Pierre Hénault

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Pierre Hénault.

Pierre Hénault, né à Paris le 25 février 1892, mort dans cette même ville le 12 février 1971, est un homme politique de la Manche, administrateur de sociétés de profession.

Il est député de la Manche de 1948 à 1962 et maire de Villedieu-les-Poêles.

Pierre Hénault a la réputation d'un homme près de ses électeurs. « Défenseur des bouilleurs de cru, ami de [Roland] Dorgères et de [Pierre] Poujade (qui invitaient d'ailleurs les électeurs à voter pour lui), il se fit le défenseur de tous et en retira un prestige considérable » [1]. Il se flattait d'avoir visité, en l'espace de chaque législature de deux à trois fois chaque commune de sa circonscription d'Avranches, d'avoir constitué un fichier regroupant les demandes de milliers de ses électeurs, ce qui lui permettait, selon son expression, de les suivre... » [1].

Biographie

Pierre Hénault est élève au lycée Condorcet, à Paris, puis devient homme d'affaires, travaillant dans plusieurs sociétés de crédit, de financement puis de transport [2].

Soldat lors de la Première Guerre mondiale, il est proche du colonel de la Rocque. Il est orateur de la ligue nationaliste et paramilitaire des Croix-de-Feu, puis adhère au Parti social français (PSF) née de la dissolution de celle-ci [3].

Combattant de nouveau durant la Seconde Guerre mondiale, il est résistant dès 1939, au sein du Mouvement de libération nationale [4].

À la libération, il participe à la fondation du Parti républicain de la libération, au comité exécutif duquel il siège et dont il est vice-président en 1946 et 1947 [4].

Il se présente sous cette étiquette aux élections législatives de 1946, en troisième position le 2 juin et en deuxième position, derrière Joseph Lecacheux, le 10 novembre. Il n'est pas élu mais l'Assemblée nationale le choisit pour siéger à l'Assemblée de l'Union française en 1946 [4].

Le 7 novembre 1948, il devient député de la deuxième circonscription de la Manche, en remplacement du docteur Lecacheux, élu au Conseil de la République. Il appartient alors à la commission de la reconstruction et des dommages de guerre, à celle du suffrage universel, du règlement et des pétitions et à celle des boissons. Il est également sur la liste des jurés de la Haute cour de justice. Il signe plusieurs rapports et propositions : le 27 janvier 1949, une proposition de loi tendant à modifier la loi sur les loyers, le 10 novembre 1949 une proposition tendant à modifier le statut du fermage, le 25 avril 1950 une proposition tendant à créer des sociétés coopératives familiales scolaires pour financer l'enseignement privé, le 21 novembre 1950 un rapport au nom de la Commission des boissons en faveur du marché des pommes à cidre, et plusieurs propositions de résolution pour assouplir la fiscalité. Il intervient régulièrement sur les dommages de guerre et en faveur des sinistrés, nombreux dans son département, et des victimes, notamment le 24 mars 1950, en réclamant une hausse des indemnités qui leur sont versées, un traitement égal pour les « déportés du travail » et une meilleure prise en compte des anciens combattants [4].

Il est réélu en 1951, en deuxième position sur la liste RPF conduite par Claude Hettier de Boislambert qui obtient 61 249 voix sur 199 487 suffrages exprimés, en tête devant les listes MRP, socialiste et celle de l'Union des Indépendants, des Paysans et des Républicains nationaux conduite par Jean-Michel Guérin du Boscq de Beaumont. Membre du groupe RPF sans être profondément gaulliste, il refuse l'opposition systématique à la IVe République prônée par le Général, votant avec vingt-six autres élus RPF, en faveur du cabinet d'Antoine Pinay avant de rejoindre les rangs du groupe de l'Action républicaine et sociale. Il siège à la Commission des boissons (1951), des finances (1953) et à l'Assemblée de l'Union française. Toujours très actif à l'Assemblée nationale, il multiplie les longs discours, dépose à nouveau les propositions qu'il n'a pas réussi à faire voter sous la précédente législature. Il réaffirme son soutien poursuit sa lutte contre le dirigisme étatique lui préférant une économie libérale, soutient les agriculteurs et les producteurs de cidre et de boissons alcoolisées, en appelant à un allègement de la fiscalité sur l'agriculture, en interpelant le gouvernement sur sa politique agricole face à l'épidémie de fièvre aphteuse, l'installation des jeunes et le déséquilibre des prix agricoles et industriels (8 juillet 1952). Il s'abstient lors des vote d'investiture à Laniel en juin 1953 et Mendès France en juin 1954, ainsi que le 23 juillet 1954 sur les accords de Genève. En revanche, il vote contre le rejet sans débat le projet de Communauté européenne de défense et en faveur des accords de Paris, le 29 décembre. Il s'oppose à la lutte contre l'alcoolisme par la taxation des producteurs, et en particulier à la restriction de liberté des bouilleurs de cru voulue par Mendès France. Après la chute de ce cabinet à laquelle il participe, il propose l'abrogation des décrets du 13 novembre 1954 sur les bouilleurs de cru et sur l'augmentation du droit de consommation sur l'alcool. Il demande ensuite le rétablissement de la franchise de dix litres et un plan de lutte contre l'alcoolisme qui ne soit pas contre les paysans. Il refuse l'investiture d'Edgar Faure qui dissout l'Assemblée [4].

Aux élections législatives de 1956, il prend cette fois la tête de la liste du CNIP tandis que son ancien colistier conduit celle du Centre national des Républicains sociaux[4]. Il essaie de s'assurer les suffrages des catholiques en écrivant à tous les curés de la circonscription pour leur rappeler son action en faveur de « l'école libre » [5]. « Proche de la droite activiste depuis les années 1930, [il] axe sa campagne sur la défense des petits commerçants et artisans et fait même l’éloge, en réunion publique, de la personnalité et de l’action de Poujade » [6]. Il reçoit le soutien des maurassiens [6]. Le bon résultat de sa liste, le 2 janvier 1956, avec 34 053 voix sur 206 624 suffrages exprimés, le porte, ainsi que son colistier, Jean Brard alors que Hettier de Boislambert n'est pas réélu. Député du groupe des Indépendants Paysans d'action sociale (IPAS), il est membre de la Commission des territoires d'outre-mer, suppléant à la Commission des finances et membre de la Haute commission de l'organisation commune des régions sahariennes en 1957. Représentant les mêmes textes que sous l'ancienne législature, il conserve les mêmes sujets de travail (bouilleurs de cru et producteurs de cidre, producteurs de beurre contre l'industrie de la margarine). Partisan de l'Algérie française, il s'inquiète des conséquences du conflit en Afrique du Nord et propose le 10 décembre 1956, dans un rapport de la Commission des territoires d'outre-mer, de proclamer le Sahara « territoire national ». Il vote l'investiture du Charles de Gaulle le 1er juin 1958 et les pleins pouvoirs au gouvernement le lendemain [4].

Il est réélu sous l'étiquette CNIP député lors de l'élections législative des 23 et 30 novembre 1958, avec 44,5 % des suffrages au second tour, malgré la dissidence de deux indépendants, le député IPAS sortant, Maxime Fauchon, et le « paysan indépendant » Louis Fouilleul. A nouveau membre du groupe parlementaire IPAS, il siège à la Commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l’administration générale de la République et est élu le 8 juillet 1959, au Sénat de la Communauté, qui succède jusqu'en 1961, à l'Assemblée de l'Union française. Les règles parlementaires de la Ve République freine son activisme. Il ne dépose que sept propositions de lois en quatre ans : sur l’obligation d’afficher la teneur en margarine sur les produits en contenant (28 avril 1959) ; sur la protection du beurre fermier (28 avril 1959) ; pour l’accroissement des attributions de croix de la Légion d’honneur aux anciens combattants de 1914-1918 à l’occasion du 40e anniversaire de la victoire (29 mai 1959) ; pour la création d’un « concours de pronostics » sur les matchs sportifs (8 octobre 1959) ; pour une réglementation plus stricte de la chiropractie (5 novembre 1959) ; pour l’institution du crédit privé à l’élevage bovin (25 avril 1961) ; pour une réforme de la prise en charge des affections silicotiques qui diminuât les charges des employeurs (n° 1440, 3 octobre 1961). Il prend également moins la parole, mais toujours sur les mêmes thèmes : la cidriculture, la fiscalité, et les colonies. Farouche opposant à la politique gaullienne en Algérie, parmi les plus virulents au sein du groupe IPAS avec François Valentin, Henry Trémolet de Villers et Jean-Marie Le Pen, il vote la proposition d'« amendement Salan » le 9 novembre 1961 mais pas la motion de censure le 15 décembre suivant. Il s'abstient le 27 avril 1962, comme la majorité du groupe, lors du vote sur la déclaration de politique générale du nouveau premier ministre, Georges Pompidou, et vote la censure du gouvernement le 4 octobre [4].

Il défend son siège lors des législatives anticipées du 18 novembre 1962 avec pour suppléant son ancien adversaire Louis Fouilleul, mais est battu par Émile Bizet face à la vague gaulliste sur le département [4].

Installé à Villedieu-les-Poêles une partie de l'année depuis la libération, il se présente aux municipales de mars 1965 avec Henri Macé, ancien maire de Saultchevreuil-du-Tronchet, commune annexée en 1964. Le 14 mars, tous deux sont élus au premier tour face à la liste du maire sortant de Villedieu, Eugène Havard, et Jean-Louis Bougourd. Les deux listes fusionnent entre les deux tours et le 26, Pierre Hénault est élu maire, avec pour premier et deuxième adjoint, le docteur Bougourd et Henri Macé. Voyant ce mandat local comme une assise pour la reconquête de son siège parlementaire en 1967, il est peu présent et laisse la gestion de la ville à son premier adjoint [4].

Le 5 mars 1967, il échoue au premier tour des élections législatives en ne recueillant que 14% des suffrages. Au second tour, Émile Bizet, député sortant MRP soutenu par les gaullistes, bat Paul Guinebault, candidat de la Fédération nationale des républicains indépendants (FNRI) [4].

Un an plus tard, en mars 1968, il abandonne son mandat municipal [4]. Il sort de sa retraite politique pour défendre à nouveau les bouilleurs de cru, dont il a été président du syndicat, et on le voit en novembre 1970 à Saint-Lô à la réunion de Jacques Soustelle, fondateur du Mouvement national Progrès – Liberté, dont Pierre Hénault devient membre du comité directeur.

Décorations

  • Chevalier de la Légion d’honneur à titre militaire,
  • Médaille militaire,
  • Croix de guerre 1914-1918 et 1939-1945,
  • Chevalier de l’ordre de Léopold,
  • Chevalier de l’ordre de Malte

Notes et références

  1. 1,0 et 1,1 Jean Quellien, Les Élections dans la Manche, éd. Ocep, 1973, p. 184.
  2. La Manche Libre, 16 février 1986.
  3. Patrick Guiol, L'Impasse sociale du gaullisme : le RPF et l'Action ouvrière, Presses de la Fondation nationale des Sciences politiques, 1985.
  4. 4,00, 4,01, 4,02, 4,03, 4,04, 4,05, 4,06, 4,07, 4,08, 4,09, 4,10 et 4,11 Dictionnaire des parlementaires français de 1940 à 1958, Documentation Française, 2001 - Biographie sur le site de l'Assemblée nationale
  5. Jean Quellien, Les Élections dans la Manche, éd. Ocep, 1973, p. 118.
  6. 6,0 et 6,1 Mathias Bernard, La Guerre des droites : de l’affaire Dreyfus à nos jours, Odile Jacob, 2007, p. 126.