Théâtre à Cherbourg

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Le théâtre à Cherbourg

Histoire

Des spectacles à caractère religieux ont lieu au Moyen Âge dans l'église de la Trinité, en particulier à partir de 1470 autour du monument de Notre-Dame Montée, conçu par Jean Aubert. Des représentations théâtrales se jouent également dans des théâtres provisoires, comme la Passion du Christ et la Résurrection sur la place du Calvaire en août 1743, puis Le Martyr de Polyeucte de Corneille et Les Fourberies de Scapin, de Molière, le 3 septembre de la même année sur la place d'Armes [1]

M. de la Pelouze et sa femme aménagent également en 1786, dans leur propriété du Becquet à Tourlaville, un théâtre couru par les bourgeois et nobles du Nord-Cotentin chaque jeudi. De même, Antoine Deshayes accueille dans sa maison Coquerel, rue Grande-Vallée, des spectacles, dont La Noce de Suzette en juin 1787 en présence du duc d'Harcourt[1].

Le premier théâtre cherbourgeois est installé sous l'Ancien Régime dans un entrepôt de marchandises au 16 de la rue de la Chasse des Remises, devenue rue de la Comédie. Loué à Dumay-Pouthas, puis racheté par François Vauver qui lui apporte des améliorations, le bâtiment n'est pas conçu pour accueillir cet art et du public. En 1810, il est ainsi décrit : Un corps de bâtiment couvert en schiste bleuté, composé d'un rez-de-chaussée et de combles. La façade sur rue, de 15 mètres de large, à trois portes, une à chaque extrémité et la troisième au centre. [...] Le batiment a une profondeur de vingt mètres avec une petite porte donnant sur le côté. [...] À l'intérieur : un théâtre, un foyer, des loges, un vestibule et des bancs[1]. Il rassemble jusqu'à 250 spectateurs qui viennent applaudir les troupes de passage[2]. Le 28 août 1813, l'impératrice Marie-Louise y assiste à une représentation du Petit Matelot, comédie en un acte de Charles Antoine Pigault-Lebrun[1], par des artistes de l'Opéra-Comique de Paris[2].

À l'occasion de la visite de Louis Philippe à Cherbourg, en août et septembre 1833, Auguste Jal écrit pour Paris ou le Livre des cent-et-un, un article dans lequel le théâtre est décrit ainsi :

« Le théâtre de Cherbourg ! quelle dérision ! comment les chastes Muses, les Muses qui sont de bonne compagnie, oseraient-elles y entrer ? Oh ! c'est tout-à-fait un mauvais lieu que d'honnêtes Muses rougiraient de regarder seulement en passant ; aussi se gardent-elles de s'y montrer jamais. On joue là quelquefois, mais toujours sans elles, et malgré elles. C'est un péché dont elles n'ont pas la responsabilité. [...] Une grange, une étable, une écurie, tout ce que vous pouvez imaginer de laid, de dégoûtant, vaut mieux que ce bouge ignoble, qui sent le tabac de la régie, la marée et l'huile de noix avant toute épuration. Décorations de la scène, décorations de la salle, foyers des acteurs et actrices, c'est à faire horreur, ou plutôt c'est à faire pitié! Comment peut-il y avoir des comédiens assez malheureux pour venir entre ces feuillets déchirés, devant quelques quinquets fumants, sous cette toiture percée à jour, qui donne entrée au veut et à la pluie, chanter des couplets ou des tirades de prose mélodramatique ! L'art en est donc là en province ? je le savais bien malade à Paris, bien pauvre, privé peut-être de toute espérance d'avenir : mais je ne le croyais pas réduit à cette misère, à ces haillons, à ce dernier effort, à cette lutte d'agonisant contre une mort lente et affreuse. Ce râle de la comédie, cette grimace de gaieté faite par des malheureux qui souffrent m'ont fait mal. Laisserez-vous donc mourir l'art dramatique ? n'y a-t-il plus moyen de le sauver ? cet art, le plus noble, le plus élevé, celui qui nous donne, par la réunion de tous les autres, l'homme tout entier, vivant, parlant, avec ses vices et ses vertus, ses travers et ses belles qualités; n'avez-vous plus à lui faire la charité de quelque obole? faudra-t-il qu'il meure de la faim et du vaudeville ? Soyez humains, aidez-le, tenez-lui la main, donnez-lui du pain et une maison où il puisse se montrer avec quelque décence. Lorsque Cook alla au spectacle à l'une des îles de la Société, il trouva un art protégé partout le monde, des actrices qui étaient filles de rois, un théâtre vaste qui avait pour dôme le ciel, et la nature pour décorations ; il vit jouer des scènes de la vie intime des peuples qu'il visitait, et, de toutes les nerf" voisines, des pirogues apporter à la représentation une foule de spectateurs; il fut ravi de trouver chez des sauvages ce goût pour le dramatique: s'il pouvait relâcher aujourd'hui à Cherbourg, que dirait-il de voir les comédiens français, le théâtre français, les décorations françaises? lesquels croyez-vous qu'il appellerait sauvages des Français du dix-neuvième siècle ou des sujets des rois Oo-Oroo et O-Ponée ?[3]. »

Le Journal de Cherbourg du 8 septembre n'est pas plus tendre en y voyant « un bâtiment, une grange, une écurie de 30 à 40 pieds de longueur sur à peu près 20 pieds de largeur et divisé en deux parties par un sale rideau, le plus sale de tous les rideaux, représentant je ne sais quelle vue d'Afrique ou d'Asie, avec un trou au milieur pour y passer la tête[1] ».

Projeté en 1825, la construction d'un nouveau théâtre au dessus des halles est discutée par le conseil municipal en 1833 et rejetée faute d'argent[4]. Le théâtre de la Comédie est transféré le 24 juillet 1836 au 18 rue de la Paix, dans une maison en bois louée à M. Gagnon par la société philharmonique de Cherbourg[1], et transformée en salle de spectacle pour accueillir 500 personnes et abriter une troupe permanente[2]. Le bâtiment de la rue de la Comédie devient en 1839 en commerce et démoli en 1928 pour l'alignement de la rue[1]. Le succès est au rendez-vous et M. Gagnon, qui touche 30 francs de la municipalité par spectacle, propose de vendre à la Ville son théâtre, ce que les édiles rejettent en 1845 considérant la capacité d'accueil trop faible[1]. Mais les problèmes de sécurité en cas d'incendie posés par la situation de la salle à un mètre au-dessous de la rue oblige le propriétaire à fermer faute de pouvoir engager les travaux indispensables[2], le 20 avril 1854[1].

Un nouveau théâtre de 775 à 1 015 places est édifié au 9-15 rue de l'Alma[2], sur les terrains et aux frais du docteur Loysel, soutenu par leur mandataire, Eugène Feuardent, directeur du Journal de Cherbourg[1]. À cette époque, Cherbourg possède une troupe permanente, moitié opéra-comique, moitié dramatique[5]. À l'italienne et éclairé au gaz, le théâtre est inauguré en décembre 1854[1].

Un spectacle est donné en l'honneur de la visite du couple impérial en août 1858 dans la gare nouvellement inaugurée[1].

Le 6 mars 1862, a lieu rue de l'Alma la première représentation de Sous Louis XV, comédie-vaudeville en un acte, mêlée de couplets, d'Ernest Védel[6]. Pour Le Grand Mongol, un éléphant monte sur scène[2].

Le théâtre change plusieurs fois de direction[2]. En 1865, il est dirigé par M. Roubaud [7].

Le casino, inauguré le 16 juin 1864, se dote également d'une salle de spectacles musicaux et dramatiques et d'une troupe professionnelle en résidence[2].

Mais le théâtre de l'Alma est mal conçu et trop petit dès son ouverture, et son propriétaire entre en conflit avec la municipalité. Aussi est-il rapidement décidé d'ériger un théâtre municipal, place du Château, à l'emplacement d'une partie de la halle aux grains[2]. La salle de l'Alma est cependant rachetée par la ville en novembre 1881 pour abriter les troupes de patronages, puis la bourse du travail et enfin l'Union lyrique municipale jusqu'à sa démolition pour l'agrandissement en 1950 de l'école maternelle attenante[1].

En 1879 commencent les travaux du théâtre municipal qui est inauguré en 1882.

Ses débuts sont difficiles. Le 11 janvier 1900, le directeur démissionne face au déficit de l'établissement dû au manque de public et au manque de moyens accordés par la municipalité. Un nouveau directeur est nommé fin février en la personne de M. Traverso, qui propose de l'opéra pour finir la saison. Le 14 octobre, une nouvelle saison composée d'opéras, opérettes, comédies, vaudevilles, et de drames est inaugurée, sous la direction de M. Charletty, originaire de Paris. Le premier spectacle à l'affiche est un drame La Mendiante de Saint-Sulpice, [8].

Le théâtre de Cherbourg est électrifié le 3 novembre 1900[8].

Le théâtre de l'Alma continue à accueillir des spectacles, transformé en bourse du travail en 1908.

En 1991, le théâtre municipal de Cherbourg reçoit le label « scène nationale » du ministère de la Culture.

Après la fusion de Cherbourg et Octeville, le théâtre municipal de Cherbourg s'unit au théâtre de la Butte d'Octeville, pour former, avec l'ancienne salle de patronage et de cinéma Vox, la scène nationale Le Trident.

Compagnies

Notes et références

  1. 1,00 1,01 1,02 1,03 1,04 1,05 1,06 1,07 1,08 1,09 1,10 1,11 et 1,12 Emmanuel Luis, Cherbourg-Octeville, le théâtre à l'italienne, Parcours du Patrimoine, Direction de l'Inventaire général du patrimoine culturel, Région Basse-Normandie, 2011.
  2. 2,0 2,1 2,2 2,3 2,4 2,5 2,6 2,7 et 2,8 Jeanne-Marie Ravel-Hascoët, « Avant le "Grand théâtre"... », La Presse de la Manche, 21 septembre 2010, p. 9.
  3. Auguste Jal, « Paris à Cherbourg », Paris, ou le livre des cent-et-un, volume 13, éditeur Louis Hauman & Cie, 1833.
  4. « Mémoire du théâtre de Cherbourg », La Presse de la Manche, septembre 2011.
  5. Le Voyageur à Cherbourg en 1858. Cherbourg : Bedelfontaine & Syffert, 1858. p. 22.
  6. Journal général de l'imprimerie et de la librairie, volume 6, n° 1, Cercle de la librairie et de la papeterie, 1862, p. 529.
  7. « Sénat. Séance du 20 juin 1865 », Annales du Sénat et du corps législatif, Administration du Moniteur universel, 1865.
  8. 8,0 et 8,1 « Le théâtre va-t-il baisser le rideau ? », « 120 ans en Cotentin », La Presse de la Manche, hors-série, novembre 2009.