Théâtre de Cherbourg

De Wikimanche

Théâtre municipal de Cherbourg (2006).
Trois quarts face.

Le théâtre de Cherbourg est une salle de spectacles de la Manche située à Cherbourg-en-Cotentin.

Inauguré le 28 janvier 1882, c'est la plus importante scène théâtrale du département. Il s'agit d'un théâtre dit « à l'italienne », c'est-à-dire en U ou ovale, avec un parterre surplombé de plusieurs galeries en bois.

Depuis 1991, il a le statut de « scène nationale ». Il est la principale scène du Trident, structure née en 2002 pour regrouper les théâtres de Cherbourg-Octeville.

Le bâtiment est classé au titre des monuments historiques (MH) en décembre 1984.

Histoire

Au début du 20e siècle.

Un demi-siècle de projets avortés

La construction à Cherbourg d'un théâtre municipal est régulièrement discutée par les élus. En 1827, ils envisagent de construire un théâtre et des halles dans un même édifice pour limiter les coûts, mais le conseil des Bâtiments rejette le projet pour raison de sécurité [1].

La halle au blé est construite en 1831 par Louis Pierre Charles Le Sauvage, et en 1833, l'établissement d'un théâtre à l'étage supérieur est soumis par Nicolas Noël-Agnès à l'étude de Jean-Jacques Marie Huvé, architecte parisien de l'intérieur de l'église de la Madeleine et de la salle Ventadour. Il propose l'aménagement dans les halles d'une salle à l'italienne de 950 places, avec un parterre enceint de seize baignoires, au dessus duquel sont situées deux loges et une galerie. Deux escaliers desservant chacun un étage depuis la rue Corne-de-cerf donne accès à la salle portée à 4,2 mètres du sol par 70 pilastres. Huvé installe le foyer devant la scène et envisage derrière celle-si une salle de bal de 100 m² adjointe d'une salle de jeu et d'un vestiaire. Le projet n'aboutit pas faute d'argent et du fait de l'ouverture du théâtre, rue de la Paix en 1836 [1].

On envisage un nouvel édifice place du Château, rue de Bailly, rue du Faubourg, quai ouest du Bassin, place de la Poudrière, et à d'autres emplacements... Joseph Ludé propose le 20 mai 1852 de financer par emprunt, un théâtre pour 500 000 francs, mais l'argent est d'abord consacré à l'hospice [1].

En 1854, le théâtre de l'Alma ouvre ses portes, mais se révèle rapidement trop petit. Entre 1872 et 1873, les édiles étudient les théatres existant dans des villes comparables, comme Brest, Angers et Tours et demandent plusieurs projets à l'architecte municipal Dominique Geufroy, qui leur proposent vainement une localisation place Centrale, place de la Fontaine ou dans le prolongement de la rue des Corderies [1].

La construction

Après le vote d'un nouveau budget le 7 février 1879 pour pouvoir solliciter des artistes parisiens, Charles de Lalande[2], recommandé par la directrice de l'Alma, Louise Chauloux, propose le 22 mars [1], en s'appuyant probablement sur le projet de Huvé[3], d'élever un nouvel établissement, place du Château, à l'emplacement de la partie nord de la halle aux grains, laquelle avait été prévue trop grande [1]. Sur les fondations des halles, en réutilisant une partie des murs, Charles de la Lande conçoit un théâtre à l'italienne, identique aux théâtres des boulevards parisiens [4]

La décision est actée le 25 avril par la municipalité, provoquant la démission de plusieurs conseillers municipaux [5]. Sur sollicitation du député François La Vieille, le ministère de l'Instruction publique et des Beaux-Arts, dirigé par Jules Ferry, accepte de financer les deux tiers des dépenses de décoration qui triplent dans le nouveau devis de Charles de Lalande de 60 000 francs. Le devis total est de 596 851 francs. À l'exception du sculpteur Louis Alexandre Lefèvre-Deslonchamps, Cherbourgeois imposé par la municipalité, et d'Auguste Rubé et Philippe Chaperon, choisis par Lalande pour les décors et les toiles du grand escalier, l'État sélectionne les artistes chargés de la décoration : les peintres Georges Clairin, Jules Richomme, Paul Pompon et Georges Jean-Marie Haquette, et les sculpteurs Jean-Jules Allasseur, Jean Gautherin et François Roger [1].

Le 18 avril 1880, les travaux débutent sous la direction de De Lalande et de Stanislas Loison (1849-1915), inspecteur des travaux, et la première pierre est posée le 4 juin. À partir d'août, une toile grandeur nature de la façade du futur bâtiment, réalisée par Eugène Carpezat (1833-1912), est tendue devant les halles [6],[1].

La structure est en métal, remplie pour les voûtes et les sols, de mâchefer de coke issue de l'usine de gaz voisine[6].

Parmi les derniers théâtres à l'italienne construits, il est inauguré le 28 janvier 1882 par Alfred Mahieu, en l'absence de représentants du gouvernement du fait de la chute du cabinet Gambetta la veille. À la tête du nouvel établissement, Louise Chauloux, ancienne directrice du théâtre de l'Alma, organise un grand gala d'ouverture, avec Renée Richard de l'Opéra de Paris, Jean Mouliérat de l'Opéra-Comique, Ernest Coquelin-Cadet et Blanche Baretta de la Comédie française, cette dernière déclamant un texte d'Henry Gréville comparant le nouvel édifice à ceux de Paris. Des extraits d'opéras et d'opéras comiques et des petites comédies sont jouées : Le Chevalier Printemps, La Fiancée du Timbalier, La Soupière, Les Amoureux de Catherine... L'événement a les honneurs de la presse à travers La Vie moderne et L'Illustration.

Le luxueux décor et les 1 250 000 francs consacrés à son édification [7] lui valent le surnom de « théâtre d'or ».

Autour, on aménage ensuite la place du Château avec des candélabres, puis la fontaine Mouchel en 1895.

Construit avec trois galeries, il offre 600 places dont dix loges pouvant accueillir 60 personnes [8].

Les premières années

Comme ailleurs en France, le théâtre de Cherbourg propose trois fois par semaine, des soirées en deux parties, de 18 h 30 à 1 h, avec du théâtre populaire et une opérette ou du lyrique. Les cinq semaines de la saison « de Pâques » présentent une dizaine de pièces d'opéra interprétés par des artistes de renom [5].

Mais les débuts sont difficiles. Quinze directeurs se succèdent à la tête de l'établissement entre l'inauguration et 1900. Le 11 janvier 1900, le directeur démissionne face au déficit de l'établissement, faute de public et de moyens accordés par la municipalité. Un nouveau directeur est nommé fin février en la personne de M. Traverso, qui propose de l'opéra pour finir la saison. Le 14 octobre est inaugurée, avec un drame La Mendiante de Saint-Sulpice, une nouvelle saison sous la direction de M. Charletty, originaire de Paris, composée d'opéras, opérettes, comédies, vaudevilles, et drames [9].

Le théâtre de Cherbourg est électrifié le 3 novembre 1900 [9]. En 1907, les collections de céramiques, bijoux et mobilier léguées par Armand Le Véel prennent place dans le pavillon dédié à l'administration du théâtre [1].

À partir de 1907, et pendant plus de soixante-dix ans, les tournées Charles Baret s'arrêtent à Cherbourg [5].

En 1911, le directeur et chef d'orchestre Julien Fâcheux, lâché par ses tutelles, se suicide dans son bureau [5]. Jusqu'à la Première Guerre mondiale, les vedettes fréquentent la scène cherbourgeoise : Jeanne Campredon pour Faust, Jeanne Marié de l'Isle pour Carmen, Marie Charbonnel, César Vezzani dans Werther [5].

Le théâtre ferme au début de la guerre, accueillant à partir de mars 1915 des soirées de bienfaisance[1].

Réouverture et dépôt de bilan

Rouvert le 15 novembre 1918 sous la direction de Léon Dorfer, déjà au même poste entre 1906 et 1909, le théâtre doit se contenter d'une programmation allégée, faute de budget, et accueillir des tournées [5].

Une troupe permanente est recréée en 1920 pour l'opérette. À la mort de Dorfer, Joseph Payerne, fils de Prosper Payerne, prend pour deux saisons la tête du théâtre en 1923. Il accueille à plusieurs reprise le ténor Micheletti, et programme notamment sa composition, Les Fiançailles de Suzette et celle du Cherbourgeois Frédéric Le Rey, La Reine de Golconde [5].

Poussé à la démission, il est remplacé par le ténor Ramoin. La première saison propose entre octobre 1925 et mai 1926, 28 opérettes et 17 opéras-comiques ou opéras, ainsi que des pièces de théâtre. André Richard débute dans Werther et l'italien Di Mazzeï y prend ses habitudes [5].

Débauché par la ville de Caen, Ramoin est remplacé en 1931 par Max Léandy qui, faute de public, doit déposer le bilan et laisser la place à Mady Delson, qui conclut la nouvelle saison avec un nouveau déficit et un nouveau dépôt de bilan. Troisième dirigeant en deux ans, Louis Miséramond ne tient que quatre mois [5].

Le débat sur le maintien de cet équipement culturel coûteux divise le conseil municipal, qui finalement renonce à le fermer. Mais faute de candidat, la Ville sollicite en 1935 Maurice Paris, directeur du Café du Théâtre et ancien animateur sportif, pour reprendre la programmation. Le 17 mars 1940, la saison se clôt avec Lakmé. Les Allemands occupent le théâtre comme le pays, l'ouvrant occasionnellement aux Cherbourgeois à partir du 2 mars 1942. À la Libération, le théâtre devient cinéma pour les soldats américains, avec deux séances par jour [5].

En 1945, Maurice Paris reprend la direction du théâtre dans lequel sont présentées des opérettes et les pièces des Tournées Baret. Entre le 11 et le 19 octobre 1947, L'Auberge du Cheval blanc est représenté onze fois, un record [5].

L'édifice est rénové entre 1946 et 1953, la façade ravalée par l'entreprise Warnault d'octobre 1951 à mai 1952, le plafond peint restauré par Jean Lefèvre et Yvette Lemieux, directeur et professeure à l'école des Beaux-Arts de Cherbourg. La capacité passe de 1 100 à 900 places en 1949 [1]

En 1948, Mario Altéry succède à Maurice Paris, puis Émile Richaud prend les rênes du théâtre de 1953 à 1973, avec Marcel Carbonnier pour adjoint. Mado Robin donne deux représentations de Lakmé, les tournées de la Comédie de l'Ouest, avec Georges Wilson et Jean-Pierre Darras, y passent à plusieurs reprises. La scène s'ouvre aux chanteurs populaires de l'époque : Les Chaussettes Noires (1962), Charles Aznavour (1963) et Johnny Hallyday en 1964, Tino Rossi, les Compagnons de la Chanson, mais aussi L'Opéra d'Aran de Gilbert Bécaud en 1965, ainsi que Luis Mariano, Georges Guétary et Michel Dens [5].

Entre 1973 et 1974, le chef d'orchestre Paul Signier est directeur avant que la Ville ne reprenne la main sur la programmation via la nomination d'un délégué [5].

La destruction de la halle en 1977 laisse la place au centre culturel et permet d'aménager lieux de stockage et garage pour le théâtre [1].

La scène nationale

La façade est classée au titre des monuments historiques, par arrêté du 28 décembre 1984, avec ses deux retours latéraux et les toitures correspondantes, ainsi que le vestibule, le grand escalier, la salle et le foyer, de même que les 13 décors originaux [1].

En 1991, le théâtre devient l'une des scènes nationales et sa façade est ravalée en 1993. Le lustre est restauré en 2007 [1].

Après la fusion de Cherbourg et d'Octeville, le théâtre de Cherbourg est allié au théâtre de la Butte et au Vox dans une nouvelle structure, Le Trident [1].

En 2000, une visite de sécurité entraîne un changement de classement du bâtiment et l'obligation de le mettre en conformité avec de nouvelles normes, en matière d'incendie notamment [10]. En janvier 2010, les travaux commencent [11]. Ils s'achèvent au tout début de 2012 [10]. La scène et les loges sont complètement refaites pour un coût de 5,2 millions d'euros financés à 30 % par la ville, le reste étant pris en charge par l'État, le conseil général, EDF et l'Union européenne [10]. L'inauguration du théâtre rénové a lieu le 20 janvier 2012 [10].

La façade nord et ses retours, les couvertures des combles de la salle et du foyer vont faire l'objet d'une campagne de restauration à partir de la fin du premier semestre 2018.

Description

Façade

La façade éclectique de 50 mètres intègre des éléments classiques, comme les pavillons en retrait et le toit à pan brisé, le style Renaissance par le rez-de-chaussée à arcades et l'étage-noble à fenêtres rectangulaires à fronton et balustrades, et un décor sculpté inspiré des théâtres parisiens du Second Empire et de la Troisième République. Elle est unifiée par l'usage du bossage à refend au rez-de-chausée et un des pilastres toscans [1].

Le corps central, mesurant 25 mètres de large sur 25 mètres de haut, est coiffé d'un toit brisé en pavillon, dont la naissance est masquée par un attique à fronton cintré brisé [1] sur lequel Lefèvre-Deslonchamps a scuplté les allégories de la Tragédie (Melpomène levant un poignard) et de la Comédie (Thalie), entourant les armes de Cherbourg de 1811. Au dessus de l'inscription « théâtre », deux groupes, du même sculpteur, représentant les enfants de la Lyre [3]e, encadrent trois grilles d'aération rectangulaires en fer forgé, formant un médaillon dans une couronne de lauriers [1].

Le parvis en granite et grès du Roule donne accès aux doubles portes en bois et fer forgé sous cinq arcades, surmontées de mascarons à tête de satyre et de jeune homme sculptés par Édouard ou Edmond Bandeville [1]. Entre les portes, les cariatides déhanchées du Cherbourgeois Louis Alexandre Lefèvre-Deslonchamps, aux torses reposant sur des gaines ornementées d'attributs de musique (tambourin, trompettes, partition...), soutiennent faussement le balcon qui court le long du foyer au-dessus des trois arcades centrales [4].

Ce large balcon communique avec le foyer par trois baies à fronton cintré brisé, séparées par trois colonnes corinthiennes simples et deux collonnes géminées aux extrémités, et surmontées par des occuli à clé de voûte et feuilles de lauriers abritant les bustes de Corneille, Boiëldieu et Molière (réprésentant la tragédie, la musique et la comédie), réalisés par Jean Jules Allasseur, à l'instar de la façade de l'Opéra Garnier qui présente au dessus de la « loggia » des bustes de compositeurs [3]. De part et d'autre du portique corinthien, une baie est coiffée d'un fronton triangulaire, au-dessus duquel est logée une grille d'aération ovale, représentant une lyre en fer forgé.

Deux pavillons commerciaux, dont la hauteur et la largeur sont la moitié des dimensions du corps principal, encadrent ce dernier. Leurs façades sur la place de Gaulle présentent un arc aplati au rez-de-chaussée et un arc segmentaire encadré par deux fenêtres à garde-corps en fer forgé à l'étage, et sont coiffés par des balustrades ornées d'un fronton sculpté par François Roger figurant un couple de jeunes filles ailées, enguirlandées de roses, assises, jambes croisées, de chaque côté d'une lyre. Derrière, la toiture en zinc est à trois pans [1]. Le pavillon oriental abrite le Café du théâtre, le pavillon occidental accueille l'administration et l'artothèque municipale [1].

La salle des pas-perdus et le foyer

L'avant-foyer.
Scène du Pardon de Ploërmel par Chaperon.

À l'intérieur, la salle des pas-perdus rectangulaire au sol carrelé est ornée des bustes de Molière, Corneille, Boïeldeu et du compositeur caennais Daniel-Esprit Auber. Elle est éclairée par un lustre à cinq branches et deux femmes torchères (statue en fonte de fer de femme en pied, drappée, portant un vase d'où sort une lampe) [1]. La salle, qui donne sur le parterre de la salle de spectacle via le péristyle, contient les bureaux des billets et le vestibule du contrôle qui donne sur deux escaliers qui desservent au premier étage l'avant-foyer [4].

L'avant-foyer est orné au sol d'un parquet en points de Hongrie, et de panneaux de faux marbre rose aux murs. Sur le mur oriental, Philippe Marie Émile Chaperon a peint une scène du premier acte de l'opéra-comique Le Pardon de Ploërmel, créé en 1859. On y voit l'héroïne, Dinorah, dans un paysage de lande bretonne, avec des chênes, un obélisque et un château. En face, Auguste Alfred Rubé a représenté le premier des quatre actes de l'opéra de Rossini Guillaume Tell, où le héros suisse aide le bûcheron Leuthold dans un décor alpin où coule le torrent de Schedental surplombé par un pont en bois près du chalet de Guillaume Tell. Il a pu s'inspirer des décors réalisés par Rubé et Chaperon pour la représentation de l'œuvre en 1880 à l'Opéra de Paris. Dans ses deux tableaux, l'homme est réduit à un détail dans une nature vaste et hostile [1].

Le foyer de style Louis XVI est rythmé par les cinq travées que forment les fenêtres de la façade encadrées par des pilastres corinthiens simples ou jumelés et surmontés de tableaux figurant un pot à anse contenant des guirlandes de fleurs. Symétriquement, le mur opposé comprend trois doubles portes et deux panneaux[1] sur lesquels Georges Clairin (1843-1919) évoque Cherbourg et le Cotentin, l'un par la Campagne, personnifiée par une paysanne normande en sabots et chemise de toile bise portant sa production (légumes et volailles), l'autre par la Digue (ou la Marine), femme martiale au teint hâlé, mouillée par les vagues et décoiffée par le vent, portant tricot marin rayé et vareuse, qui fait signe aux navires en mer avec un drapeau tricolore depuis le brise-lame en granite [4]. Ces panneaux avaient été confiés par l'État à Paul Pompon. Tardant à achever les allégories de la Marine marchande et la Marine militaire, finalement exposées au Salon de 1882 et déposées à l'hôtel de ville du Havre, Pompon est remplacé par la municipalité de Cherbourg par Georges Clairin. Georges Jean-Marie Haquette (1854-1906), élève de Jean-François Millet et d'Alexandre Cabanel, est chargé des dessus de portes où volent des anges musiciens et des amours [1].

La composition centrale du plafond est confiée à Jules Richomme (1818-1903) qui met en scène les quatre saisons : le Printemps est une femme rousse drapée de rose et couronnée de fleurs par un ange, aux pieds de laquelle un homme tend un nid ; l'Eté est symbolisé par Cérès, déesse des moissons portant faucille et gerbe de blé comme attributs ; l'Automne est incarné par une bacchante couronnée ; l'Hiver est représenté par un vieil homme à la barbe blanche près d'un feu et des muses et des enfants qui volent dans un ciel de fleurs [1].

Le reste du décor de cette salle d'apparat, peinte dans les tons bruns, est en plâtre[1].

La salle

La salle vue depuis la scène.

La salle reprend les principes du théâtre à l'italienne tel qu'adoptés en 1780 pour la Grand théâtre de Bordeaux par Victor Louis. Outre le rouge de rigueur, elle est décorée dans les tons verts et blancs crème et dorée [4]. On y accède depuis le foyer par deux escaliers proches des loges du premier étage.

Le parterre en forme de fer à cheval possède onze rangées de sièges et est entouré de quinze baignoires et surplombé par trois niveaux de balcons : la corbeille, la seconde galerie et le poulailler. Le poulailler est orné par des frises de rinceaux, des cartouches rectangulaires portant les noms d'Alexandre Dumas, Eugène Scribe et Auber, ainsi que huit renommés en pied jouant de la trompette [1].

Le rideau de scène est dû aux décorateurs Rubé et Chaperon [4].

Les avant-scènes, dont les loges destinées au maire de Cherbourg et au préfet maritime encadrées par des cariatides sculptées par Gautherin, sont reliées au plafond par des camaïeux peints par Wauquier [4].

Une coupole à trois arcs en anse-de-panier et trois arcs au profil cintré domine la salle. En son centre, pend un lustre en bronze doré à cristaux à facettes réalisé par les ateliers de Jules Graux [1].

Le plafond par Clairin.

Sur le plafond de Georges Clairin se meuvent la Comédie (Thalie), le Drame (Melpomène), la Musique (Euterpe) et la Danse (Terpsichore).

« La Comédie, tons roses, rouges et jaune orange. Elle est vue de face, vêtue d'une tunique courte, les jambes nues, la tête renversée, les cheveux en désordre, d'une main brandissant au-dessus de sa tête un instrument qui ressemble à une marotte et don elle semble prête à frapper quelqu'un, appuyant de l'autre le masque comique sur son épaule nue. A ses pieds se tient le satyre, jambes croisées, tête rejetée et la regardant d'en bas, comme pour l'entretenir et lui signaler quelque sottise nouvelle à flageller. Des amours se tiennent auprès d'elle et l'un d'eux brandit un miroir. La Musique est à droite de la Comédie, tons gris, vert clair et bleu tendre. Tonalité générale extrêmement légère et d'une grande douceur, une jeune muse tient ouvert devant la Musique un papyrus sur lequel des caractères sont tracés. Tandis qu'elle chante, marquant la mesure avec le bâton qu'elle tient à la main, une de leurs compagnes, assises à leurs pieds, promène rêveusement son archet sur les cordes de son violon. Derrière elle, un jeune musicien souffle dans une flûte. Des amours voltigent dans le ciel : l'un d'eux, à demi caché dans les fleurs, prête au Conseil une oreille attentive. (...) L'attitude de la jeune violoniste, une jambe repliée sur l'autre, comme on dit à la Grande Arsène, est d'une jeunesse et d'une séduction vraiment incomparable. Dans un décor de ballet, sur le ton bleu d'une apothéose, une ballerine en jupe bouffante, la tête renversée, s'est arrêtée sur ses pointes. Elle se dresse au-dessus de 2 de ses compagnes, que l'ardeur de la danse emporte. Un faune, qu'on aperçoit de dos, cueille des plantes qu'il enguirlande à leur bras nus. Voilà la Danse. Pour le Drame, il est représenté par une femme qui tient une épée nue et dont la bouche vomit la colère. Un cadavre git à ses pieds et derrière elle le ciel s'embrasse des lueurs sinistres de l'incendie. Toutes ces compositions sont reliées entre elles par des ornements d'or, rehaussées par des couleurs vives et par des œils de bœuf qui permettent d'aérer la salle [4] ».

Décors

Le théâtre était doté de 13 décors, permettant quarante-deux transformations différentes, et ainsi d'accueillir tout type de spectacles. Représentant un paysage de montagne, une forêt, l'horizon, des palais gothique et Renaissance, une prison, des intérieurs, ils ont été réalisés par Carpezat, Lavastre, Rebecchi, Poisson, Rubé et Chaperon [1]. En place jusqu'en 1976 et le lancement des travaux du centre culturel, ils auraient été détruits vers 1978 [12].

Bibliographie

  • Pierre d'Ivray, « La chronique en province. Le nouveau théâtre de Cherbourg », La Vie moderne, n° 4, 1882, p. 50-56
  • A. Legoupil, « Le théâtre à Cherbourg en 1906 », Revue de Cherbourg et de la Basse-Normandie, n° 4, 15 février 1907
  • Jean-Paul Bonami, Mémoire du théâtre de Cherbourg, 2011

Notes et références

  1. 1,00, 1,01, 1,02, 1,03, 1,04, 1,05, 1,06, 1,07, 1,08, 1,09, 1,10, 1,11, 1,12, 1,13, 1,14, 1,15, 1,16, 1,17, 1,18, 1,19, 1,20, 1,21, 1,22, 1,23, 1,24, 1,25, 1,26, 1,27, 1,28 et 1,29 Emmanuel Luis, Cherbourg-Octeville, le théâtre à l'italienne, Parcours du Patrimoine, Direction de l'Inventaire général du patrimoine culturel, Région Basse-Normandie, 2011.
  2. Charles Léon Le François de Lalande (1833-1887) : architecte parisien, parent des astronomes Lefrançois de Lalande et élève de Charles Garnier, il est à Paris l'auteur de la construction des théâtres de la Renaissance (1873) et des Nouveautés (1878) et de la restauration du théâtre du Gymnase.
  3. 3,0, 3,1 et 3,2 Bruno Centorame, « Le théâtre », À la découverte de Cherbourg, ville de Cherbourg, 1992.
  4. 4,0, 4,1, 4,2, 4,3, 4,4, 4,5, 4,6 et 4,7 Pierre Giffard, cité par Edmond Thin, « Le nouveau théâtre de Cherbourg décrit par un journaliste du Figaro en 1881 », Cherbourg, bastion maritime du Cotentin, Charles Corlet, 1991.
  5. 5,00, 5,01, 5,02, 5,03, 5,04, 5,05, 5,06, 5,07, 5,08, 5,09, 5,10, 5,11 et 5,12 Jean-Paul Bonami, « Mémoire du théâtre de Cherbourg », La Presse de la Manche, 30 août-5 septembre 2011.
  6. 6,0 et 6,1 Jean Margueritte, Cherbourg, au gré de la mer, coll. « La ville est belle », OREP, 2006.
  7. Louis Sallé, « Coup d'œil sur l'histoire de Cherbourg », Cherbourg et le Cotentin, impr. Émile Le Maout, Cherbourg, 1905, p. 180.
  8. Site officiel de la ville de Cherbourg-Octeville Le Trident, scène nationale de Cherbourg-Octeville.
  9. 9,0 et 9,1 « Le théâtre va-t-il baisser le rideau ? », « 120 ans en Cotentin », La Presse de la Manche, hors-série, novembre 2009.
  10. 10,0, 10,1, 10,2 et 10,3 Jean-Christophe Lalay, « Le théâtre à l'italienne de Cherbourg renaît », Ouest-France, 20 janvier 2012.
  11. « Lever de rideau sur le théâtre », Cherbourg-Octeville Magazine, n° 141, décembre 2011.
  12. Jean-Paul Bonami, Mémoire du théâtre de Cherbourg, 2011, p. 194.

Liens internes

Liens externes