Opération de rétablissement du caractère maritime du Mont-Saint-Michel

De Wikimanche

L'Opération du rétablissement du caractère maritime du Mont-Saint-Michel est un grand chantier de la Manche, situé au Mont-Saint-Michel.

Comme son nom l'indique, l'objet de l'opération est de lutter contre l'ensablement de la baie du Mont-Saint-Michel afin de redonner à ce site exceptionnel, inscrit par l'Unesco sur la liste du patrimoine mondial de l'humanité (1979), sinon son aspect d'origine, du moins un environnement restauré permettant à la mer de venir le baigner régulièrement.

Lancée en 1995, elle s'achève comme prévu en 2015. Le 31 octobre, François Hollande, président de la République, vient officialiser la fin des travaux [1]. Il voit dans l'opération le « symbole de la noblesse de l'action collective », entre élus, « au-delà des sensibilités, des alternances et des territoires » [1].

Contexte

Par un phénomène naturel, la baie du Mont-Saint-Michel s'ensable peu à peu. Le processus est accéléré par la construction à partir du 1857 de la digue submersible de La Roche-Torin dans l'est de la baie, en 1878-1879 de la digue-route reliant le continent au Mont-Saint-Michel et par la construction du barrage de la Caserne. Chaque année, un million de mètres cubes de sédiments vient se déposer sur les grèves [2] [3]. Les fonds remontent de 1 cm à 1,5 cm par an [2]. Si rien n'est fait, les études montrent que le Mont-Saint-Michel sera complètement entouré de terres en 2040.

Longtemps évoquée, cette opération de désensablement prend un tour politique et médiatique sous l'impulsion d'Edouard Balladur, Premier ministre.

Objectif

Le but de l'opération est triple :
- rétablir le caractère maritime du Mont-Saint-Michel
- valoriser l'accueil des visiteurs
- renforcer la qualité paysagère et environnementale du site

Chronologie

  • 24 juin 1983 : François Mitterrand lance le chantier de destruction de la digue submersible de La Roche Torin.
  • 1993 : à la demande de plusieurs élus locaux, dont Éric Vannier et Michel Thoury, Bernard Bosson, ministre de l'Équipement, des Transports et du Tourisme présente à Edouard Balladur le projet de synthèse pour le désablement de la baie.
  • 1er avril 1995 : lancement officiel de l'opération par Édouard Balladur, Premier ministre.
  • 23 juillet-23 septembre 2002 : enquête publique.
  • 14 mars 2003 : Jean-Jacques Aillagon, ministre de la Culture, promet que les travaux démarreront bientôt [4].
  • Juillet 2003 : déclaration d'utilité publique [5].
  • 5 juillet 2004 : Frédéric de Saint-Sernin, secrétaire d'État à l'Aménagement du territoire, est au Mont-Saint-Michel pour préparer le démarrage des travaux [6].
  • 2005 : début des travaux.
  • 16 juin 2006 : lancement officiel des travaux par Dominique de Villepin, Premier ministre [7].
  • Mai 2009 : mise en service du barrage du Couesnon, qui permet de chasser une partie des sédiments.
  • Octobre 2009 : Véolia Transport est désigné pour assurer l'accueil des visiteurs et la desserte du site.
  • 28 avril 2012 : les automobiles n'ont plus accès au parking maritime de 15 hectares situé au pied du Mont. Pour rejoindre le site, il faut désormais, soit y aller à pied à partir des parkings construits près du barrage du Couesnon, soit emprunter un service de navettes [8].
  • 24 juillet 2013 : le Mont redevient véritablement une île pour la première fois depuis 1879 lors d'une marée de coefficient 108 [9].
  • 16 octobre 2015 : un spectacle de fin de chantier réunit 15 000 spectateurs sur le barrage du Couesnon [10].
  • 31 octobre 2015 : le président de la République François Hollande vient officialiser la fin des travaux.
  • Courant 2017 : restauration et extension des roselières disparues lors du curage du Couesnon en sept lieux de la baie du Mont-Saint-Michel[11]
  • 20 avril 2017 : le Premier ministre Bernard Cazeneuve annonce à Matignon que l'État engage la création d'un Établissement public à caractère industriel et commercial (Epic) national pour « coordonner la gestion et le développement du site, depuis le stationnement et les transports jusqu'à l'abbaye » et qu'en attendant il « reprend la responsabilité de l'exploitation du barrage sur le Couesnon pour poursuivre les travaux hydrauliques et le suivi environnemental de la baie » [12].

Travaux

Les principaux travaux à mener à bien pour rétablir le caractère maritime du Mont-Saint-Michel sont les suivants :
- destruction du barrage de la Caserne et construction du barrage du Couesnon
- réalisation d’ouvrages hydrauliques, dont le curage du Couesnon sur 5 km
- aménagement d'aires d'accueil et de parkings permanents et saisonniers à hauteur du barrage du Couesnon (4 500 places)
- destruction des parcs de stationnement au pied du Mont et construction d'un gué
- construction du pont-passerelle
- destruction de la digue-route

Projets

Un premier projet, qui avait la préférence des Montois et de leur maire Éric Vannier, devait permettre à la navette de s'arrêter à 400 mètres du Mont-Saint-Michel. Avec le projet retenu par le Syndicat mixte de la baie du Mont-Saint-Michel et son président Philippe Duron, la navette fera demi-tour à 875 mètres du pied des remparts. Selon Philippe Duron, le premier projet « était beau sur le plan esthétique mais irréalisable sur le plan technique » et « comportait une part d'aventure »[13].

Coût

Le coût du projet ne cesse d'augmenter. Évalué au départ, en 1995, à 76 millions d'euros, il est successivement passé à 106 millions d'euros en 1999, à 134 millions d'euros en 2002 et à 220 millions d'euros en 2004 [2].

À l'automne 2012, un rapport de la Cour régionale des comptes pointe « l'imprécision du suivi financier », soulignant « la faiblesse » de la structure qui en est chargée (37 agents) [14].

En février 2013, le rapport annuel de la Cour des comptes (nationale) n'est pas plus tendre en dénonçant « un double pilotage ambigu », ainsi qu'« un suivi financier aléatoire » et « un contrôle défaillant de la délégation de service public chargé des ouvrages et du service d'accueil » (Véolia) [14]. Pour elle, il est urgent « d'engager une nouvelle réflexion sur la gouvernance et la conduite opérationnelle du projet » [14].

Financement

Un protocole d'accord avec l'État, arrêté en 2006, définit le financement du projet, estimé alors à 164 millions d'euros.

La répartition s'établit ainsi (par ordre décroissant) :

  • l'État, pour 75,43 millions d'euros
  • le Syndicat mixte Baie du Mont-Saint-Michel, via ses adhérents, les collectivités territoriales, pour de 59,62 millions d'euros dont :
    • 31,30 millions d'euros pour la Région Basse-Normandie
    • 13,45 millions d'euros pour la Région Bretagne
    • 10,43 millions d'euros pour le Département de la Manche
    • 4,44 millions d'euros pour le Département d'Ille-et-Vilaine
  • l'Union européenne, via le Fonds européen de développement régional (FEDER), pour 21,15 millions d'euros
  • le Syndicat mixte, à travers ses recettes d'exploitation, estimées à 4 millions d'euros
  • l'Agence de l'Eau Seine-Normandie, pour 3,80 millions d'euros
  • l'Agence de l'Eau Loire-Bretagne

À ce coût public du projet, s'ajoute un montant prévisionnel de dépenses de 40 millions d'euros financés par le délégataire Véolia Transport, qui construira et gérera les équipements d'accueil et de transport vers le Mont.

La maîtrise d'ouvrage est confiée au Syndicat mixte Baie du Mont-Saint-Michel.

Limites de l'opération

Peu après la fin des travaux, des critiques commencent se faire jour sur l'intérêt de l'opération. Certains font remarquer que le rétablissement du caractère maritime sera quand même assez limité. Il faut en effet cumuler « une hauteur en pleine mer de 12,85 m et un coëfficient de marée supérieur ou égal à 110 » pour que la mer entoure le Mont [15]. Le phénomène n'a lieu qu'une vingtaine de jours en 2016 et deux fois en 2017 [15]. « N'en déplaise à l'archange Michel, ironise l'hebdomadaire Marianne, l'île promise sur la carte postale est diaboliquement survendue » [15]. Le guide de la baie Romain Pilon fait remarquer que, si les lâchers d'eau à partir du barrage du Couesnon, repoussent bien les sédiments au nord, près du Mont, ils ont peu d'effet au sud, où « les herbus commencent déjà à réapparaître » [15].

Bibliographie

  • Michel Philipponneau, « La Baie du Mont-Saint-Michel - Étude morphologie littorale », Mémoires de la Société géologique et minéralogique de Bretagne, tome XI, 1955
  • Fernand Verger, « Entre terre et mer : le Mont-Saint-Michel », Pour la science, août 2000
  • Fernand Verger, « Colmatage et génie civil aux environs du Mont-Saint-Michel », Mappemonde, n° 63, mars 2001 (Lire en ligne)

Notes et références

  1. 1,0 et 1,1 « François Hollande salue le succès du retour du Mont-Saint-Michel à la mer », AFP, 31 octobre 2015, 15 h 02.
  2. 2,0 2,1 et 2,2 Bernard Brassens, Michel Brodovitch, François Kosciusko-Morizet, Philippe Quévremont, Rapport sur le projet de rétablissement du caractère maritime du Mont-Saint-Michel, La Documentation française, septembre 2005 (lire en ligne).
  3. Un million et demi de mètres cubes, selon Fernand Verger, « Colmatage et génie civil aux environs du Mont-Saint-Michel », Mappemonde, n° 63, mars 2001.
  4. « Le ministre de la Culture Jean-Jacques Aillagaonau Mont-Saint-Michel : une visite qui rassure », Ouest-France, 15 mars 2003.
  5. Jean-Jacques Lerosier, « La déclaration d'utilité publique est signée », Ouest-France, 25 juillet 2003.
  6. « Rétablissement du caractère maritime : le secrétaire d'État en visite », Ouest-France, 8 juillet 2004.
  7. Jean-Jacques Lerosier, « Une ambition pour les générations futures », Ouest-France, 17 juin 2006.
  8. Éric Bléas, « Ave navette, ceux qui vont marcher te saluent », Ouest-France, 30 avril 2012.
  9. Christian Gauvry, « Le Mont-Saint-Michel a goûté à l'insularité, une première depuis 1879 », AFP, 24 juillet 2013, 22 h 22 ; Jacques Serais, « 134 ans après, le Mont redevient une île », Ouest-France, 25 juillet 2013.
  10. Éric Bléas, « Mont-Saint-Michel : la foule pour la fin de chantier », Dimanche Ouest-France, 18 octobre 2015.
  11. « Une roselière aménagée dans les prés de l’hôpital », Ouest-France.fr,20 septembre 2016 (lire en ligne)
  12. « Une nouvelle ambition pour le Mont-Saint-Michel : déclaration commune du Premier ministre et des élus de la baie du Mont-Saint-Michel », communiqué officiel du Premier ministre, Hôtel de Matignon, Paris, 20 avril 2017.
  13. Ouest-France, 14 mai 2007.
  14. 14,0 14,1 et 14,2 Jean-Jacques Lerosier, « Mont-Saint-Michel : la Cour des comptes sermonne », Ouest-France, 12 février 2013.
  15. 15,0 15,1 15,2 et 15,3 Arnaud Bouillin, « Le Mont-Saint-Michel en eaux troubles », Marianne, n° 1010, 12-18 août 2016.

Liens externes