Frédéric VIII à Cherbourg (1907)

De Wikimanche

La reine du Danemark débarque du yacht royal au bras du Président Fallières. Derrière, le roi Frédéric VIII avec Georges Clémenceau.

Le roi du Danemark Frédéric VIII, et la reine Louise sont reçus à Cherbourg en visite officielle le 14 juin 1907.

Frédéric VIII a alors 64 ans. Il règne sur le Danemark depuis un an et demi. Sa femme a 55 ans. Ils sont mariés depuis trente-sept ans.

Le président Fallières à l'hôtel-dieu

Le président de la République Armand Fallières vient accueillir en personne les souverains danois à Cherbourg [1]. Il arrive en train à 7 h 10, salué par 101 coups de canon tirés du fort du Roule [2]. Accompagné de Georges Clemenceau, président du Conseil, et de Gaston Thomson, ministre de la Défense, il est accueilli sur le quai de la gare par Albert Mahieu, maire, qui lui souhaite la bienvenue [3]. Le « ciel noir et l'inévitable crachin cherbourgeois » sont au rendez-vous [3].

Le temps étant compté, le maire de Cherbourg a souhaité qu'il n'y ait pas de réception à l'hôtel de ville et que le président de la République visite l'hôtel-dieu, « asile des misères et des souffrances », comme il le dit lui-même [3]. Le cortège officiel se forme aussitôt. Le landau présidentiel est tiré par six chevaux montés par des artilleurs [3]. Il est précédé par un peloton de gendarmes à cheval et un escadron de dragons venu de Dinan et suivi par vingt-cinq voitures [3]. Il emprunte le quai Alexandre-III, le pont tournant et la rue du Val-de-Saire, décorées par la municipalité et les particuliers [3]. « Les troupes de ligne forment la haie sur tout le parcours » [3].

À l'hôtel-dieu, Armand Fallières est accueilli par M. Ringard, vice-président de l'hôpital-hospice [4]. Il visite quelques salles, s'entretient avec plusieurs malades, dévoile une plaque commémorative, signe le livre d'or de l'établissement et félicite le personnel.

L'accueil des souverains danois

Les autorités françaises attendent l'arrivée des souverains danois.

Le cortège se rend à l'arsenal, où il arrive à 8 h 15 [3]. Place Bruat, l'artillerie montée lui rend les honneurs. Il rejoint le quai Sané « entre deux lignes de marins et de soldats d'infanterie coloniale » et monte à bord de L'Élan, accompagné du maire de Cherbourg et d préfet de la Manche [3]. Le bâtiment appareille à 8 h 30 sous un ciel gris et menaçant » [3]. Au passage du Président, les navires regroupés dans la rade tirent vingt-et-un coups de canon. « Les marins rangés sur les lisses et les passerelles poussent les cris “Vive la République” » [3].

L'Élan gagne la passe de l'ouest dans une « mer est légèrement houleuse » et sous « une petite pluie fine et pénétrante tombe continuellement » [3]. À 9 h, le yacht royal danois Victoria and Albert apparaît, suivi de trois croiseurs cuirassés anglais [3]. Le président de la République monte à bord du voilier. Il est accueilli par Frédéric VIII. Les deux hommes se donnent l'accolade [3].

Revue navale

La revue navale commence. Elle regroupe 23 bâtiments de guerre français appartenant pour la plupart à l'Escadre du Nord, dont six croiseurs-cuirassés et 11 contre-torpilleurs [2]. Chaque navire français tire vingt-et-un coups de canon. Le Victoria and Albert s'avance lentement en rade, suivi de son escorte, et passe entre les navires français impeccablement alignés, où l'on remarque les croiseurs cuirassés Léon-Gambetta, Jeanne-d'Arc et Amiral-Aube [3]. « Au passage du yacht, les hommes de chaque navire poussent sept fois le cri de Hourrah. », tandis que « les tambours et les clairons battent et sonnent aux champs » [3]. Tout est terminé à 10 h 25 [1].

Le yacht royal s'amarre au quai Sané. Armand Fallières descend le premier, donnant le bras à la reine, le roi suit [3]. Le roi est en uniforme d'amiral anglais, tandis que la reine est vêtue d'un long manteau beige, rehaussé d'une fourrure, avec aigrette blanche et voilette noire [4]. Ils sont accueillis par Albert Mathieu et l'amiral Besson, préfet maritime [3]. Un fastueux déjeuner est servi dès 10 h 30 dans le hall vitré des Mouvements généraux, rythmé par la musique d'infanterie de marine [3]. Au menu : cantaloups frappés au sherry, truite argentée des lacs à l'aurore, jambon d'York parisienne, cantons bigarrade, carrés de pré-salé Maintenon, granité à la cerise, spooms au kirsch, poulardes de la Brie truffées rôties, demoiselle de Cherbourg mimosa, petits pois à la française, glaces Pompadour et gaufrettes [4]. Le repas a été préparé par la société Potel et Chabot, de Paris, qui a amené tout sur place par train, ainsi que huit cuisiniers et deux fleuristes [1].

Le train présidentiel, amené dans l'arsenal, attend déjà les officiels. Armand Fallières offre à la reine Louise une corbeille de roses et d'orchidées « haute de deux mètres cinquante ». L'embarquement a lieu à 11 h 20 . Le train roule vers Paris, où va se poursuivre la visite officielle des souverains danois. Pendant ce temps, un banquet est servi à la presse à l'Hôtel de France. La population locale est associée à la visite royale et présidentielle par des fêtes étalées sur trois jours.

À en croire la presse locale, le président Fallières a conquis la sympathie de la population cherbourgeoise. Cherbourg-Éclair relève qu'il est apparu comme « un homme d'un esprit élevé, d'un cœur généreux, et son extrême simplicité de caractère, son affabilité même, lui ont valu l'accueil chaleureux » [4].

Les fêtes présidentielles

Les souverains danois et le président de la République partis, la fête se poursuit. À 16 h, la musique du Léon-Gambetta donne un concert place de la République [5]. Vers 17 h, la foule assiste près du bassin du commerce à l'envol du ballon de M. Cormier, baptisé « Président-Fallières » [5]. En soirée, malgré le froid et le vent, une foule nombreuse assiste à l'illumination des bâtiments de l'Escadre du Nord, ponctuée par une canonnade [5].

Notes et références

  1. 1,0 1,1 et 1,2 « Les fêtes de Cherbourg », L'Ouest-Éclair, 14 juin 1907, n° 3075.
  2. 2,0 et 2,1 « Le président Fallières à Cherbourg », Cherbourg-Éclair, n° 2520, 12 juin 1907.
  3. 3,00 3,01 3,02 3,03 3,04 3,05 3,06 3,07 3,08 3,09 3,10 3,11 3,12 3,13 3,14 3,15 3,16 3,17 et 3,18 « Les fêtes de Cherbourg », L'Ouest-Éclair, 15 juin 1907, n° 3076.
  4. 4,0 4,1 4,2 et 4,3 « Le président Fallières à Cherbourg », Cherbourg-Éclair, n° 2522, 14 juin 1907.
  5. 5,0 5,1 et 5,2 « Les fêtes présidentielles », Cherbourg-Éclair, n° 2723, 15 juin 1907.

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