Montagne du Roule

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Montagne du Roule vue du jardin public

La montagne du Roule est un promontoire rocheux de la Manche, situé à Cherbourg.

Description

Une petite route escarpée, la montée des Résistants, grimpe jusqu'au sommet qui, du haut de ses 117 mètres, domine toute la ville et offre une vue imprenable sur l'agglomération cherbourgeoise et la rade de Cherbourg.

Il est important de faire la différence entre la montagne, le fort et la forteresse du Roule. La montagne est une zone naturelle d'intérêt écologique, faunistique et floristique (ZNIEFF). Le fort est la partie visible des fortifications au sommet de la montagne. La forteresse regroupe l'ensemble des défenses aménagées à mi-hauteur de la montagne et est classée aux Monuments historiques.

Géologie

Extrémité nord-est du massif armoricain, la montagne du Roule est due à la formation de la chaîne hercynienne par le plissement des arkoses du Cambrien et des schistes et grès armoricains de l’Ordovicien qui se traduit par des couches de grès inclinées de 45° vers le nord-est. Le nom de roule est l'appellation en ancien français de ce grès brut.

Aujourd'hui, la montagne du Roule est une falaise morte, érodée au quaternaire par la mer, qui en se retirant avait laissé des mielles et des marais arrière-littoraux désormais urbanisés.

Les roches présentes dans les sols sont exploitées sur le flanc nord-est de la montagne depuis le XVIIIe siècle, avec les travaux de la digue de Cherbourg.

Histoire

En 1379, Du Guesclin fait rouler de son sommet de gros blocs de pierre, dans l'espoir d'ouvrir une brèche dans les remparts de la ville [1].

Les deux ermitages du Roule

Le site, appartenant alors à la paroisse de Tourlaville, est investi par le révérend père Étienne Duquesne, prêtre de l'ordre des ermites de Saint-Antoine, né le 11 février 1626 à Cherbourg. Il fonde l'Ermitage Notre-Dame-de-Protection en 1650 composé d'une cellule et d'une chapelle.

En contrebas de la montagne, près du Trottebec, existe déjà une chapelle, attestée en 1546 sans que l'on connaisse la date de fondation précise ni la fréquence des offices. Cet ermitage dit « du Bas », placé officiellement sous le vocable de Notre-Dame-de-Grâce est desservi à l'époque de la fondation de l'ermitage « du Haut » par les Cordeliers de Valognes, les titulaires étant désignés par le seigneur de Tourlaville. Dans un terrain d'environ un hectare, la chapelle, de 42 pieds de long sur 13 à 14 pieds de large, possède un intérieur orné d' exvoto » de pèlerins, d'une statue de la Vierge au-dessus de l'autel.

Le père Duquesne occupe l'ermitage du Haut à partir de 1652, et est confirmé dans sa possession par Louis XIV, complétée par de larges terres qui entoure du lieu. Il y installe un potager ceint de murs. Il choisit de se faire enterrer à l'extrémité du plateau, à l'emplacement actuel du fort où il élève une croix en bois. Il meurt en 1692 et est remplacé par un cordelier du couvent de Valognes.

Celui-ci rend l'ermitage au seigneur de Tourlaville en 1727, et retourne mourir dans son couvent. Le Roule est alors affecté au frère Antoine Le Febvre, fils d'Étienne Le Febvre, écuyer, sieur du Perron, de la paroisse de Morville. Il cède sa place en 1736 au frère Benoît Crey, originaire de Savoie, et fils d'un maitre chirurgien, pour s'installer à l'ermitage de Saint-Sauveur, près de Mante, où il meurt.

Le frère Antoine obtient le consentement du seigneur de Tourlaville :

« Donation de l'Ermitage de Notre-Dame-de-Proteclion, par M. de Croville, seigneur de Tourlaville, au frère Benoît.
» Moi, soussigné, Jean-Baptiste de Crosville, seigneur de Croville, Tourlaville, Biniville, Saint-Nazaire et autres terres, conseiller du Roi en ses conseils , et président de la Cour des comptes, aides et finances de Normandie, donne par ce présent, en qualite de seigneur et patron de la paroisse de Tourlaville, y jouissant de tous les droits honorifiques et présentant aux deux ermitages de la montagne du Roule, haut et bas, à frère Benoit Crey, de la paroisse d'Ayme, en Tarentaise en Savoie, ermite de l'ordre de Saint-Antoine, l'ermitage du haut de la montagne du Roule, dédié en l'honneur de la sainte Vierge, sous l'invocation de Notre-Dame-de-Protection, avec les jardins, enclos et toutes les autres appartenances, ledit ermitage vacant par la démission volontaire que m'en a faite le frère Antoine Le Febvre, clerc, de la paroisse de Morville, en me remettant entre les mains l'acte de donation que je lui en avais faite le 20e jour d'octobre 1727, à condition que le dit frère Benoit vivra dans le dit ermitage dans la dépendance de monseigneur l'évêque de Coutances, dans la pratique de toutes les vertus qui conviennent à son état d'ermite.
» Fait ce 15e jour de juillet 1736.
» De Croville.
» avec paraphe et cachet muni de ses armes. ».

Le frère Benoît restaure alors l'ermitage en agrandissant la chapelle, ornant le chœur de lambris, de peinture et de pavés, tout en évitant une apparence trop luxueuse. Il agrandit également sa cellule, et l'enclos aux terrains donnés par Louis XIV, le défriche et y plante des pommiers. Il est rejoint par le frère Bruno. Au fil des ans, plusieurs moines habitent plus où moins longuement à leurs côtés : les frères Pierre Jacques, mort en 1750, Bernard mort en 1759, Anquety, Pacome, Jean-Baptiste, Antoine et Bazile, ainsi que le père Collin, chapelain de l'ermitage durant cinq années. Le site, fréquenté par la population locale, reçoit des dons des notables locaux, tel la femme de Gilles-Pierre Avoyne de Chantereyne, et des ermites qui y vivent. La croix de bois du père Duquesne, foudroyée, est remplacée en 1757 par une croix en pierre, bénite par le curé de Tourlaville, M. Varin, en 1764.

L'Entrée du port de Cherbourg et le fort du Roule par Armand-Auguste Fréret

L'ermitage du bas n'en est pas moins un lieu de pèlerinage important à Cherbourg au XVIIe et XVIIIe siècles. Barthélemy Picquerey s'y rend à plusieurs reprises, tentant vainement notamment de remettre dans le droit chemin le cordelier qui desservait alors l'ermitage, sans respecter les règles de la vie monacale, jusqu'à ce qu'il soit impliqué selon Charles Trigan, dans « un fameux procès de crime, intenté contre un juge du pays, qui fit grand bruit à la cour et dans toute la province, décrété de prise de corps, obligé d'abandonner son ermitage et de sortir de la province. » Antoine Paté s'y rend également annuellement après que le 1er juin 1692, ayant invoquer la protection de la Vierge, l'explosion des stocks de poudre des vaisseaux de Tourville ne touchant pas les habitants réunis pour la messe célébrant la Trinité. Les religieux s'occupaient aussi de l'instruction d'enfants pensionnaires. Au XVIIIe siècle, Notre-Dame-de-Grâce a eu pour supérieur ou desservant le père Lemesle, le frère Jacques Pasquier, prêtre, prédicateur et confesseur, le père François Chauvin, prêtre, et le père Jean-Bernard Desquiesses, prêtre, qui donne sa démission en 1770. Les religieux de Valognes renoncent à proposer un nouvel ermite, et le seigneur de Tourlaville, Hervé Fouquet de Réville, place un prêtre séculier de Tourlaville le 30 octobre 1770 :

« Messire Hervé Fouquet de Réville trouvant qu'il est convenable pour le service de Dieu et édification des peuples de faire remplacer le père Desquiesses par une personne capable d'y faire les fonctions ordinaires et desservir le dit ermitage, étant d'ailleurs bien informé des bonnes vie, mœurs, capacité et saine doctrine de maitre Guillaume Philippe Le Brun, prêtre de la dite paroisse de Tourlaville, y demeurant, à icelui sieur Le Brun, nommé et présenté pour jouir du dit ermitage de bas de Tourlaville, dit ordinairement de Notre-Dame-de-Grâce de la ville de Cherbourg et de ses fruits, revenus et émoluments quelconques y appartenants et en dépendants, y servir Dieu et s'acquitter des fonctions d'un bon et saint ermite, entendant qu'il s'en mette dans la pleine et paisible jouissance comme de ce jour, sans autre formalité, sauf les droits d'autrui, et à observer à cet égard les formalités qu'il croira nécessaires. »

Vieillissant, les deux frères Benoit et Bruno de Notre-Dame-de-Protection demandent à l'évêque de Coutances en 1786 l'aide d'un religieux de l'ermitage de Saint-Sever (diocèse de Coutances, auj. Calvados). On leur adjoint le sous-prieur Dorothée Fouché. Le frère Benoit meurt le 20 août 1787, inhumé le lendemain au pied du calvaire en présence des curés Le Vacher de Cherbourg et Esline de Tourlaville, les prêtre Delacour de Cherbourg, Dupont de Sottevast, et Le Gentilhomme de Tourlaville, et Le Brun, de l'ermitage de Notre-Dame-de-Grâce.

Les deux ermitages pillés et quitté par les religieux sont vendus par le Directoire du district de Cherbourg en l'an II de la République.

« Qui tient le Roule tient Cherbourg »

Plan de la montagne du Roule relatif à l'estimation d'une partie des terrains du versant ouest, an XIII.

L'intérêt stratégique de la montagne du Roule est rapidement potentialisé puisqu'une redoute y est construite en 1793, à l'ouest de l'ermitage. Dédiée à la défense sud de la ville, la redoute est agrandie et renforcée par les prisonniers espagnols, et prend le nom de fort en 1813.

Napoléon III décide de la construction du fort actuel en 1853. Il est achevé en 1857, et l'ancien bâtiment est converti en dépôt. Gênant le champ de tir, l'ermitage, abandonné à la Révolution, est rasé en 1870.

En 1928, le Ministère de la Marine décide de créer, dans les entrailles de la Montagne du Roule, un centre de stockage et de modification de torpilles [2]. Des galeries sont construites. Les travaux ne commencent qu'en 1933. Une voie de chemin de fer y relie le tunnel à l'arsenal en 1937 [2]. Ils sont enfin achevés en 1938. L'exploitation est interrompue par la Seconde Guerre mondiale en 1940. L'état-major local allemand, auquel l'intérêt stratégique du lieu n'a pas échappé, réquisitionne les galeries et y aménage un casernement.

La Seconde Guerre mondiale : l'occupation allemande

Fort du Roule après la libération de Cherbourg en juin 1944

Le 19 juin 1940, le fort du Roule est le dernier point de résistance face à l'avancée des troupes allemandes.

Aussitôt, la forteresse est considérablement renforcée par les Allemands. Les occupants creusent une nouvelle galerie (ce système de galeries souterraines a été sujet de toutes les légendes et continue de l'être) et mettent en place quatre batteries de canons 105 mm et un poste de commandement. Une garnison entière vit en permanence dans la forteresse, qui fait partie intégrante du Mur de l'Atlantique.

Lire l'article détaillé sur les Galeries 117

Le débarquement en Normandie

La forteresse du Roule est le dernier obstacle avant la prise de Cherbourg, essentielle pour assurer le ravitaillement des troupes alliées débarquées. L'honneur de son enlèvement, accompli le 25 juin 1944, revient aux 313e et 314e régiments de la 79e division américaine. Lors des 36 heures de combats qui se terminent à la grenade et l'arme blanche, le caporal John D. Kelly et le lieutenant Carlos C. Ogden se distinguent. La libération définitive de Cherbourg est officialisée le lendemain matin, faisant de la ville le premier port libéré de France. Cherbourg, tête de pont des troupes alliées en France, devient un temps le premier port du monde.

L'après-guerre

Les galeries sont inutilisées pendant dix ans. La « guerre froide » donne l'idée, en 1954 d'aménager là un poste de commandement. « Le souterrain pouvait servir d'abri à l'Amiral en cas d'attaque russe », selon Christelle Haar, officier de communication à la Préfecture maritime [2]. Un centre des opérations de la marine, de replis et d'exercices de chasse aux mines en mer y été aménagé plus tard [2]. Aujourd'hui, la Marine nationale y a installé un poste de commandement, où aboutissent des lignes de transmission indépendantes des systèmes civils [2]. L'École des applications militaires de l'énergie atomique y réalise également des recherches en génie nucléaire [2].

La montagne du Roule aujourd'hui

Après-guerre, la forteresse passe entre les mains de la Marine. En 1954, sous l'impulsion du résistant et historien Augustin Le Maresquier, un musée de la Libération, traitant du second conflit mondial, de la vie quotidienne des Cherbourgeois sous l'occupation, et de la libération de la ville par les Américains, est établi dans le fort.

La montagne du Roule est toujours en partie propriété de la Marine.

En 1972, des inconnus scellent une statue de sainte Thérèse de Lisieux sur un blockhaus, près du sommet de la colline [3]. Les autorités l'enlèvent quelques jours plus tard.

Le 2 septembre 2013, 2 000 m² de végétation partent en fumée sur la montagne du Roule[4].

Panorama

La montagne du Roule offre un panorama exceptionnel sur la ville et sa rade. Dès lors, de nombreux artistes à partir du XVIIIe siècle, avec un point d'orgue au siècle suivant, ont livré des vues de la ville.

Bibliographie

  • Alexandre-Édouard Lesdos, « Notice historique sur les deux ermitages du haut et du bas de la Montagne du Roule », Mémoires de la Société nationale académique de Cherbourg, Vol. 6, 1852
  • Jacqueline Vastel, « Le Fort de la Montagne du Roule », À la découverte de Cherbourg, Ville de Cherbourg, 1992
  • Frédéric Patard et Michelle Baudry, La Montagne et le fort du Roule, 2014

Notes et références

  1. Bernard Launey, Cherbourg 1900-1975, Imprimerie La Dépêche, Cherbourg, 1976, p. 16.
  2. 2,0, 2,1, 2,2, 2,3, 2,4 et 2,5 Ouest-France, 18 septembre 2010.
  3. La Presse de la Manche, 24 mai 1972.
  4. tendanceouest.com, 3 septembre 2013 (Lire en ligne)

Liens internes

49°37′37″N 1°36′21″O / 49.62694, -1.60583