la sépulture d’une femme de la noblesse locale ayant vécue entre 525-565 et après. En effet, dans la tombe fut retrouvée, outre le fragment de cristal de roche, un anneau d’or portant l’inscription « Laud », il pourrait s’agir de l’hypocoristique de Laudus, deuxième évêque de Coutances et de Saint-Lô (Souscription de Lô au 5e concile d’Orléans (549) : episcopus ecclesiae Constantinae vel Brioverensis. Il est possible que, comme Exmes pour Sées, Briovère ait servi de refuge à l’évêque de Coutances pendant une période troublée. Doit-on voir à Saint-Lô un rempart couronnant l’éperon rocheux, puisque l’on pense que Coutances n’avait pas reçu de fortifications ? ). Cet anneau confirmerait ainsi la datation obtenue par la présence du cristal de roche.

Les sarcophages découverts également place Sainte-Croix, faute d’observation du contexte archéologique et d’élément descriptif ne nous permettent aucune hypothèse. Tout au plus peut-on rappeler brièvement l’histoire de leur utilisation.

Comme le précise Patrick Périn[8], l’utilisation de sarcophage au début de la période mérovingienne, tout comme à la fin de la période romaine, se cantonne essentiellement au milieu urbain, et elle est toujours révélatrice d’un certain niveau social. À contrario, leur usage en milieu rural, dans les campagnes du nord de la Gaule, n’apparaît pas avant 550. Leur emploi cesse progressivement au cours du VIIIe siècle, " non pour des raisons économiques, techniques ou sociales, mais en raison de l’évolution des coutumes funéraires. En effet les progrès de la christianisation ainsi que la substitution progressive de l’Église à la famille en ce qui concerne les coutumes funéraires conduisent à la disparition des cimetières extensifs, avec juxtaposition de tombes individuelles, au profit d’accumulations de tombes ad sanctos qui excluent désormais les sarcophages ".

Pour compléter cet état des lieux signalons la présence vraisemblable d’un atelier monétaire mérovingien. Un monétaire du nom d’Ebroald est attesté par la numismatique[9].

Saint-Lô carolingien

C’est probablement à cette époque que Briovère prend le nom de Saint-Lô. Vers 800, nous dit la légende, Charlemagne aurait fait fortifier la ville. Ce château ressemblait à ceux de l’époque franque, avec son éperon barré d’un fossé, englobant une superficie de 5 hectares[10].

En août 867, Charles le Chauve par le traité de Compiègne donne à Pascweten, « en tant que délégué de Salomon, le comté de Cotentin (comitatum Constantini) avec tous les fiscs, domaines royaux et abbayes ainsi que tout ce qui lui appartient en quelques lieux que ce soit, à l’exception de l’évêché et il le confirme par le serment de ses grands ; de la part de Salomon, il reçoit du susdit délégué serment de fidélité et de paix ainsi que d’aide apportée contre ses ennemis, sous la condition que Salomon et ses fils tiennent ce don en même temps que ceux qu’il tenait auparavant et qu’ils demeurent fidèles au roi Charles et à son fils ». Saint-Lô, pour un temps, entre dans le royaume de Bretagne.

En janvier 890, la ville, défendue par Listus, évêque de Coutances, est prise par les Scandinaves qui massacrent ses habitants. Saint-Lô retrouve son antique fonction de ville-refuge, protégée qu’elle était par ses fortifications.

Notes et références

  1. le nom de la rivière Vire est attesté, pour la première fois, dans un texte du VIe siècle : " vallis fluvii qui Viria dicitur " (la vallée du fleuve que l’on appelle Vire)
  2. "Les noms de rivière présentent un complément d’intérêt lorsqu’ils se sont appliqués aussi à des agglomérations établies le long de leur cours ; il y a là un très ancien processus de désignation des lieux habités qui a pris naissance avec la sédentarisation de l’homme préhistorique, de tels noms étant souvent localisés au point de franchissement des cours d’eau par les itinéraires antiques." François de Beaurepaire, Les noms des communes et anciennes paroisses de la Manche, Picard, Paris, 1986
  3. Citons la Table de Peutinger, l’Itinéraire d’Antonin et la Géographie de Ptolémée
  4. D. Bertin, Préliminaire à une étude de l’Âge du Fer en Normandie, Inventaire et répartition des sites du Hallstatt et de la Tène, Annales de Normandie, décembre 1975
  5. D. Bertin, Introduction à une étude de l’époque gallo-romaine en Basse-Normandie, carte de répartition des voies et des sites gallo-romains de Basse-Normandie, Annales de Normandie, janvier 1975. Il s’agit probablement des monnaies retrouvées dans le cimetière avant 1859, CAG 50
  6. "Il y a néanmoins à une lieue de Saint-Lô, vers le Levant, en la paroisse de Semilly, quelques vestiges d’une ancienne ville, ou château, que les habitants appellent le Vieux Saint-Lô, où l’on a trouvé et trouve-t-on encore fort souvent des médailles très anciennes, et même des premiers Empereurs." René Toustain de Billy. Mémoires sur l’histoire du Cotentin. Villes de Saint-Lô et Carentan. Réédition. Editions Culture et Civilisation. Bruxelles. 1976. page 4
  7. Claude Lemaitre. "Le Vieux-Lisieux, ville ou sanctuaire suburbain ? Les villes et leurs faubourgs en Gaule romaine". Dossiers d’archéologie, n° 237, octobre 1998, pages 58 à 63
  8. Pierre Riché, avec la collaboration de Patrick Périn, Dictionnaire des Francs, les temps mérovingiens, Bartillat, Lonrai, 1996
  9. Triens publié par M. Le Cointre-Dupont dans Histoire Monétaire de la Normandie
  10. Pierre Baudouin, La première Normandie, Xe – XIe siècle, Presses Universitaires de Caen, Caen, 2004, p. 127

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