Marie Salmon

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Marie Françoise Victoire Salmon, née à Méautis le 16 janvier 1756, morte à Paris le 2 mai 1827, est une personnalité de la Manche, victime d'une affaire judiciaire qui porte son nom.

Biographie

Fille de Gilles Salmon de Saint-Georges, journalier, et de son épouse, Françoise Perrotte, Marie Salmon grandit dans une famille d'au moins six frères et sœurs[1]. Ayant perdu sa mère en bas âge, elle quitte le foyer paternel à quinze ans pour être domestique dans les familles nobles proches comme les Anseaux, Angoville et Pérée[2].

Elle entre au service de la famille Le Neveu du Mesnil, à Formigny, où elle rencontre Roland Revel de Breteville, procureur du roi au bailliage de Caen, parent des du Mesnil. Le magistrat la convainc d'aller travailler en ville, ce qu'elle fait en devenant couturière à Bayeux avant de reprendre le service dans des familles caennaises[2].

Le 1er août 1781, elle entre pour 50 livres de gages au service du couple Huet-Duparc, leurs deux fils, de vingt-un et onze ans, leur fille de dix-sept ans et les Paysant de Beaulieu, parents de la maîtresse de maison, l'un de quatre-vingt huit ans, et l'autre de quatre-vingt-six[2].

Le père Beaulieu meurt et Marie Salmon est accusée le 17 avril 1782 d'avoir essayé d'empoisonner toute la famille avec de l'arsenic[1] dont des traces sont retrouvées dans ses vêtements. Emprisonnée sur le champ sur ordre du procureur Revel de Bretteville, elle est mise au secret[2]. L'enquête est lacunaire et orientée. Protecteur envers la servante quand elle était en service chez les Du Mesnil, Revel devient son accusateur implacable et zélé, au point que plusieurs auteurs s'interrogent sur une possible attirance contrariée du magistrat. Il ne se satisfait pas de l'accusation d'empoisonnement, lui imputant également le vol de ses patrons[2].

Le tribunal du bailliage de Caen la condamne à la question préalable, et être attachée à un poteau avec une chaîne de fer pour être brûlée vive, son corps réduit en cendres. Le Parlement de Rouen confirme la sentence le 17 mai 1782[3].

Alors qu'elle doit être menée au bûcher, elle déclare être enceinte, afin de surseoir l'exécution de la peine, mais après deux mois, le 29 juillet 1782, et reconduite devant la chambre de la question. Mais le sort de Marie Salmon émeut le public jusqu'à Louis XVI qui, alerté par l'avocat rouennais Le Cauchois, délivre un ordre suspensif de l'exécution de l'arrêt. [3].

Une révision est réclamée durant trois ans, et le Parlement de Rouen annule le jugement du bailliage de Caen le 12 mars 1785. Par décision du 20 octobre1785 du conseil privé du Roi, le nouveau jugement est renvoyé au Parlement de Paris donnant une audience nationale à ce soupçon d'erreur judiciaire. Le procès se tient les 21, 22 et 23 mai 1786 devant la Grand Chambre, sous la présidence de Louis Le Peletier de Rosanbo[4]. Défendue par l'avocat parisien Fournel[5], qui démontre la partialité du procureur Revel, accuse Madame Duparc de mensonges et écarte les accusations d’empoisonnement et de vols, Marie Salmon obtient le 23 mai la proclamation de son innocence totale, sa libération immédiate après 58 mois de détention et le droit de poursuivre ses accusateurs, ce qu'elle ne fait pas. Le public nombreux accueille le verdict par de grands applaudissements[3].

La notoriété de l'affaire se traduit par la création d'une pièce de théâtre retraçant le parcours judiciaire de la jeune fille, qui assiste à l'une de ces représentations[3].

Sollicitée par plusieurs jeunes hommes au lendemain de sa libération, elle épouse le 26 août 1786, Jean-Louis Savary, qui serait natif de Canisy, né de marchands merciers, ancien soldat au régiment de Lorraine, attaché au service du duc d’Orléans, sous la protection de plusieurs hauts aristocrates dont la Maison d'Orléans. Après la Révolution, Savary est employé aux finances et sa femme gère un bureau de papier timbré. En février 1813, installés dans le 4e arrondissement de Paris, ils acquièrent une maison et trois pièces de terre, pour 2 000 francs, à Vesly, dans la Manche. Après la mort de Jean-Louis Savary en novembre 1813, et celle de sa fille le 28 décembre 1818, deux ans après son mariage avec le fils du chef de la comptabilité au Conseil d’Etat, Marie Salmon s'occupe de son unique nièce, Marie-Suzanne Bignon, née en 1804, qu'elle adopte le 14 juin 1825. Marie Salmon consent à son mariage avec Éloi-François Garnier, un jeune menuisier, en octobre 1826. Le 2 mai 1827, Marie Salmon s’éteint auprès de ses enfants adoptifs[6].

Notes et références

  1. 1,0 et 1,1 « En trois dates, l'histoire de Marie Salmon, née à Méautis », Ouest-France, 26 décembre 2015. (Lire en ligne)
  2. 2,0 2,1 2,2 2,3 et 2,4 Maurice Méjan, Recueil des causes célèbres et des arrêts qui les ont décidées, Volume 5, 1809.
  3. 3,0 3,1 3,2 et 3,3 Magasin pittoresque, 1846
  4. Grand-père d'Alexis de Tocqueville
  5. Wikipedia-logo-v2.svg Jean-François Fournel
  6. Didac'Doc n° 61, septembre-octobre 2015.