Prieuré d'Ardevon (Pontorson)

De Wikimanche

Le prieuré.

Le prieuré d'Ardevon est un ancien édifice religieux catholique de la Manche situé à Pontorson, dans le village d'Ardevon.

Histoire

Le logis abbatial.

Le prieuré bénédictin d'Ardevon est construit sur un rocher granitique qui affleure au centre du village, acollé à l'église romane primitive d'Ardevon, au chœur de laquelle les moines devaient accéder par une porte de l'aile est[1].

Il est le siège d'une ancienne baronnie donnée à l'abbaye du Mont-Saint-Michel en 966 par Richard Ier de Normandie. Elle couvrait une dizaine de paroisses : Ardevon, Beauvoir, Les Pas, Huisnes (Lirmanière, le Boulnais, les Jardins), Macey, Céaux, Servon, Tanis, Moidrey, Juilley, et Montrouault, la seule à ne pas être entre Couesnon et Sélune[1].

Probablement petit couvent bénédictin, le prieuré devient au début du XIIIe siècle un manoir au centre d'un vaste domaine agricole, demeure de campagne des abbés[1].

À la veille de la Révolution française, le revenu annuel de la baronnie est évalué à 50 000 livres[1]. Délabrée, la maison du prieuré (la ferme) est évaluée en 1790 à 2 400 livres.

Malgré quelques remaniements, le prieuré présente « un rare ensemble de constructions rurales du XIVe et de la fin du XVe siècle »[2]. Il est inscrit au titre des Monument historique (MH) par décreté du 15 septembre 1937[3].

Il est racheté par le conseil régional de Basse-Normandie. Réaménagée, la grange à dîmes abrite le Syndicat mixte Baie du Mont-Saint-Michel jusqu'en 2013.

En 2014, il est racheté pour environ 750 000 € [4]par les deux diocèses de Coutances et Avranches et de Rennes-Dol pour accueillir en dur et sous tentes les pèlerins se rendant au Mont-Saint-Michel [5]. Il avait été mis en vente pour 1,237 million d'euros [5]. L'acquisition se fait via l' association Raoul des Isles, constituée à cet effet et soutenue par des mécènes en lien avec la Fondation Notre-Dame et le groupe Bayard [5]. D'importants travaux seront engagés pour mettre le bâtiment aux normes et le doter de dortoirs, de sanitaires, d'un oratoire et d'une bibliothèque virtuelle [4].

Description

La grande dîmière.
Le logis.
Le colombier.

Au fond de la cour, la grange des dîmes est construite sous l'abbatiait de Pierre Le Roy (1386-1410). Les murs gouttereaux contrebutés par d'épais contreforts, forment un rectangle de 26 mètres sur 8, percé au centre des deux côtés les plus longs par deux larges portes charretières, dont les auvents reposent sur des corbeaux. La nef unique, dans laquelle on a aménagée par la suite un fenil, est couverte d'une charpente du XVIIe siècle[1]. La grange pouvait contenir 15 000 gerbes [2].

À l'est de la cour, le logis abbatial est construit en schiste au début du XIIIe siècle. Son rez-de-chaussée dédié aux réceptions et aux délibérations possède trois portes et deux petites fenêtres. La façade occidentale de l'étage, prévu pour le logement de l'abbé et de sa suite, est percée de trois fenêtres chacune composée de deux lancettes séparées par une colonette surmontée d'une ouverture trilobée. Une quatrième fenêtre a été tranformée en porte. La proximité architecturale du logis avec le réfectoire réalisé au Mont-Saint-Michel sous l'abbatiat de Raoul des Isles (1212-1228), permettrait de le dater sa construction de la même période[1]. L'aile se prolonge predendiculairement à l'église Notre-Dame par un second bâtiment, de 30 mètres sur 8, également en schiste. Entièrement remanié au XVe siècle, il présente une façade occidentale plus haute, avec à ses deux tiers une tourelle abritant un escalier à vis. Le rez-de-chaussée est divisé en plusieurs salles indépendantes ouvrant sur la cour. L'accès aux salles de l'étage, qui communiquent entre elles, se fait par la tourelle et par un escalier extérieur collé à la façade[1]. Une lucarne éclaire les combles de la partie méridionale du bâtiment. L'ensemble de l'aile orientale mesure une cinquantaine de mètres[1].

Aligné au pignon sud, et parallèle à l'église Notre-Dame, un batiment intermédiaire plus récent aboutit vers l'est à l'auditoire ou salle des plaids, ancienne chapelle édifiée pour l'abbé à la fin du XIVe siècle[1].

Disparu au début du XXe siècle, un bâtiment en L inversé est adjoint vers 1630 au pignon de l'aile est pour les écuries, des remises et les celliers. Il ferme alors vers le sud-ouest la cour dont l'accès se fait au nord par une porte charretière le long du pignon ouest de la grange dimière. Une porte est aussi aménagée au sud près du pigeonnier circulaire de 1636, reconstruit à l'angle sud-ouest de la cour sur des fondations antérieures, à l'extérieur de l'enceinte comme le four[1].

Le bâtiment fermant la cour à l'ouest a été détruit eu XXe siècle. Datée de la fin du XVe siècle ou du début du XVIe, l'aile a été reconstruite ou agrandie vers 1630, et mesurait 45 mètres sur 10 mètres. Sa façade et ses deux pavillons était orientés vers l'ouest, donnant a priori sur un jardin clos par de hautes murailles. Appelée « aile de la ferme », elle serait devenue en réalité la résidence des abbés commendataires[1].

Notes et références

  1. 1,00, 1,01, 1,02, 1,03, 1,04, 1,05, 1,06, 1,07, 1,08, 1,09 et 1,10 Rémy Desquesnes, Vieilles pierres, vocations nouvelles : les grands projets patrimoniaux en région Basse-Normandie, Conseil régional Basse-Normandie, Caen, 2000.
  2. 2,0 et 2,1 La Manche au passé et au présent, éd. Manche-Tourisme, 1984, p. 137.
  3. Notice n°PA00110546, base Mérimée (architecture), médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine, ministère de la Culture..
  4. 4,0 et 4,1 Xavier Oriot, « Le prieuré d'Ardevon, maison des pèlerins Mont », Ouest-France, 17 juillet 2014.
  5. 5,0, 5,1 et 5,2 Mauricette Guittard, « Les pèlerins seront accueillis à Ardevon », Dimanche Ouest-France, 9 mars 2014.