Site V1 de Couville

De Wikimanche

Le site V1 de Couville est un site militaire de la Manche datant de la Seconde Guerre mondiale, situé à Couville et dédié par la Luftwaffe au lancement de missiles V1.

Un V1 au décollage (image de propagande).

En 1943, la Luftwaffe confia à l'Organisation Todt la construction de quatre énormes sites destinés au lancement de missiles V1 vers l'Angleterre. Deux étaient prévus dans le Cotentin, l'un à Tamerville[1] et l'autre à Couville. Ce dernier était désigné, pour des raisons de sécurité, sous le nom de code Wasserwerk Cherbourg (quelque chose comme usine hydraulique de Cherbourg). Il s'agissait de construire un énorme bunker (178 x 36 mètres), avec un toit de 5 mètres d'épaisseur, permettant en un même lieu l'assemblage final des bombes volantes, leur approvisionnement, leur réglage, ainsi que leur lancement par vagues massives.

Les travaux commencèrent en juin 1943 par la réalisation d'un aiguillage sur la ligne de chemin de fer Paris-Cherbourg puis d'une gare de triage, nécessaire à l'apport des matériaux. Le bétonnage débuta au cours de l'été, 135 000 m³ de béton devaient être coulés avant octobre.

Avec le bombardement d'un site V2 dans le Pas-de-Calais le 27 août 1943, quelques jours après celui du centre de recherches de Peenemünde (Allemagne) sur la Baltique, les Allemands comprirent que les Alliés avaient découvert une partie de leur programme d'armes nouvelles, mais surtout qu'il n'était plus possible de construire de tels bâtiments à ciel ouvert. Tous les grands ouvrages connurent donc une suspension des travaux dans l'attente de nouveaux procédés de construction pour les rendre moins vulnérables aux attaques aériennes. Dès que ceux-ci furent diffusés par l'Organisation Todt, les travaux reprirent courant septembre, à Couville comme ailleurs. Il s'agissait désormais de couler d'abord un toit au niveau du sol avant de pouvoir travailler, sous sa protection, à la réalisation d'un bunker semi-enterré. Cette technique avait aussi l'avantage d'être moins gourmande de ce béton dont l'Organisation Todt avait un besoin gigantesque.

À Couville, l'ancien chantier fut abandonné et les nouveaux travaux commencèrent juste à côté par la réalisation de deux grandes tranchées de 210 mètres de long, espacées d'une trentaine de mètres, dessinant les proportions du futur bâtiment.

Pendant ce temps, sur la foi de renseignements concordants, les Alliés avaient entrepris une campagne systématique de photographie aérienne des côtes, de la Belgique au Cotentin, sur une certaine profondeur. C'est ainsi qu'ils découvrirent avec stupeur les quatre Wasserwerke et la centaine de rampes fixes en cours de réalisation pour les V1. Un bombardement fut programmé sur le site de Couville qui semblait très avancé. Il eut lieu le 11 novembre 1943 et mobilisa 188 appareils, essentiellement américains, qui déversèrent sur le site et ses alentours 290 tonnes de bombes. Selon l'armée allemande, deux soldats furent blessés et 25 civils furent tués. La construction était détruite à 30 %. Malgré la possibilité de reprendre les travaux, le bombardement incita les Allemands à interrompre définitivement le chantier de Couville mais on continua à simuler une activité pour induire en erreur les Alliés et les détourner d'autres cibles plus discrètes. Cette intoxication fonctionna en partie puisqu'il y eut encore huit bombardements de la RAF et de l'USAAF sur le site, du 25 novembre 1943 au 21 janvier 1944. En échange, la Luftwaffe décida alors de développer le site de Brécourt, à Hainneville, mais aussi de se reporter sur le principe de rampes mobiles qu'il serait possible de déployer sur de petites plateformes bétonnées disséminées à travers la campagne, malgré l'inconvénient de ne pouvoir réaliser toutes les opérations préparatoires en un seul endroit. Mais lorsque le Cotentin fut libéré en juin, aucun des différents dispositifs qui y étaient installés n'avaient pu encore envoyer un seul V1 sur l'Angleterre.

Le site Wasserwerk Cherbourg était situé au nord-ouest de la commune, entre la route allant à Teurthéville et la voie ferrée. Le terrain a été remis en état après 1945 pour la reprise d'une activité agricole.

Bibliographie

  • Roland Hautefeuille, Constructions spéciales, histoire de la construction [...] dans le Pas-de-Calais et le Cotentin des [...] sites protégés pour le tir des V1, V2, V3 [...](1943-1944), Paris, 1995

Notes et références

  1. Le Wasserwerk Valognes prévu à Tamerville ne connut que quelques travaux préparatoires.